Le Barça à la recherche de son ADN

Ils pensaient que l’électrochoc serait la solution. Pourtant, les dirigeants du Barça se sont certainement trompés. Le limogeage d’Ernesto Valverde il y a 15 jours n’a pas suffi. Son remplacement par Quique Setién, apôtre du beau jeu, non plus.

Leaders au moment du renvoi de Valverde, les Blaugrana ont depuis cédé leur fauteuil au Real Madrid. Les trois matchs de l’ère Setién n’ont pas vraiment convaincu les fans. En Coupe du Roi, le FC Barcelone s’en est remis à Antoine Griezmann pour se défaire d’Ibiza, pensionnaire de D3 (2-1). En Liga, il a obtenu une victoire étriquée face à Grenade (1-0), avant de couler à Valence (2-0).

Setién a beau avoir apposé sa patte (passage du 4-3-3 à un 3-5-2 inédit) et renoué avec un football de possession (près de 83% contre Grenade), on n’a pas vraiment retrouvé le Barça d’avant. Cette équipe qui garde le ballon et joue avec, qui enchaîne les passes sans compter et surtout, qui maîtrise sa copie. Ce collectif huilé capable d’anéantir l’opposition après de longues séquences de jeu. Malgré sa réputation, Quique Setién n’a toujours pas remis Barcelone sur les bons rails.

Valverde, un licenciement justifié…

Il est beaucoup trop tôt pour dire que la méthode Setién a échoué. Deux semaines ne sont pas suffisantes pour relever une équipe comme le FC Barcelone. L’ancien sorcier du Bétis Séville est un homme patient qui travaille sur le long terme. Au très haut niveau, il est pourtant, du haut de ses 61 ans, encore un novice.

Au vu des seuls résultats d’Ernesto Valverde, il est dur de comprendre son licenciement. Certes, le Barça avait déçu dans de grandes occasions. Un 0-0 au Camp Nou face au Real cette saison, ou encore les deux remontadas concédées contre la Roma et Liverpool en Ligue des Champions, respectivement en 2018 et 2019. Mais les Blaugranas occupaient le fauteuil de leader de Liga. Pourquoi les dirigeants barcelonais ont-ils donc pris le risque insensé de perdre la tête du classement, et à terme le championnat, en remerciant Valverde ?

La réponse est simple. Avec Valverde, le FC Barcelone avait perdu ce style de jeu qui faisait sa force. Derrière le 4-3-3, le tiki-taka avait disparu, les actions collectives en une touche se faisaient rares. Surtout, les humiliations européennes de Barcelone ont mis en lumière les lacunes mentales du groupe dans les grandes rencontres. Le Barça de Valverde semblait ainsi en autogestion, livré à lui-même à cause du trop faible leadership de son coach.

… mais qui ne solutionne pas tout le problème

Pour remplacer Valverde, le président Josep Maria Bartomeu avait d’abord pensé à l’ancienne légende du club, Xavi. Puis, devant le refus du coach d’Al-Sadd (Qatar), il s’est rabattu sur Setién. Quique Setién a le profil idéal : il tire son inspiration de Johan Cruyff et voit la possession comme la solution de tous les problèmes.

Cependant, que vaut-il face à un groupe difficile à gérer et à motiver comme celui du Barça ? Pour légitimer son autorité auprès des joueurs, les expériences de Setién à Las Palmas et au Bétis ne pèsent pas bien lourd. Par rapport à Xavi, il ne possède pas non plus l’aura d’un ancien grand joueur. Il n’a également pas de passé au club lui permettant d’incarner l’institution blaugrana. Seule sa méthode de travail lui permettra de s’affirmer comme le boss.

L’impossible défi de Setién : retrouver l’ADN du Barça

Pour redresser le Barça et redonner à son jeu ses lettres de noblesse, Setién ne part pas gagnant. Sur beaucoup de points, il sera même complètement impuissant.

La qualité de la formation ne dépend pas vraiment de lui. Or, force est de constater que la Masia peine de plus en plus à former des cadres du Barça. D’abord parce qu’il est exceptionnel de faire éclore des Messi, des Xavi, des Iniesta. Ensuite, les jeunes de la Masia peinent actuellement à s’imposer en équipe première. Ces dernières années, les grandes promesses de Barcelone sont allées voir ailleurs : Adama Traoré en Angleterre, Cristian Tello au Bétis, Mauro Icardi en Italie puis au PSG…

Aujourd’hui, Barcelone puise de moins en moins dans son centre de formation pour faire son équipe. L’ADN Barça se raréfie donc dans le onze des Blaugrana. Pour remédier à cela, Quique Setién a promis de faire jouer les pépites du club Ansu Fati et Alex Collado. Pourtant, un autre crack, Carles Pérez, se dirige tout droit vers un prêt à la Roma…

Le Barça s’est éloigné du tiki taka ces dernières années

Setién semble aussi aller à contre-courant de l’héritage tactique de ses prédécesseurs. Si on se penche sur l’évolution tactique du Barça, on voit que le football de possession et le 4-3-3 de Johan Cruyff faisait jadis consensus. Louis van Gaal, Frank Rijkaard, Pep Guardiola, Tito Vilanova ou Gerardo Martino n’ont jamais remis ces principes en cause. C’est avec l’arrivée de Luis Enrique en 2014 que les choses ont évolué.

L’actuel sélectionneur de l’Espagne n’a pas hésité à remettre en cause les codes du Barça. Conscient que la Masia ne permettrait pas aux Blaugranas de continuer avec un football de possession, Luis Enrique leur a appris à jouer sans le ballon. En 4-3-3, mais en misant sur les contre-attaques. C’est ainsi que Barcelone, avec le trio Messi-Suarez-Neymar, a gagné sa dernière Ligue des Champions en 2015.

Valverde a poussé cette révolution plus loin. Pragmatique, il n’a pas hésité à sortir du traditionnel 4-3-3 pour faire face aux blessures. Et il n’a pas non plus renoué avec la possession. Car entre temps, Xavi et Iniesta se sont faits la malle. Voilà le Barça obligé de s’en remettre aux exploits de Messi qui, bien que Ballon d’Or, ne peut pas tout.

Setién à contre-courant du sens de l’Histoire ?

Aujourd’hui, Sétien et ses dirigeants sont déterminés à retrouver la gagne et un jeu léché. Mais pour cela, ils devront compter sur des joueurs de possession, capables de jouer en 4-3-3. Il faut donc urgemment refaire confiance à la Masia. Le retour de Neymar, qui sera sans doute le serpent de mer du mercato d’été, aiderait aussi le Barça à récupérer son ADN.

Si le retour au tiki taka s’avère impossible, Setién devra continuer le travail de Luis Enrique et Valverde : apprendre aux Barcelonais à jouer autrement. Son 3-5-2 peut aussi aller dans ce sens-là. Reste à voir quelle direction le coach prendra.

A un an de l’élection du président par les socios, le choix que fera Setién aura en tout cas des conséquences majeures. La direction actuelle a sans doute abattu sa dernière carte pour sauver une situation dont elle est en partie responsable.

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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