Atlético, Pays-Bas, Chili : la victoire du foot mordant

Simeone harangue Diego Costa.

Peu d’observateurs s’attendaient, au début de la saison 2013/2014, à ce que l’Atlético Madrid atteigne la finale de la Ligue des Champions, perdue avec les honneurs contre les rivaux du Real (4-1 a.p.). Rares étaient les Nostradamus qui voyaient les Pays-Bas et le Chili se qualifier pour les huitièmes de finale, faisant ainsi passer l’Espagne à la trappe. Moi-même, je n’avais prédit aucune de ces deux sensations avant qu’elles ne se réalisent. A priori, ces équipes n’ont pas grand chose en commun. En réalité, elles partagent le même style de jeu, que j’appellerai ici le “foot mordant”. Un style décidément à la mode.

Les Argentins Diego Simeone, à la tête de l’Atlético, et Jorge Sampaoli qui coache le Chili, et dans une moindre mesure Louis van Gaal, chargé de la sélection hollandaise, ont une caractéristique commune. Ils sont moins de grands tacticiens cogitant nuit et jour devant un tableau blanc que de redoutables meneurs d’hommes. Avant de se jouer sur le terrain, le match se joue dans les têtes, et ils en sont parfaitement conscients.

Dans les vestiaires, ils haranguent leurs joueurs, qu’ils considèrent parfois comme leurs fils (Zlatan rapporte dans son autobiographie qu’à l’Ajax, les joueurs considéraient tellement van Gaal comme un père qu’ils devaient attendre son autorisation pour manger lors des repas d’équipe au restaurant), utilisant leur complexe d’infériorité et leur envie en les sublimant, en en faisant leur force. Ils ne restent jamais assis sur leur banc de touche et motivent incessamment leurs joueurs (“l’entraîneur médiocre parle, le bon explique, le super démontre et le meilleur inspire”, disait John Kessel), gesticulent, hurlent, tels des chefs de guerre. Parce que le foot mordant, c’est un foot de guerriers. Un foot qui se joue sur le même rythme du coup d’envoi au coup de sifflet final. Avec des joueurs qui courent partout quand ils gagnent et qui pleurent des torrents de larmes quand ils perdent.

Jorge Sampaoli, toujours debout et en mouvement.
Jorge Sampaoli, toujours debout et en mouvement (à l’époque où il coachait Universidad de Chile).

Les coachs s’appuient sur une poignée de leaders pour donner l’exemple. Ceux-ci, souvent capitaines à l’image de Gabi à l’Atlético, de Claudio Bravo au Chili ou de Robin van Persie aux Pays-Bas, ont l’expérience du combat et le culte du dépassement constant de soi (chose qui n’a pas toujours été évidente pour van Persie). Ils sont chargés de transmettre leur grinta aux éléments les plus jeunes et moins disciplinés.

Et ça marche, tout le monde se donne à 100% aux entraînements, le travail de pressing est intense et dure de la première à la dernière seconde du match, les équipes musclent souvent leur jeu (7 cartons jaunes reçus par l’Atlético en finale de Ligue des Champions) et n’hésitent pas à bouger les défenseurs adverses à l’image d’un Diego Costa. La crainte de perdre, autant sur le plan individuel en étant remplaçant que sur le plan collectif avec la défaite de l’équipe et une causerie plutôt musclée du coach, est le moteur des joueurs.

Simeone harangue Diego Costa.
Simeone harangue Diego Costa.

Le foot mordant existe de deux manières. Une version sud-américaine, importée avec succès en Europe par Diego Simeone en Europe et bientôt en France par le nouveau coach de l’OM Marcelo Bielsa, ex-sélectionneur du Chili. L’aspect guerrier y prime et le joueur n’existe que dans le collectif. Le public a un rôle moteur parfois égal à celui du coach, qui a intérêt à avoir des cordes vocales solides au vu des gueulantes qu’il va pousser.

A l’inverse, avec comme chantres van Gaal ou Jürgen Klopp, entraîneur de Dortmund, la version européenne, anglo-saxonne, s’est implantée depuis longtemps dans le football. L’entraîneur se soumet davantage aux contraintes tactiques, à la nécessité de développer un football original et non stéréotypé, il extériorise moins son rôle qu’en Amérique latine (van Gaal observe sans gesticuler) et surtout, le footballeur peut exister comme individualité rationnelle et soumise à des choix de carrière. Le renouvellement de l’équipe est donc constant et nécessaire.

Le foot mordant a donc de beaux jours devant lui. Il porte au sein de lui une valeur humaniste, le don de soi, qui y est incessant. Et les joueurs y reçoivent beaucoup. Tant sportivement et financièrement qu’humainement. Et c’est ça qui fait sa beauté.

© Felipe Trueba – EFE / © Francisco Leong – AFP

A propos de Benjamin Mondon 191 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire