Adieu Lescure !

Le stade Chaban-Delmas à Bordeaux
Le stade Chaban-Delmas

C’était la fête samedi 9 mai à Chaban-Delmas. Pour la dernière des Girondins de Bordeaux dans leur stade historique, les locaux n’ont fait qu’une bouchée de l’ennemi juré nantais (2-1), dans une ambiance de folie. Les manifestations avaient commencé dans l’après-midi, lorsque les anciens joueurs du club au scapulaire, au premier rang desquels on trouvait Sénac, Giresse ou encore Lizarazu, ont communié avec une foule en liesse place de la République à Bordeaux.

La fête s’est prolongée tout le long du match dans les travées de Chaban. De nombreux tifos ont fait leur apparition dans chaque tribune.

A la fin du match, le Virage Sud s’est même embrasé, tandis que Marc Planus, qui quitte les Girondins en fin de saison, faisait ses adieux au public bordelais, un fumigène à la main.

L’histoire d’un club et d’une ville

L’histoire du stade Chaban-Delmas commence en 1924, lorsque la mairie de Bordeaux fait construire en périphérie de la ville un “Parc des Sports” qui fait office de vélodrome. Il est vite remplacé par une enceinte dédiée au football dans les années 1930, qui connaîtra sa première heure de gloire avec la Coupe du monde 1938, et un Brésil – Tchécoslovaquie (2-1) qui fut qualifié de “bataille de Bordeaux” en raison de l’âpreté des combats. Les Girondins doivent pourtant la partager avec d’autres sports, comme le rugby, le vélo ou l’athlétisme.

Auréolé d’un premier titre de champion de France en 1950, résidant permanent du stade en 1958, le club écrit la légende du “parc Lescure” à la faveur de rencontres mythiques. L’une d’elles opposera même les Bordelais au Santos du grand Pelé, en 1974, et se soldera par un match nul 2-2. C’est dans les années 1980 que la ferveur de Lescure reprendra de plus belle, avec une génération dorée, celle des Jean Tigana, Bernard Lacombe, Marius Trésor ou encore Alain Giresse, dirigée par Aimé Jacquet. Les Girondins dominent le football français et ajoutent trois titres de champion à leur palmarès en quatre ans : 1984, 1985 et 1987. C’est durant ces années, sous la présidence de l’emblématique Claude Bez, que le stade va connaître sa meilleure affluence (40 211 spectateurs), à l’occasion d’une demi-finale européenne face à la Juventus de Michel Platini (victoire 2-0 qui ne suffira pas après la défaite 3-0 de l’aller). Pour faire face à une demande croissante, il est rénové à la fin des années 1980.

Le début des années 1990 marque une époque plus délicate pour Lescure. Relégués administrativement en deuxième division suite à leur déficit financier en 1991, les Girondins sont malgré tout soutenus par leur public qui refuse de délaisser le stade. Résultat : le club remonte aussitôt et amorce un renouveau. La génération dorée des Zidane, Lizarazu et Dugarry, si elle ne réalise pas de performance majeure en championnat, brille en Coupe d’Europe en 1996, lorsqu’elle écrit une magnifique page dans l’histoire de Lescure en éliminant le Milan AC en quarts de coupe de l’UEFA. Battus 2-0 à l’aller à San Siro, les Girondins ne font qu’une bouchée de l’ogre milanais dans un stade en pleine transe, et atteindront la finale où ils seront battus par le Bayern de Munich.

Le stade va connaître de grands moments de sport avec la Coupe du monde 1998, grâce à des affiches comme Italie – Chili (2-2) ou Argentine – Croatie (1-0). En 1999, en dépit du départ des piliers de l’épopée en Coupe de l’UEFA, les Bordelais vont ajouter une ligne légendaire à leur palmarès. Avec des Sylvain Wiltord (meilleur buteur), Johan Micoud, Lilian Laslandes, Pascal Feindouno ou encore Ali Benarbia, ils vont remporter leur duel à distance face à l’OM, notamment grâce à une victoire 4-1 sur les Marseillais acquise à Lescure, et devenir champions de France. C’est deux ans plus tard, en 2001, que l’enceinte est rebaptisée “stade Jacques-Chaban Delmas”, en hommage à l’ancien maire de Bordeaux (1946-1995).

La fin des années 2000 est synonyme de gloire pour le football bordelais. La génération des Gourcuff, Chamakh et autres Chalmé et Planus est la dernière à être sacrée championne de France, en 2009. Dès lors, le stade Chaban semble avoir cessé de vibrer. Délaissé par le public alors que les performances des Bordelais déclinaient, il a retrouvé quelques couleurs cette saison, notamment grâce à la réception de Nantes ou alors des matchs contre Saint-Etienne ou Marseille. Les Girondins quittent leur enceinte à la fin de la saison, pour se rendre en périphérie de la ville, dans un nouveau stade qui sera plus à même de répondre aux exigences qualitatives du public et de l’UEFA pour la tenue de l’Euro 2016.

Le Virage Sud de Chaban-Delmas, le 15 février dernier, à l'occasion de la rencontre contre Saint-Etienne (1-0).
Le Virage Sud de Chaban-Delmas, le 15 février dernier, à l’occasion de la rencontre contre Saint-Etienne (1-0).

Un stade irremplaçable

Plusieurs traits, en plus de son histoire, font la particularité de Chaban-Delmas et rendent, aux yeux des supporters girondins de longue date, sa perte irremplaçable. Tout d’abord, sa vieille structure en béton, construite dans les années 1930 sans pilier pour gêner la visibilité (une première pour l’époque), le distingue d’autres enceintes bâties bien après lui. Ensuite, le tunnel qui relie les vestiaires au terrain, long de plus de 110 mètres, est le plus long d’Europe.

Mais ce qui fait aussi la magie de Chaban, c’est ses tribunes. Une petite tribune de presse située au sommet de la tribune de face. Une présidentielle où les principaux acteurs de la vie politique et culturelle bordelaise, tels Alain Juppé ou Pascal Obispo, se côtoient pour soutenir les Girondins. Un Virage Nord où se réunit le peuple bordelais. Enfin, le Virage Sud, réservé aux ultras bordelais, très démonstratifs dans la victoire comme dans la défaite, capables de pousser leur équipe dans les moments-clés et de la piquer au vif quand elle n’y arrive pas.

Le stade Chaban-Delmas
Le stade Chaban-Delmas.

Pour ceux qui ont connu la magie de Chaban ou à qui elle a été souvent contée, la perte de ce stade constituera une blessure inconsolable. Et ce, même si les Girondins retrouvent une flamboyante demeure toute neuve, et même si Lescure, avec l’équipe de rugby de l’Union Bordeaux-Bègles, va se trouver un nouvel hôte.

ADIEU LESCURE

© Benjamin Mondon (toutes les photos)

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire