Sébastien Girard

Contrôlé par Red Bull, le RB Leipzig n’est pas le club préféré des Allemands. Loin de là. La formation de Ralph Hasenhüttl fait ses débuts en Bundesliga sur la pelouse d’Hoffenheim (17h30).

RB Leipzig - Bundesliga

Pour souhaiter la bienvenue au RB Leipzig, les ultras du Dynamo Dresde ont lancé, près des bancs, une tête de taureau coupée lors de la rencontre de Coupe d’Allemagne entre les deux clubs. Une référence, évidemment, au propriétaire du club, Red Bull, mais surtout un nouvel exemple de la haine du football allemand pour ce club d’ex-Allemagne de l’Est. Dans les tribunes comme sur les réseaux sociaux, de nombreux messages « Aimez le football, détestez Leipzig », ou autres un peu plus fleuris, apparaissent régulièrement. Les ultras du Borussia Dortmund ont d’ailleurs annoncé le boycott du déplacement du BVB sur la pelouse du RB Leipzig. Depuis la montée en puissance de ce club fondé en 2009 sur les cendres du SSV Markranstädt, alors en cinquième division, des dizaines de groupes d’ultras ont pris la même décision.

Des subtilités pour contourner les règles

Pour le journaliste Constantin Eckner, une précision sur l’organigramme du club s’impose : « RB Leipzig n’appartient pas à Red Bull. Il y a deux ans, la Fédération allemande a fixé des conditions obligeant Leipzig à faire des changements organisationnels. L’une de ces conditions était de changer la composition du corps de l’organisation. L’équipe managériale et les membres honoraires sont des employés ou agents de Red Bull. Cela vient à l’encontre de la règle des 50+1. Comme compromis, le club a été obligé de garantir que l’équipe managériale est composée par une majorité de personnes indépendantes de Red Bull. »  En Allemagne, les clubs doivent respecter cette règle dite des « 50+1 ». Cela représente 51% des actions du club, qui doivent appartenir à une association de fans pour leur permettre d’avoir une majorité de votes lors des assemblées.

Mais ce n’est pas le seul tour de passe-passe utilisé par la direction du RB Leipzig. Le naming dans le nom du club n’est pas autorisé par la DFB. Alors, pour ne pas être sanctionné, l’identité officielle est « RasenBallsport Leipzig », soit « sport de balle sur gazon », qui a la particularité d’avoir les mêmes initiales que la marque au taureau. Pratique. La seule exception est le Bayer Leverkusen, fondé bien avant la mise en place de cette règle.

Une hypocrisie générale

Dans le football moderne, il est difficile d’exister sans avoir des moyens financiers importants. C’est ce que Dietrich Mateschitz a fourni à Leipzig. Mais il n’est pas le seul à avoir fait cela. « Dietmar Hopp a investi beaucoup d’argent à Hoffenheim. Walther Seinsch est grandement responsable de l’ascension d’Augsburg. Gazprom a été très important pour Schalke. Le Bayer Leverkusen et le VfL Wolfsburg sont des équipes d’entreprises et n’ont pas à suivre les mêmes règles. Allianz et Audi ont des parts au Bayern Munich. Le Borussia Dortmund est une entreprise publiquement échangé sur le marché financier allemand », rappelle Constantin Eckner qui souligne que « même si ce n’est pas normalement autorisé qu’une personne ou une entreprise détienne un club, il existe des moyens pour gagner de l’influence ». Cela ressemble donc à une certaine hypocrisie des autres clubs allemands qui ont, eux aussi, bénéficié de l’apport d’entreprises ou d’investisseurs. Le RasenBallsport Leipzig a d’ailleurs ravi la place de « club le plus détesté d’Allemagne » à Hoffenheim, les deux clubs s’affrontant pour cette première journée (17h30).

Davie Selke - RB Leipzig

Mais la présence d’un tel club dans le paysage peut bénéficier au football allemand et, surtout, à l’Allemagne de l’Est. Les supporters des clubs d’ex-RDA sont les plus véhéments contre Leipzig mais le projet du club est particulièrement intéressant pour la région. Les joueurs talentueux quittent cette partie de l’Allemagne très jeunes pour rejoindre un grand club de l’Ouest. Avec la montée fulgurante du RB Leipzig, qui mise beaucoup sur la formation et le développement de jeunes joueurs, cela pourrait les pousser à rester. Dans l’effectif, on trouve Davie Selke et Timo Werner, deux internationaux Espoirs allemands. Dietrich Mateschitz rapatrie même de jeunes allemands sous contrat dans sa filiale de Salzburg, comme il l’a fait avec Benno Schmitz cet été. Pour Baptiste, qui gère le compte Twitter du club en France, cela ne peut qu’être bénéfique pour l’Allemagne de l’Est. « Une grande performance européenne permettrait aussi au football est-allemand de reprendre vie après un grand passé. Rappelons que l’ex-RDA n’a pas connu d’équipe en Bundesliga depuis 2009 avec l’Energie Cottbus. Dans une région qui a souffert, retrouver une grande équipe de foot permettrait d’attirer plus de fans », explique-t-il. Le RB Leipzig doit pourtant s’attendre à vivre une première saison en Bundesliga qui ne sera pas de tout repos.