Benjamin Mondon

Vainqueur hier sur le score de 2-0 (doublé de James Rodriguez) contre des Uruguayens affaiblis et privés de leur meilleure arme Luis Suarez, les surprenants Colombiens retrouveront en quarts de finale le Brésil, vainqueur sur le fil d’une vaillante équipe du Chili (1-1 a.p., 3-2 t.a.b.). Face à une Seleção en perte de vitesse et au vu de leur insolente réussite depuis le début de la Coupe du monde, on peut penser que les favoris de ce match ne seront pas les locaux et que les Tricolores auront à cœur de confirmer les espoirs placés en eux. Cependant, la Colombie a-t-elle réellement les armes pour triompher contre le Brésil, dans ce qui constituera pour elle le premier choc de ce Mondial, et accéder à une demi-finale, alors que son quart de finale constitue une performance historique ?

Les atouts de la Colombie : les latéraux, un secteur offensif bien pourvu, un groupe soudé

Au vu de sa prestation d’hier soir, la Colombie paraît pouvoir aisément disposer du Brésil. Son premier atout, c’est ses latéraux. Pablo Armero à gauche et Camilo Zuniga à droite ont été excellents hier soir. Tous deux ont déstabilisé la Celeste par leurs montées, et Zuniga, très opportuniste, aurait pu marquer sur une belle frappe de loin. L’association entre l’arrière droit de Naples et Juan Cuadrado a fait plusieurs fois la différence hier soir face à un milieu uruguayen à la peine, à l’image d’Arevalo obligé de commettre plusieurs fautes grossières ou encore d’un Alvaro Pereira à la rue face aux assauts colombiens. Sachant que les latéraux brésiliens, Dani Alves et Marcelo, sont très décevants (et c’est un euphémisme) depuis le début du Mondial, José Pekerman, le sélectionneur argentin des Tricolores, pourra compter sur Armero et Zuniga pour faire la différence. Son homologue brésilien, Luiz Felipe Scolari, fera-t-il, lui, confiance à l’expérimenté Maxwell à gauche? Cela va finir par devenir nécessaire.

James Rodriguez.

James Rodriguez.

Ensuite, le secteur offensif est bien pourvu. James Rodriguez est passé en tête au classement des buteurs, hier soir, avec 5 unités, statistique qu’il faut agrémenter des deux passes décisives délivrées par le Monégasque au cours de ce Mondial. L’opportuniste et génial milieu offensif colombien a inscrit d’un superbe enchaînement le premier but de la partie avant de conclure une superbe action collective. De quoi faire de lui l’homme du match. A droite, Juan Cuadrado a également confirmé son statut, et sa technique impressionnante lui a permis d’agir comme un détonateur. Moins convaincants que James et Cuadrado mais auteurs d’une bonne prestation, les deux attaquants Jackson Martinez et Téofilo Gutiérrez sont autant d’armes offensives sur lesquelles la Colombie pourra compter. Cependant, l’attaque pourrait être encore plus forte si le potentiel des Martinez, Carlos Bacca et autres Adrian Ramos était mieux exploité en sélection, ce qui pourrait faire regretter, à terme, l’absence de Falcao.

Troisième atout, le groupe colombien, où règne une bonne ambiance. Les vétérans Mario Yepes (38 ans) et Faryd Mondragon (43 ans) ont su faire profiter de leur expérience internationale (Mondragon évoluait sous le maillot colombien lors de la Coupe du monde 1994!) à des jeunes joueurs comme James. Et ont fédéré autour d’eux un groupe soudé et heureux d’être là. En même temps, dur de ronchonner quand on gagne tous ses matchs.

La difficulté : les moments de flottement et le défi physique brésilien

Le capitaine Yepes va-t-il contenir les assauts brésiliens?

Le capitaine Yepes va-t-il contenir les assauts brésiliens?

La Colombie, hier soir, a maîtrisé son match d’une main de maître. Jamais l’Uruguay, privé de Suarez, n’a semblé en mesure de l’emporter. Seul bémol, des moments de flottement en seconde période où les Tricolores ont semblé se reposer sur leurs lauriers, donnant plusieurs fois aux Uruguayens la possibilité de réduire le score. Particulièrement déconcentrés sur les coups de pied arrêtés de Gaston Ramirez, ils ont dû s’en remettre à leur portier David Ospina pour délivrer une clean sheet. Sauront-ils garder la complète mainmise sur le match face au Brésil? Sans nul doute, ça sera une autre paire de manches. José Pekerman a encore du pain sur la planche.

La deuxième principale faiblesse de la sélection colombienne est physique. Les Brésiliens ont certes une prolongation dans les jambes, mais eux ont laissé le jeu au Chili et devraient faire tourner leur effectif. La charnière centrale Yepes – Cristian Zapata manque d’impact physique et face à des monstres tels que Hulk ou Jô, les duels seront une des clés du match. Si Scolari réorganise son milieu en abandonnant le système à deux récupérateurs et en le réorganisant vers l’offensive pour prendre de court la paire Carlos Sanchez – Abel Aguilar à la récupération, il parviendra sans nul doute à prendre un avantage décisif. Encore faut-il que le Brésilien renonce à son système actuel. Et ce n’est pas gagné, sachant que maintenir un système à deux récupérateurs pourrait surtout lui permettre de bien museler James et Cuadrado. Un choix cornélien s’offre au sélectionneur brésilien.

La Colombie, grâce à ses latéraux, son secteur offensif et son groupe soudé, peut prétendre à une place en demi-finale. Encore faut-il surmonter certains moments de flottement et surtout un défi physique qui promet d’être intense. Scolari, lui, devra réorganiser son équipe afin qu’elle montre moins de passivité et plus de jeu offensif que contre le Chili. Les deux équipes semblent en mesure de faire basculer le match en leur faveur. Voilà un quart qu’on attend avec impatience.

© AFP / © Ryan Pierse – Getty Images