Benjamin Mondon

Avec les arrivées de Jérémy Ménez (AC Milan) et de François Kamano (Bastia), le secteur offensif des Girondins s’est considérablement renforcé cet été. En trois matchs de championnat, les Bordelais ont inscrit 5 buts. Néanmoins, la véritable recrue du mercato pourrait ne pas être celle qu’on croit. Revenu d’un énième prêt, Gaëtan Laborde a attaqué de manière tonitruante cette saison 2016/2017. C’est Saint-Etienne qui en a fait les frais dès la 1ère journée de Ligue 1. Le natif de Mont-de-Marsan a ouvert le score, puis délivré un passe décisive à Diego Rolan pour offrir à son équipe une victoire de prestige à domicile (3-2). Hier, il a encore marqué lors du nul concédé par les siens face à Tours en amical (1-1). Focus sur un homme qui attend patiemment son heure.

Un pur produit de la formation bordelaise

Né en 1994, le jeune Laborde fait ses classes dans l’équipe de sa ville, le Stade Montois. Avant d’intégrer le centre de formation des Girondins de Bordeaux, le mastodonte local. Avec les équipes de jeunes du club, il s’illustre en remportant la Coupe Gambardella 2013 (il marque en finale contre Sedan, 1-0 score final). Ce titre aurait pu ouvrir à Gaëtan Laborde les portes de l’équipe pro. Mais, s’il signe bien un contrat pro, les dirigeants bordelais préfèrent voir le gamin s’aguerrir dans les divisions inférieures.

Cela commence par un prêt au Red Star, alors en National, pour la saison 2013-2014. 14 buts (dont cette splendide bicyclette) plus tard, Laborde est à nouveau prêté au Stade Brestois en Ligue 2. Il arrive avec un statut d’outsider mais, barré par Alphonse, Verdier ou encore Samassa, il peine à confirmer, avec seulement 2 petits buts en 26 rencontres de championnat.

Retour à l’expéditeur à l’été 2015 mais cette fois-ci, les Girondins décident d’envoyer le Landais en équipe B. Avoir un renfort sous la main au vu de la forme physique de Diabaté, ça n’est pas plus mal. Fin 2015, Willy Sagnol décide de lui faire acquérir de l’expérience en le lançant dans le grand bain en Ligue Europa, où les Girondins sombrent. Dès son premier match, sans enjeu face au Rubin Kazan (2-2), Laborde trouve le chemin des filets. Il dispute quelques minutes de Ligue 1 avant d’être reprêté en janvier 2016. A Clermont, sous les ordres de Corinne Diacre, il marque 8 buts en 18 matchs et envoie un signal fort à Jean-Louis Triaud. Message reçu cinq sur cinq, car cet été le boss bordelais a décidé de donner sa chance à Laborde.

Quelle place dans le système de Gourvennec ?

Comme Willy Sagnol avant lui, Jocelyn Gourvennec arrive à Bordeaux avec la réputation d’un jeune coach dynamique qui fait confiance à la jeunesse. En alignant Laborde dès la première journée de Ligue 1, il lui a envoyé un signal fort. L’attaquant de 22 ans s’est montré digne de la confiance de son coach. Tout en technique et avec des choix très justes, il a illuminé de son talent la partie. Néanmoins, lors des deux matchs suivants, Gourvennec n’a pas aligné Laborde devant, lui préférant le duo Ménez – Rolan. Il n’est pas entré en jeu lors de l’humiliation reçue à Toulouse (4-1), et a pris la place de Thomas Touré pour disputer les dernières minutes de la victoire contre Nantes (1-0).

Avec la réalisation en amical face à Tours, la donne devrait changer. Gaëtan Laborde s’impose comme une alternative crédible à Ménez ou Rolan, les deux titulaires a priori indiscutables à la pointe du 4-4-2 de Gourvennec. Pas inutile, au vu de la forme physique parfois précaire de l’ancien Milanais. Mais il lui sera difficile de chiper leur place sur le long terme. Son profil ne lui permet pas vraiment d’évoluer sur l’aile. Pour installer durablement Laborde dans le 4-4-2 (en apparence inamovible), il faudrait replacer Rolan sur l’aile, où il évoluait autrefois, mais le voudra-t-il ? Gourvennec sera-t-il prêt à faire ce sacrifice ?

Quoi qu’il en soit, les Girondins ont intérêt à exploiter au maximum le potentiel de Gaëtan Laborde. Il serait bête de reproduire la même erreur qu’avec Grzegorz Krychowiak. Le Polonais n’avait jamais vraiment eu sa chance au club, jugé trop tendre par Francis Gillot. Aujourd’hui, il évolue au PSG, dans la foulée d’un sacre en Ligue Europa sous les couleurs sévillanes…