Arsenal : les Gunners ne font plus parler la poudre

Des centaines de spectateurs se levant de leurs sièges et quittant le stade, laissant derrière eux des tribunes clairsemées. Tout ça, avant même que la mi-temps ait été sifflée. S’agit-il d’un vulgaire Toulouse – Nîmes comptant pour le maintien en Ligue 1 ? Non, cela ne se déroule pas en France, mais bien en Angleterre… à l’Emirates Stadium. Dimanche après-midi, Arsenal a subi à domicile la loi de Manchester City. Portés par un Kevin De Bruyne de gala (2 buts et 1 passe décisive), les Skyblues n’ont pourtant pas forcé pour faire mordre la poussière aux Gunners. Le score final de 3-0, sans appel, était déjà acquis bien avant la mi-temps.

Jadis prétendant sérieux à la Ligue des Champions, Arsenal doit se contenter depuis quelques années de la Ligue Europa. S’il est qualifié pour les 16èmes de finale de l’édition actuelle (contre Olympiakos), le club pourrait en revanche ne pas y participer l’année prochaine. En effet, il est aujourd’hui 10ème de Premier League, à trois points des places qualificatives pour la Ligue Europa. Les Canonniers doivent encore affronter Everton, Chelsea et Manchester United dans les 15 jours à venir…

Un club en fin de cycle

Il y a 10 ans, on était à dix mille lieues d’envisager une situation pareille. Arsène Wenger qualifiait systématiquement le club en Champions League, où les Gunners constituaient un épouvantail pour tout concurrent européen sérieux. La fin de cet âge d’or coïncide avec le départ d’une génération talentueuse. Samir Nasri et Cesc Fabregas ont notamment quitté le club en 2011, Robin van Persie en 2012.

Pendant les quatre ou cinq années qui ont suivi, les Gunners ont pourtant fait illusion. Même s’ils n’ont pas brillé en C1, ils ont continué à jouer la Ligue des Champions chaque année. Ils ont aussi glané trois Cups (2014, 2015, 2017). Tout ça sous l’impulsion d’un Mesut Özil leader du secteur offensif, et de plusieurs cadres très réguliers : Alexis Sanchez, Olivier Giroud ou encore Laurent Koscielny.

C’est en 2017 que la donne a changé. Avec la montée du Tottenham de Mauricio Pochettino et le retour au haut niveau de Liverpool, avec Jürgen Klopp, la concurrence est désormais plus rude. Dans la course à la C1, ce sont les Gunners qui passent désormais à la trappe. Des cadres comme Giroud ou Sanchez quittent le navire, et l’équipe s’affaiblit. Wenger ne parvient pas à ramener le club en Ligue des Champions : il quitte le club en 2018 après plus de 20 ans en charge. Nommé à sa place, Unai Emery n’a pas pu faire mieux. Pire, avec des résultats inquiétants, il a été licencié en novembre dernier. Actuel intérimaire, Freddie Ljungberg a donc hérité d’une mission plutôt compliquée…

La gestion d’Arsenal en cause

Deux points semblent problématiques en se penchant de près sur le fonctionnement d’Arsenal. Le premier vient du propriétaire du club, l’Américain Stan Kroenke. Ce dernier semble plutôt réticent à investir sur le marché des transferts. Exception faite de l’été 2019 (Nicolas Pépé pour 72 M€), les derniers mercatos d’Arsenal ont plutôt été timides. Mais à l’heure où le prix des meilleurs joueurs explose, les Gunners ne peuvent plus se permettre d’être radins.

En coulisses, difficile de dire qui tient la direction sportive. Elle semble partagée entre le directeur technique d’Arsenal, l’ex-gloire du club Edu, et l’Espagnol Raul Sanllehi. Ce dernier, un personnage assez énigmatique, occupe les fonctions de “directeur du football”. La direction sportive serait donc concertée principalement entre ces deux personnes, mais aussi d’autres intermédiaires présents au club. A un poste où on a besoin d’une décision forte et tranchée, on n’y voit pas vraiment clair.

Les Gunners, un problème d’effectif

Côté terrain, c’est aussi l’effectif qui inquiète. Les Gunners comptent dans leurs rangs de sacrés talents. Gabriel Martinelli (18 ans), Matteo Guendouzi (20 ans), Emile Smith-Rowe (19 ans) ou encore Ainsley Maitland-Niles (22 ans), pour ne citer qu’eux, sont promis à un bel avenir. Mais tous ces gamins semblent aujourd’hui livrés à eux-mêmes.

On ne peut que constater un déficit d’implication de ceux qui sont censés être les cadres de l’équipe. Alexandre Lacazette a pris place sur le banc contre City, remplacé par Martinelli. Les expérimentés défenseurs David Luiz et Shkodran Mustafi se révèlent être de véritables flops. Le Suisse Granit Xhaka, capitaine sous Emery, s’est fait retirer le brassard pour avoir manqué de respect aux fans. Le capitaine actuel, Pierre-Emerick Aubameyang, semble surnager mais on peut se demander s’il aurait le brassard dans un autre club.

Et que dire de Mesut Özil ? Si brillant à son arrivée à Arsenal (19 passes décisives en 2015-2016), l’Allemand n’est plus que l’ombre de lui-même. Il n’a délivré qu’un seul caviar en championnat. Comme un symbole, il a été fantomatique lors de la débâcle face à City. Peu en jambes, il a cédé sa place avant l’heure de jeu, non sans exprimer sa colère.

Le tableau n’est pourtant pas si noir. Des joueurs comme Hector Bellerin, Lucas Torreira ou Calum Chambers pourront, avec plus d’expérience, assurer un rôle d’encadrement. Mais en attendant, deux solutions s’offrent aux Gunners. Laisser les jeunes prendre le pouvoir, ou renouveler les cadres.

Quel entraîneur pour Arsenal ?

La question du coach se pose aussi pour Arsenal. Freddie Ljungberg, qui avait la charge des U23, assure l’intérim. Cependant, dur de l’imaginer s’éterniser : il ne compte qu’une expérience de coach principal, un passage traumatique sur le banc de Wolfsburg en 2017. Et il ne fait pas non plus mieux qu’Emery pour le moment.

Au moins pour finir la saison, Arsenal pourrait se rabattre sur un coach d’expérience capable de jouer les sapeurs-pompiers. A ce petit jeu, Massimiliano Allegri ne semble pas si mal parti, lui qui apprend l’anglais. Mauricio Pochettino serait aussi crédible, mais on imagine mal l’ancien coach de Tottenham rejoindre l’ennemi des Spurs.

Malgré tout, les Gunners devraient plutôt privilégier un jeune coach avec qui bâtir. Actuel adjoint de Guardiola à Manchester City, Mikel Arteta est le grand favori. Passé à Arsenal comme joueur, il possède l’avantage de connaître le club. Et il semble disposé à se libérer tout de suite. D’autres coachs seraient intéressés par le job mais pas prêts à quitter leurs équipes en milieu de saison. Les anciens Canonniers Patrick Vieira (Nice) et Thierry Henry (Montréal), naturellement, mais aussi Nuno Espirito Santo (Wolverhampton), Brendan Rodgers (Leicester) ou Eddie Howe (Bournemouth). Reste à choisir le bon et lui donner envie du job. Ce n’est pas vraiment gagné aujourd’hui…

A propos de Benjamin Mondon 246 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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