Bulgarie et Suède 1994 : destins croisés

L’histoire avait commencé en mai 1992. Dans le groupe 6 des qualifications de la zone Europe pour le Mondial 1994, la Bulgarie, la Suède et la France étaient aux prises pour arracher deux billets pour la compétition aux Etats-Unis. Aux côtés d’Israël, de l’Autriche et de la Finlande, la concurrence s’avérait rude et chaque point acquis serait donc déterminant.

Le dénouement de l’histoire, on le connaît. Au terme d’un finish complètement raté et d’une erreur magistrale de Ginola, les Bleus allaient s’incliner à domicile pour laisser la qualification aux Bulgares lors de la dernière journée (1-2). Un match considéré comme une humiliation pour la France. Pourtant, le parcours de la Suède (1ère du groupe 6, 15 points) et de la Bulgarie (2ème, 14 points) a permis ultérieurement de relativiser cet échec.

Bulgarie 1994, un groupe soudé derrière Stoichkov

Lorsqu’Emil Kostadinov élimine la France en inscrivant un doublé, la surprise est grande. Grande car elle voit une équipe composée de joueurs évoluant dans les plus grands clubs perdre face à une formation de seconds couteaux. Le pays, issu d’un bloc de l’Est fraîchement décomposé, compte à peine 8,5 millions d’habitants. Les infrastructures, héritées du communisme, sont souvent inadaptées aux exigences du haut niveau. Les joueurs bulgares eux-mêmes sont souvent d’illustres inconnus. Borislav Mikhailov, portier des Lions, évolue en seconde division française, à Mulhouse. A l’image de son coéquipier en club Georgi Georgiev, la plupart des Bulgares jouent dans des équipes de seconde zone.

Pourtant, une figure se détache. Celle de Hristo Stoichkov, attaquant de la “Dream Team” barcelonaise dirigée par Johan Cruyff. Un des meilleurs joueurs de son époque, mais souvent éclipsé par son partenaire blaugrana Romario. Qu’à cela ne tienne, Stoichkov a du talent à revendre. Et ses coéquipiers aussi. Le regretté Trifon Ivanov (Neuchâtel), à l’iconique coupe mulet, est le roc de la défense bulgare. Au milieu, le meneur de jeu Yordan Letchkov (Hambourg) sera considéré comme une des révélations du Mondial. L’ailier Emil Kostadinov (Porto), le milieu offensif Krasimir Balakov (Sporting) et l’attaquant Nasko Sirakov (Levski Sofia) sont également des valeurs sûres au sein de la sélection dirigée par Dimitar Penev.

Une équipe de guerriers qui échoue aux portes de la finale

Le tirage au sort réserve pourtant aux Bulgares un groupe relevé. Les coéquipiers de Stoichkov sont giflés 3-0 dès leur entrée en lice par le Nigeria. Au match suivant, ils se vengent sur la Grèce, punching ball de la poule : un doublé de Stoichkov, des réalisations de Letchkov et Daniel Borimirov plient l’affaire (4-0). La rencontre suivante, déterminante, les met aux prises avec l’Argentine. Leader de la poule, l’Albiceleste a pourtant perdu de sa superbe : Diego Maradona, positif à la cocaïne, vient d’être suspendu. Sans le Pibe de Oro, le choc bascule en faveur des Bulgares en fin de rencontre. Stoichkov et Sirakov assurent la qualification à la deuxième place du groupe D (2-0).

En huitièmes de finale, Stoichkov donne rapidement l’avantage aux Bulgares face au Mexique. Mais la Tri recolle peu après sur un penalty discutable. Il faut en passer par une séance de tirs au but : le loupé de Balakov est oublié après trois échecs consécutifs des Mexicains (1-1 a.p., 3-1 t.a.b.). Qualifiée, la Bulgarie tombe en quarts sur un gros morceau : l’Allemagne, championne du monde en titre. Les affaires commencent mal pour les Lions, punis peu après la pause par un penalty de Lothar Matthäus. Cependant, en fin de match, un temps fort de trois minutes permet aux protégés de Penev de renverser la situation. Stoichkov puis Letchkov assomment la Mannschaft pour écrire la plus belle page du football bulgare (2-1).

Dans le dernier carré, les Bulgares tombent sur l’Italie. Une équipe défensive et rigoureuse, qui s’appuie sur l’ossature du grand Milan AC. L’obstacle de trop pour les Lions, qui encaissent un doublé express de Roberto Baggio en première période. La réduction du score sur un penalty de Stoichkov ne changera pas l’issue de la rencontre (1-2). Mais l’abnégation montrée par le collectif bulgare va marquer durablement les esprits.

Une période faste pour le football suédois

Quant à la Suède, elle n’est pas mieux lotie que la Bulgarie en terme d’individualités. Dans le onze suédois, le gardien Thomas Ravelli (Göteborg), méconnu, est considéré comme l’un des meilleurs de son époque. Son coéquipier en club, l’ailier gauche Jesper Blomqvist, âgé de 20 ans, va être une des révélations suédoises du Mondial : il évoluera plus tard à Manchester United. Au sein du 4-4-2 de Tommy Svensson, le sélectionneur suédois, trois attaquants de qualité se disputent les places de devant. Une rotation est mise en place entre Martin Dahlin (Borussia Mönchengladbach), Tomas Brolin (Parme) et Kennet Andersson (Lille). Le dernier nommé va se révéler le plus efficace. En pointe ou sur l’aile droite, un autre élément fait parler la poudre : Henrik Larsson (Feyenoord).

Après la demi-finale disputée à l’Euro 1992, 1994 est une période faste pour le football suédois. Poids lourd du championnat, l’IFK Göteborg fournit à la sélection une grande partie de ses cadres et leur permet d’évoluer ensemble. Quelques mois après le Mondial, le club arrivera d’ailleurs en tête d’un groupe de C1 comprenant le Barça et Manchester United.

Le talent offensif suédois jusqu’en demi-finales

Dans un groupe plutôt costaud, la Suède débute en arrachant le match nul face au Cameroun, quart-de-finaliste quatre ans plus tôt. Un but tardif de Dahlin assure le premier point suédois (2-2). Derrière, les choses commencent mal face à la Russie, qui mène grâce à un penalty au bout de 4 minutes de jeu. Avant la mi-temps, un autre penalty permet à Brolin de remettre les deux équipes à égalité. Après la pause, la chance sourit aux Suédois : Dahlin inscrit un doublé, profitant de l’expulsion du défenseur Gorlukovitch (3-1). Le dernier match, véritable finale du groupe, met la Suède aux prises avec le Brésil. Kennet Andersson permet aux premiers nommés de mener, mais Romario offre aux Brésiliens le match nul (1-1). Malgré tout, cela suffit aux Suédois pour continuer l’aventure, à la deuxième place du groupe B.

En huitièmes de finale, le tirage est plutôt clément. Il offre aux Suédois l’Arabie Saoudite. Dahlin et Andersson (doublé) ne tremblent pas et assurent la qualification (3-1). La Roumanie, en quarts, propose un autre défi. Les Roumains viennent de sortir l’Argentine et les coéquipiers de Gheorghe Hagi partent favoris. Longtemps âpre, la rencontre bascule d’abord grâce à Brolin dans les dernières minutes. C’est sans compter sur l’avant-centre roumain Florin Raducioiu, qui égalise puis offre l’avantage aux siens en prolongation. A quelques minutes de la fin du match, Andersson permet à la Suède de recoller. Exténués par leur parcours, les Roumains craqueront pendant la séance de tirs au but (2-2 a.p., 5-4 t.a.b.).

La demi-finale a des airs de déjà vu. La Suède retrouve le Brésil sur sa route. Cette fois-ci, l’attaque suédoise ne trouve pas la faille. Et encore une fois, le bourreau s’appelle Romario, buteur en fin de match (0-1). La rigueur défensive des futurs champions du monde aura été fatale au jeu léché des Suédois.

Bulgarie-Suède, une petite finale pour boucler la boucle

Un an après leur dernière confrontation en éliminatoires, Suédois et Bulgares se retrouvent à nouveau. Vainqueurs à domicile (2-0), les premiers avaient dû concéder le match nul à Sofia (1-1). La petite finale du Mondial est donc l’occasion de trancher définitivement dans la rivalité entre les deux outsiders.

Cette fois-ci, la supériorité suédoise est claire, nette et limpide. Brolin, Hakan Mild, Larsson et Andersson assurent la troisième place avant même la pause (4-0). Côté bulgare, Stoichkov, co-meilleur buteur du Mondial avec 6 buts, reste impuissant. Néanmoins, les 22 acteurs seront sortis grands gagnants de cette Coupe du Monde.

A propos de Benjamin Mondon 272 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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