Charles Chevillard : “La France doit gagner une médaille”

L'Equipe de France de football féminin, Le Sommer et Thiney

Fondateur du site Outsider, Charles Chevillard (@CharlesCHT) aime le sport mais aussi et surtout le football féminin dont il est spécialiste. Désireux de dresser un bilan du football français à un peu moins de deux mois de l’ouverture de la Coupe du Monde au Canada, nous l’avons interrogé sur la forme actuelle de l’équipe de France mais également sur le championnat de France féminin. Entretien.

L'Equipe de France de football féminin, Le Sommer et Thiney

L’Algarve Cup s’est terminée pour les françaises avec une défaite en finale face aux américaines, quels enseignements tirer de ce tournoi à quelques mois de la Coupe du monde ?

L’Algarve Cup a été une belle répétition. Néanmoins, il faut toujours faire attention aux résultats. Par exemple avant la finale contre les USA, 90% des gens pensaient que les Bleues allaient s’imposer et pourtant. Ce tournoi permet de se préparer et faire une revue d’effectif pour la Coupe du Monde au Canada. Au niveau français, Beregeroo a dorénavant quelques certitudes. Le 4-4-2 est certainement la meilleure tactique à utiliser. Le duo Thiney – Le Sommer en attaque est vraiment complémentaire et performant. On a trouvé enfin un bon duo en équipe de France. Mais surtout, les Bleues ont fait preuve de caractère. Peut-être qu’elles ont passé un cap. Mais le vrai rendez-vous sera cet été au Canada. Ce ne sera pas aisé avec la fatigue, la chaleur, les terrains synthétiques…

En parlant de CdM, les françaises seront une nouvelle fois attendues au tournant. Quelles ambitions peuvent-elles avoir alors qu’on sent une montée en puissance de cette équipe depuis plusieurs années, en terme de résultats ?

Il faut se dire les choses : la France doit gagner une médaille. Les Bleues font partie des favorites. Depuis l’arrivée de Philippe Bergeroo, il y a une nouvelle dynamique. Au contraire de l’ère Bini, une vraie confiance semble régner dans ce groupe surtout que pour une fois, elles ont rencontré des grosses équipes en amical ou lors du tournoi de l’Algarve : Brésil, USA, Japon, Allemagne. Si les Françaises n’arrivent pas dans les 3 premiers, ce sera une énorme déconvenue. Outre l’aspect sportif, une victoire pourrait permettre à certains clubs amateurs de contacter des sponsors. Enfin, si le marketing suit enfin (sic). En ce qui concerne le synthétique, c’est pour moi un faux débat. Evidemment que ce n’est pas pratique, pour les tacles par exemple, mais les jeunes joueuses ont l’habitude elles. Au niveau physique, c’est plus difficile. Quand on sait que le genou d’Amandine Henry souffre, le synthétique fait encore plus peur, mais vu la qualité technique des Bleues, ça pourrait être un avantage.

Quels changements ont eu lieu autour de cette équipe de France depuis l’arrivée de Philippe Bergeroo à sa tête et comment s’est déroulée la transition au sein de la sélection après les départs de Sandrine Soubeyrand et Sonia Bompastor ? Quelles places occupent les jeunes joueuses, ont-elles leurs chances ?

Le changement est d’abord tactique. Avant, les Bleues jouaient en 4-2-3-1 maintenant c’est un 4-4-2. L’axe était soit offert à Thiney ou Nécib. Maintenant, Louisa est sur le côté gauche et rentre toujours autant dans l’axe mais il n’y a plus personne pour lui marcher sur les pieds. Quant à la première, elle est vraiment à l’aise en pointe avec Le Sommer. Elle semble libérée. Je pense qu’elle avait besoin de couper les ponts avec Bini, comme le groupe. Soubeyrand, malgré les nombreuses critiques, était une joueuse importante, régulatrice. Mais sur le terrain, on a Amandine Henry. On ne peut pas faire mieux. Je pense que la Juvisienne apportait avec son expérience, c’est à ce niveau qu’on a perdu. Même si le groupe se connaît, on se demande encore quelle est la leader de ce groupe… Abily, certainement. Pour Sonia, elle avait arrêté avant l’Euro 2013, la page était déjà tournée sous l’ère Bini. Par rapport aux nouvelles entrantes, Majri a intégré durablement le groupe comme Hamraoui ou encore Dali. Il y a même Kaci qui est arrivée. Les 3 peuvent être titulaires, du moins surtout Amel et Kenza. C’est la suite logique de la progression pour les 2 filles.

Par rapport aux jeunes, Bergeroo a intégré certaines “gamines” : Lavogez, Mbock, Dafeur (quand Boulleau ou Majri sont forfaits), Toletti (même si elle n’est pas rentrée à l’Algarve) ou encore Dani. Je pense que parmi elles deux ou trois iront à la Coupe du Monde. Pour moi, Lavogez et Mbock, c’est certain. La première ne m’a pas encore séduit avec les séniors en championnat mais cette année, elle s’impose. Elle devra quitter le MHSC pour progresser (l’OL la suit). Elle apporte une touche technique avec ses rentrées, c’est vraiment une bonne supersub. Pour la seconde, c’est un roc. Elle joue depuis très jeune à Guingamp. Elle était capitaine avec les U20. Peut-elle être une remplaçante solide derrière Georges et Renard ? Oui, je pense. Néanmoins, elle doit prendre moins de risques… Dafeur, elle, est encore derrière Boulleau et Majri. Elle progresse avec Guingamp mais la voir à la Coupe du Monde, je n’y crois pas. Toletti n’a pas encore eu vraiment sa chance de prouver en EDF. J’aime beaucoup son profil, technique, battante, capable de récupérer de nombreux ballons. Je pense qu’elle a un énorme potentiel. Quant à Diani, je ne comprends pas sa sélection. Je la connais depuis qu’elle est jeune. Pour moi, elle n’est pas encore prête pour le très haut niveau. Mais, elle a un potentiel intéressant.

Pour les néophytes comme moi, le championnat féminin en France s’apparente exclusivement à un duel entre le PSG et l’OL. Qu’en est-il réellement ? Où se situent les clubs comme Guingamp, Montpellier et Juvisy ? Autre curiosité de ma part : les internationales françaises sont-elles essentiellement toutes à Lyon et Paris ?

Oui, il y a un duel entre les gros clubs : PSG et OL. Or, il ne faut pas oublier que toutes les joueuses du MHSC sont sous contrat fédéral. Néanmoins, les 3 autres clubs (ndlr : EAG, MHSC et Juvisy) sont un ton en-dessous des deux premières… mais bien au-dessus des autres clubs. Juvisy continue à s’accrocher et ils ont vraiment une bonne équipe. Certains choix du coach sont cependant surprenants comme Brétigny sur le banc. Après, il doit avoir ses raisons. Personnellement, je trouve le travail de Guingamp vraiment exemplaire. C’est un groupe jeune avec du potentiel. Il y a eu des recrues intéressantes (Otaki par exemple). À suivre pour la suite.

Mais le gros problème de la D1 reste son manque d’homogénéité. La plupart des internationales viennent de Lyon ou Paris. Quelqu’unes de Juvisy, Montpellier ou même Guingamp. Les autres meilleures équipes de D1, c’est logique. Les gros clubs prennent les meilleures françaises et surtout les progrès sont plus importants au contact des meilleures.

Dernière question, quelle place occupe le championnat français sur la scène européenne ? Est-il plus attractif que le championnat masculin ? En ce qui concerne la C1, le PSG vient de battre Glasgow à l’extérieur et semble bien parti pour se qualifier pour les 1/2 finales, les parisiennes sont-elles considérées comme des favorites (ndlr : les questions ont été posées avant le match retour gagné par les parisiennes à domicile) ?

Alors, ça, c’est une question difficile. De plus en plus, on entend parler du championnat français. Avec les résultats des Bleues et de l’OL, les joueuses étrangères prennent réellement en considération le championnat tricolore. Pour beaucoup, c’est un excellent championnat. Du niveau de l’Allemagne ? Pas sûr. Mais, rien à redire. Les Françaises pèsent ! Impossible de comparer avec le championnat masculin. C’est trop différent que ce soit sur le plan national et européen. En football féminin, il y a trois, quatre bons championnats : Allemagne, France, Suède et Angleterre (et encore). Ça limite rapidement les possibilités quand on sait que toutes les équipes ne sont pas pros.

Le PSG est tellement supérieur à Glasgow. La qualification est logique. Mais le PSG est encore un petit club ! L’équipe a du potentiel, de là à surclasser une équipe allemande en demi ? Ça sera serré et tendu, on verra. Wolfsburg est le grand favori de la compétition mais tout reste possible. Des joueuses comme Alushi ou Asllani apportent ce plus si nécessaire. En tout cas, je conseille à n’importe quel parieur de ne jamais mettre de l’argent sur le football féminin, bien trop instable ! La bonne nouvelle de ce parcours en Ligue des Champions reste le match au Parc des Princes (retour contre Glagsow). Ce sera une belle fête, j’espère. Le dernier match au Parc remonte à 2009, c’est dire.

Un grand merci à Charles pour sa disponibilité et avoir accepté de prendre du temps afin de répondre à nos questions !

© Télégramme (Image à la une)

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