André Ayew, la clé du renouveau de l’OM

Une petite statistique avant d’introduire des considérations tactiques : sans André Ayew au milieu de terrain, l’Olympique de Marseille a subi un 3-0 lors des deux derniers matchs face à Saint-Etienne et Reims. Lorsqu’il accompagnait Giannelli Imbula devant la défense, l’OM a établi un score cumulé de 4-2. Le positionnement du ghanéen semble donc influer énormément sur le jeu des marseillais, d’autant que les deux buts encaissés l’auront été à deux reprises dans le temps additionnel. En quoi cet ajustement tactique à l’aspect insignifiant peut-il à ce point bouleverser les prestations des olympiens ? Décryptage.

Il est tout d’abord nécessaire d’évoquer le niveau général du milieu de terrain marseillais, car c’est bien son incapacité à dominer ses adversaires lorsque André Ayew n’est pas là qui rend l’apport de ce dernier si important. C’est la doublette Romao-Imbula qui depuis la blessure de Mario Lemina officie au cœur du jeu olympien. Le caractère méconnaissable de Giannelli Imbula, comparé à ses performances du début de saison, est pour beaucoup dans l’impossibilité des marseillais à étouffer l’adversaire depuis le milieu de terrain, comme ils le faisaient il y a quelques mois. Le jeune français n’arrive plus à effectuer les longues courses balle au pied caractéristiques de son jeu, et qui avait déstabilisé de nombreuses défenses lors de la première partie de saison. Pire, il peine à donner le ballon à ses coéquipiers dans le bon timing, conservant trop souvent la balle inutilement. Ajoutez à cela une certaine nonchalance dans son pressing, et la qualité de récupération de balle de l’OM s’en trouve affectée. Souvent cantonné en début de saison à un rôle de défenseur dans une charnière à trois, Romao a depuis l’abandon du 3-3-3-1 pris une place de récupérateur aux cotés d’Imbula, dans un 4-2-3-1. Si son rôle est devenu théoriquement plus offensif, il n’en est rien dans le jeu, le togolais restant très près de sa défense centrale. Cette faible prise de risque dans le jeu influe énormément sur la capacité de création offensive de Marseille, d’autant que le jeu long de Romao manque cruellement de précision. Défensivement, il permet d’apporter un certain équilibre à l’équipe, bien que ses interventions défensives manquent parfois de justesse, provoquant certaines situations intéressantes aux adversaires. En résumé, la doublette Romao-Imbula n’exerce pas une pression sur l’équipe adverse, qu’elle soit défensive par le pressing, ou offensive par une capacité à se projeter vers l’avant. Dès lors, le prometteur Mario Lemina avait satisfait lors de ses récentes sorties, permettant d’obtenir une création de jeu offensif plus importante, et un pressing relativement bon. Mais sa prestation décevante à Rennes, et son expulsion, a privé Marseille de ses qualités durant les deux derniers matchs. La  solution André Ayew sonne alors comme une évidence.

Le 4-2-3-1 de l'OM avec Ayew en milieu gauche
Le 4-2-3-1 de l’OM avec Ayew en milieu gauche

Ayew est une icône de l’OM des dernières années. Sa grinta a plu d’entrée aux supporters du Vélodrome, et ce malgré des aptitudes techniques moyennes. En effet, le ghanéen est un battant. Il ne renonce jamais, comme lors de ce soir de février 2012 lorsqu’il offrit la victoire à l’OM face à l’Inter Milan, suite à l’utilisation de son point fort, le jeu aérien, durant le temps additionnel de ce huitième de finale aller. Son abnégation lors de la dernière CAN souligne ce constat, d’autant que, suite au départ de Mathieu Valbuena et à l’entame de sa septième saison sous le maillot olympien, Ayew est devenu le véritable leader du club phocéen. Toutefois, un problème se pose lors des dernières semaines : s’il est bien le meilleur joueur de l’OM, il ne semble pas apporter autant qu’il le pourrait à l’équipe. La faute à ce milieu de terrain évoqué plus haut, qui rend les possibilités de jeu pour les joueurs offensifs moins importantes. Ainsi, le frère de Jordan semble isolé sur son côté gauche, jouant bien lorsqu’il le peut, mais ne bénéficiant pas d’assez de ballons, d’autant que le jeu se concentre sur le côté de Florian Thauvin. Si le milieu va mal, et qu’Ayew est le meilleur marseillais, pourquoi ne pas baser l’équipe autour de lui, en  le faisant descendre au cœur du jeu, là où il pourra donner pleine mesure de son talent ? Cette option a souvent trotté dans la tête des supporters marseillais et ce, bien avant les récentes contre-performances de leurs joueurs. En effet, André Ayew possède toute les capacités d’un milieu récupérateur/relayeur : engagement, endurance, mental, projection vers l’avant tandis qu’il manque parfois de justesse technique lors du dernier geste sur son côté gauche. Mais l’explosion d’Imbula en début de saison aura repoussé l’application de cette solution, Giannelli remplissant alors à merveille son rôle au milieu de terrain, permettant à l’OM de briller.

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Le 4-2-3-1 de l’OM avec la doublette Imbula-Ayew

La honteuse première mi-temps des marseillais face à Reims aura contraint Marcelo Bielsa à agir, six mois après sa prise de pouvoir à l’OM. Ayew se positionne aux cotés d’Imbula au milieu, tandis qu’Ocampos rentre à droite. C’est un autre avantage de cette formation : Thauvin peut évoluer à gauche, son côté préférentiel, où il se montre nettement plus intéressant. Résultat, Marseille marque deux buts et repasse devant : 2-1 pour les olympiens. L’euphorie d’un niveau de jeu intéressant sera gâchée par l’égalisation cruelle de N’gog au bout du temps additionnel, privant les marseillais de deux points précieux dans la course au titre. Cette égalisation apparaît être le fruit du replacement d’André Ayew dans son rôle de milieu gauche, tandis que le jeune néo-zélandais Bill Tuiloma prenait sa place au milieu de terrain. Toutefois, il est difficile d’incriminer Bielsa pour ce choix, le manque d’équilibre de la doublette Imbula-Ayew semblait important du fait de son apport offensif prononcé, et le changement nécessaire. Cette égalisation est surtout la conséquence de l’entrée en jeu de Baptiste Aloé, pas assez expérimenté pour gérer une fin de match à tension, et se rendant coupable d’une faute de marquage sur le buteur rémois.

Rebelotte hier soir, l’OM est mené 1-0…avec André Ayew à gauche. Agacé de la prestation de ses joueurs, le coach argentin effectue trois changements d’un coup, permettant au ghanéen de se replacer dans l’axe, toujours aux côtés d’Imbula. Rebelote une seconde fois, Marseille prend l’avantage grâce à un doublé express de Michy Batshuayi. Rebelote une troisième fois, les olympiens subissent une égalisation dans le temps additionnel. Cette fois Bielsa aura retenu la leçon, et laissé André Ayew au milieu de terrain jusqu’à la fin du match. Il aura toutefois oublié l’apport offensif excessif de sa doublette, préférant Imbula à Romao. Bien que ce dernier possède des capacités intrinsèques inférieures à celles du français, sa mentalité défensive correspond sans doute mieux à une association avec le fougueux Ayew. Deuxième erreur de l’ex-coach de Bilbao, la nouvelle entrée en jeu de Aloé, coupable encore une fois d’une erreur  amenant le but. Les contre-performances du “minot” remettent inévitablement sur la table le cas Doria, jugé inférieur à Aloé, tandis que le prometteur Stéphane Sparagna a totalement disparu de la circulation. La probable opération du genou de Nicolas Nkoulou n’arrange pas les choses, mais son retour prévu début avril devrait faire un bien fou à la défense marseillaise.

BielsaChoix

Les critiques se faisant de plus en plus vives à l’égard de Bielsa, il appartient désormais à lui de confirmer sa réputation de grand tacticien et de trouver un système de jeu équilibré permettant à Ayew d’évoluer au milieu de terrain. Au vu des prestations décevantes d’Imbula, faire un choix fort en le mettant sur le banc au profit de Romao apparait comme la meilleure solution. À moins que le retour de Mario Lemina ne donne quelques idées au coach argentin, lui qui semble être le meilleur compromis entre attaque et défense. Une chose est sûre, la présence d’André Ayew au milieu de terrain n’est plus une question, c’est une évidence.

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