Le Ballon d’Or de Leo Messi est-il un scandale ?

La cérémonie du Ballon d’Or, qui se tenait hier soir à Paris, a vu Lionel Messi être à nouveau sacré. La Pulga ajoute donc une sixième décoration à son palmarès, et prend l’avantage dans son duel à distance avec Cristiano Ronaldo. Mais comme chaque année, l’attribution d’un trophée individuel est contestée. Une contestation justifiée, mais les partisans de Messi (32 ans) s’appuient eux aussi sur un argumentaire solide.

Messi, le meilleur joueur du monde en 2019 ?

Difficile de dire que Messi a été le meilleur joueur du monde en 2019 en se fiant à son palmarès. Un échec cuisant lors de la Copa América avec l’Argentine (3ème du tournoi), un deuxième en Ligue des Champions (le Barça a été sorti en demi-finales après avoir gaspillé une avance de trois buts). Seul un titre de champion d’Espagne est venu fleurir son palmarès cette année. Messi Ballon d’Or, une aberration donc ?

Pas vraiment, si on considère le Ballon d’Or comme un trophée avant tout individuel. Les statistiques ne mentent pas : Messi est meilleur buteur de la Ligue des Champions (12 buts) et de Liga (36 buts). Un championnat espagnol dont il est aussi le meilleur passeur (15 passes) et le meilleur joueur. Il n’a pas non plus traversé de vraie mauvaise passe au cours de l’année, contrairement à Luka Modric à la fin 2018.

Et même si on est très loin de ses standards hallucinants de 2012 (91 buts sur l’année civile), l’influence de Messi dans le jeu de ses équipes est restée constante. Il reste l’homme fort de la sélection argentine, où il est devenu décisif au fil des années. Au Barça, on ne compte plus ses slaloms et coups-francs hebdomadaires. S’il a été éliminé par Liverpool, il avait marché sur les Reds en demi-finale aller avec un doublé et une performance XXL.

CR7, loin du niveau de la Pulga

Dans la course au Ballon d’Or, difficile de donner le nom d’un joueur qui aurait pu égaler ou dépasser Messi. Kylian Mbappé (20 ans) ou Robert Lewandowski (31 ans) ont été relativement performants en club. Hélas, ils n’ont pas été assez décisifs dans les moments-clés pour espérer remporter le trophée.


Un Ballon d’Or auquel aurait pu aussi prétendre Cristiano Ronaldo (34 ans), finalement troisième au classement. Monstrueux en sélection compte tenu de son âge, le Portugais a remporté la Ligue des Nations. En club, le bilan est plus mitigé. La Juventus s’est limitée au sacre national, et a été éliminée en quarts de finale de C1. Sur le plan individuel, Ronaldo connaît aussi un début de saison 2019/2020 assez poussif.

Et pourquoi ne pas avoir donné le Ballon d’Or à un Red ?

L’attribuer à Messi plutôt qu’à Ronaldo semble logique. Cependant, le Ballon d’Or aurait-il pu être donné à un joueur de Liverpool, vainqueur de la Ligue des Champions ? Difficile en tout cas d’envisager le sacre de Mohamed Salah (27 ans), moins décisif dans les grands moments qu’en 2018. Dur aussi d’imaginer celui d’Alisson Becker (27 ans), mais pour d’autres raisons. Vainqueur de la Copa América, le Brésilien est gardien de but. Il est donc compliqué de comparer ses performances (exceptionnelles il est vrai) avec celles de joueurs de champ.

Deux joueurs des Reds auraient été crédibles dans la peau d’un Ballon d’Or. Il n’a sans doute pas manqué grand chose à Sadio Mané (27 ans), quatrième, ni à Virgil Van Dijk (28 ans), second au classement. Mané a été décisif avec les Reds en championnat (22 buts) et en Coupe d’Europe (4 buts). Finaliste de la CAN, il possède cependant une influence dans le jeu moins importante que Messi. En témoigne son nombre de passes décisives en 2018/2019 : 5, toutes compétitions confondues.

Van Dijk, lui, est devenu le patron de la muraille défensive de Liverpool. Avec des statistiques hallucinantes : il n’a pas été dribblé pendant 65 matchs. Cependant, son apport dans la construction est difficilement comparable avec celui de Leo Messi. “VVD” est plus à son aise pour couper les transmissions qu’à la relance, ce qui handicape sa candidature.

Une attribution contestée : le signe d’une nouvelle ère

L’attribution du Ballon d’Or à Messi s’est donc faite en raison de ses statistiques individuelles. Mais aussi de son apport dans le jeu et de qualités difficilement quantifiables. Ceci s’explique par le fait que les votants pour le trophée sont les journalistes sportifs.

Cet argumentaire n’arrêtera pas les opposants au sacre de Messi. Et le débat pourra toujours se prolonger à l’infini. Toutefois, cette contestation nous dit quelque chose de notre époque. Nous sommes sortis d’un monde du football dominé par le duo Messi / Ronaldo. Après le Ballon d’Or de Modric en 2018, d’autres candidats sont crédibles dans la peau du meilleur joueur du monde. Un peu comme au tennis, où le tableau s’ouvre de plus en plus à d’autres concurrents que Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic. Et il faut s’en réjouir.

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

2 Comments

  1. Sponsor ex Machina. Voilà la seule explication à ce scandale. Van Dyk rejoint Schneider dans le club des joueurs floués. Les Hollandais ont dû faire un truc qui déplaît.

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