Bob Marley et le football, une passion mortelle

La Jamaïque est un pays assez méconnu, mais elle n’en est pas moins une sacrée terre de football. Pourtant, les Reggae Boyz n’ont jamais vraiment brillé. Une seule participation à un Mondial en 1998 (élimination en phase de poules), une défaite 8-0 contre la France en 2014 témoignent de leur difficulté à s’imposer dans le gotha du foot mondial. Reste que comme beaucoup de Caribéens, les Jamaïcains sont des mordus de ballon rond.

Et les plus illustres personnalités de l’île ne sont pas en reste. On se souvient de la reconversion (ratée) du sprinteur Usain Bolt en 2018. L’octuple médaillé olympique avait notamment réalisé des essais avec des clubs pros, dont le Borussia Dortmund. Ce dont on se souvient moins, c’est qu’avant lui une grande star jamaïcaine a aussi connu l’amour du ballon rond. Pas n’importe laquelle : Bob Marley.

Bob Marley, chanteur et ailier gauche

Né en 1945 et mort en 1981, Marley est essentiellement connu pour le reggae, son chant inimitable et ses tubes (No Woman No Cry, Could You Be Loved…). Ses talents d’ailier gauche sont néanmoins passés sous silence par beaucoup d’historiens. D’autant plus étonnant que le football faisait partie intégrante de la vie de Bob Marley.

Difficile de situer quand a eu lieu le coup de foudre entre Bob et le ballon rond. Lorsqu’il était interrogé à ce sujet, le chanteur expliquait que son père, d’origine anglaise, lui avait transmis l’amour du football. Un amour qu’il s’est empressé de partager avec ses amis, jouant sur des terrains caillouteux et boueux. Puis avec ses musiciens, les Wailers. Entre deux concerts, sous l’influence de substances interdites, ils s’adonnent chaque jour à leur sport favori. Les Wailers ont un bon petit niveau : ils sont même rejoints par Alan Cole, road manager de Marley et ancien attaquant international jamaïcain.

Avec cette équipe, les Wailers ont de quoi faire peur. Bob et ses partenaires défient régulièrement des journalistes ou d’anciennes gloires du football. Et ce, toujours dans la joie et une bonne humeur caractéristique de la religion rastafari dont Marley est adepte. Ainsi, avant un concert à Nantes en juillet 1980, les Wailers affrontent cinq joueurs professionnels de l’équipe locale. Les Canaris sont peu impressionnés au début, sinon par l’aura de Bob. Pourtant, ils viennent péniblement à bout de leurs adversaires. Marley “n’avait pas le niveau pour intégrer le centre de formation” mais “maniait assez bien le ballon”, de l’aveu du Nantais Loïc Amisse, qui l’a affronté ce jour-là.

Le football, une inspiration pour Bob Marley

Recensées par le site Konbini, une poignée de citations de Marley permettent de comprendre la place du football dans sa vie et sa pensée. “Le football, c’est la liberté”, “un art à part entière”, “nous jouons au foot comme nous jouons de la musique”… Pour Bob Marley, au même titre que la musique ou le cannabis, le football est une échappatoire. Un moyen comme un autre de fuir la misère et la criminalité, qui font partie du quotidien dans son île natale.

Plutôt que de tenter de faire une carrière de sportif, le King of Reggae privilégie la musique. Ce choix, il le justifie par la violence et “les sentiments guerriers”, incompatibles avec son éthique rastafari, qu’éveille le football. Cela n’a pas empêché Marley de vouer une admiration aux stars de son époque. Le Jamaïcain est ainsi devenu un grand fan de Santos époque roi Pelé, et de l’Argentine championne du monde de 1978.

Marley, tué par le ballon rond ?

Mais l’amour de Bob Marley pour le football lui a sans doute coûté la vie. Le 9 mai 1977, à Paris, les Wailers défient une équipe composée de journalistes du magazine Rock & Folk et du chanteur Herbert Léonard. Complètement défoncés, ils n’ont malgré tout aucune difficulté à l’emporter, grâce aux nombreux buts inscrits par Cole. Mais Marley, ce jour-là, est victime d’un tacle assassin. Le pouce de l’orteil droit est touché, l’ongle se décolle.

Dans les jours qui suivent, la blessure perd beaucoup de sang. Bob consulte, et on lui diagnostique un mélanome, une forme de cancer. Les médecins préconisent l’amputation de l’orteil, mais Bob refuse, au nom de sa religion. Il préfère se faire soigner l’ongle arraché et ne daigne pas respecter le repos préconisé par le docteur.

Trois ans plus tard, en plein footing à Central Park, Bob s’effondre subitement. Hospitalisé, on lui annonce que le mélanome a évolué en cancer généralisé et qu’il a peu de temps à vivre. Il survit quelques mois avant de s’éteindre le 11 mai 1981 à 36 ans. L’amoureux du football a peut-être été victime de sa passion, en refusant de se reposer pour jouer. Cela n’a pourtant pas empêché sa fille Cedella de devenir ambassadrice de l’équipe féminine de Jamaïque. One love

A propos de Benjamin Mondon 276 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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