Aaron Flahavan, un destin brisé

Lorsque l’on est joueur de champ, la moindre inattention peut vite être fatale. Mais lorsqu’il s’agit d’un gardien de but, elle est carrément impardonnable. Le haut niveau exige des gardiens une concentration à toute épreuve. C’est souvent ce qui fait la différence entre un portier irrégulier et un dernier rempart de niveau international.

Quand il s’agit de garder sa cage, il n’y a pas de place pour faire ne serait-ce qu’une micro-sieste. Alors, que dire de la narcolepsie ? Appelée aussi “maladie de Gélineau”, ce trouble du sommeil peut amener le sujet qui en est atteint à s’endormir n’importe où, n’importe quand. Pas idéal pour un gardien de but. Pourtant, un narcoleptique a réussi à faire une carrière de gardien de but de haut niveau.

Un gardien qui s’endormait en plein match

Aaron Flahavan, né en 1975, effectue la totalité de sa formation dans le club de sa ville, les Saints de Southampton. En 1994, il s’engage avec le grand rival Portsmouth, alors en First Division (D2), dont il intègre l’équipe A deux ans plus tard. A une époque où les gardiens anglais sont réputés pour leurs boulettes, Flahavan entend devenir l’exception à la règle. Pour cela, devenir titulaire dans un club de D2 est un premier pas pour s’imposer comme une valeur sûre. Et, pourquoi pas, attirer l’attention d’une équipe plus huppée que “Pompey”.

Pourtant, l’histoire ne va pas aller dans le sens qu’aurait voulu Flahavan. Le 12 septembre 1998, Portsmouth reçoit Swindon Town à Fratton Park. Une équipe contre laquelle le portier s’est déjà rendu coupable de plusieurs boulettes par le passé. Alors que les locaux mènent 4-1, la défense adverse envoie un long ballon vers la surface. La caméra surprend alors Flahavan inerte, à terre. Les défenseurs de Portsmouth restent bouche bée, et l’attaquant de Swindon George Ndah profite de la situation pour réduire la marque. Alors que Flahavan se relève, c’est l’incrédulité qui gagne le stade. La victoire de Portsmouth (5-2) est éclipsée par cet incroyable fait de jeu. La direction du club justifie alors l’incident par un virus qui aurait infecté le gardien.

Un an plus tard, bis repetita. Lors du deuxième tour de League Cup face à Blackburn, le gardien s’endort à nouveau. Cette fois, au moment de dégager le ballon. Coéquipiers et adversaires s’affolent et accourent auprès du portier. Lequel se relève, comme étonné de la situation dans laquelle il se trouve. Immédiatement remplacé, Flahavan laisse les siens encaisser trois buts et s’incliner (0-3). Le médecin du club attribue cet endormissement soudain à une baisse de la pression artérielle et prescrit au gardien une série de médicaments destinés à prévenir le problème.

Un destin tragique pour Flahavan

Du haut de ses 25 ans, le 5 août 2001, Flahavan cumule 105 apparitions avec Pompey. Pas mal pour celui qui est devenu le premier choix au sein de son club. Malgré la narcolepsie, il continue à vivre de sa passion. Le drame, ce jour-là, va pourtant le rattraper.

Aaron Flahavan sort de soirée, et roule à grande vitesse sur l’autoroute au volant de sa BMW. Soudain, à hauteur de Bournemouth, il en perd le contrôle. La sortie de route est fatale à Flahavan, victime d’une fracture du crâne et tué instantanément. Les analyses sanguines révèlent un taux d’alcoolémie de 2,27 g d’alcool par litre de sang. Un taux au-dessus de la limite autorisée, et une pratique dangereuse pour un individu atteint de narcolepsie. Flahavan s’est-il endormi au volant ? L’autopsie ne répond pas à cette question.

L’histoire aurait pu être comique, mais elle a viré au tragique. Aujourd’hui, son frère Darryl, gardien de but ayant lui aussi fréquenté les ligues inférieures du football anglais, perpétue sa mémoire. Celui qui entraîne désormais les gardiens de Birmingham a appelé son fils Aaron. Peut-être verra-t-on un jour le deuxième Aaron Flahavan garder lui aussi des buts en pro. Tout semble fait pour, puisque ce jeune portier de 15 ans évolue aujourd’hui au sein du centre de formation de… Portsmouth. Aaron Flahavan dans les buts de Pompey, ce serait une belle vengeance sur le destin.

A propos de Benjamin Mondon 272 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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