Paul Bohec

Que ce soit par l’enjeu, par l’émotion, par les absences de Thiago Silva et Neymar, par leurs adversaires du soir, les 10 brésiliens vétus de jaune et présents sur la pelouse de l’Estadio Mineirão ont été dépassés à tous les niveaux face à des allemands qui sont tombés face à une véritable non-équipe. Julio Cesar, qui devrait de toute évidence tirer sa révérence à l’issue du mondial, n’a pu qu’aller chercher avec dépit les 7 ballons au fond de ses filets. Apathique, la défense brésilienne, déjà aux abois, a complètement sombré après le deuxième but allemand signé Miroslav Klose – son 16ème en Coupe du monde – encaissant 3 autres buts en l’espace de 6 minutes.

Difficile de trouver des excuses à cette équipe brésilienne qui n’aura jamais véritablement revêtu l’étoffe d’un champion du monde au cours du mondial. Moyenne au cours de la phase de poule, décevante contre le Chili et intermittente contre la Colombie, cette Seleçao a pourtant fait mieux que lors des deux dernières éditions où elle avait été éliminée en quart de finale. Seulement, ces sorties de route prématurées n’ont rien à voir avec la terrible humiliation subie face à la Mannschaft. Avec ce score de 7 buts à 1 en sa défaveur, l’équipe brésilienne a battu de biens tristes records à Belo Horizonte, à commencer par celui de sa plus large défaite qui datait de 1920. Le pays organisateur a également subi la plus large défaite en demi-finale depuis la création de la Coupe du Monde.

Luiz Felipe Scolari après la déroute du Brésil face à l'Allemagne

Mis à part les éternels « je l’avais dit », personne n’aurait pu prévoir une telle débâcle. Même si le Brésil semblait déjà à la peine et que les absences de Thiago Silva et Neymar étaient alors d’autant plus difficiles à combler pour les brésiliens, qui aurait pu s’attendre à ce que l’équipe qui attend son heure depuis 4 ans se fasse éliminer de telle façon par un adversaire qui, si il ne manque pas de qualités, avait encore lui aussi beaucoup à prouver. Hormis sa victoire initiale contre le Portugal – discutable là encore car la Mannschaft ne semblait pas avoir à faire à une véritable opposition – l’Allemagne n’a jamais véritablement séduit. Un nul difficile contre le Ghana, une victoire à l’arrachée contre les Etats-Unis, une qualification acquise en prolongations contre l’Algérie puis l’élimination de la France en quart grâce à un but marqué sur coup de pied arrêté, si les allemands ont rarement été inquiétés, ils n’ont pas non plus impressionné.

Alors comment expliquer ce qui est d’ores et déjà considéré par la presse mondiale comme la plus grande humiliation du football brésilien depuis le Maracanazo ? Il semble d’abord évident que la Seleçao n’a jamais su aborder tant cette demi-finale que la compétition dans les meilleures conditions psychologiques. Dès les premiers matchs, le trop plein d’émotion accumulé depuis plusieurs mois se faisait ressentir et si le Brésil arrivait finalement sans encombre à sortir en tête de sa poule, ses criantes limites étaient déjà affichées au grand jour. Sans Neymar, dépositaire du jeu de son équipe, le Brésil n’a jamais réussi à ne serait-ce que pénétrer dans la surface de réparation d’un Manuel Neuer – encore impérial hier soir – en première mi-temps. À 5 – 0, le portier allemand s’est même permis quelques parades de grande classe en début de seconde période. Invisible, Fred restera comme l’une des énigmes de ce mondial alors que Hulk a multiplié les mauvais choix et qu’Oscar et Bernard, remplaçant de Neymar, ont eux aussi sombré dans ce naufrage collectif. Pire, les quelques certitudes de Luiz Felipe Scolari se sont effondrées en quelques minutes. David Luiz, sans Thiago Silva mais avec le brassard de capitaine, n’a jamais semblé autant en retard que hier soir aux côtés d’un Dante catastrophique. Luiz Gustavo, régulateur du milieu de terrain et peut-être l’un des seuls au niveau depuis le début du mondial, a également été noyé sous les offensives allemandes.

David Luiz en pleurs après l'élimination du Brésil

Rien, absolument rien n’est à retenir du naufrage brésilien d’hier soir et ni la détresse des supporters présents dans le stade ni celles de Julio Cesar, David Luiz ou Oscar à la fin du match ne saura y changer quoi que ce soit. En face, les allemands ont profité des incroyables bévues de leurs adversaires d’un soir pour tuer tout suspense en à peine une demie-heure de jeu. 14 tirs, 10 cadrés et 7 buts, cette statistique livre à elle seule toute la fébrilité de la défense brésilienne : pas moins de 50% des tirs allemands ont fini au fond des filets, 70% des tirs cadrés. Cependant, comme le souligne avec justesse le défenseur allemand Mats Hummels, cette victoire historique n’aura servi à rien si elle n’est pas suivie de la consécration suprême dimanche prochain au Maracana. Pour les allemands, tout reste donc encore à faire, les brésiliens de leur côté se trouveront face à un immense chantier une fois la déception passée. Beau vainqueur de la Coupe des Confédérations 2013 qu’il avait organisé, le Brésil s’est pris le revers de cette victoire de plein fouet. Le milieu de terrain qui avait été impressionnant l’an passé n’a jamais été au niveau au cours de la compétition ; devant, Fred, meilleur buteur de la Coupe des Confédérations avec 5 réalisations, n’a scoré qu’à une seule reprise au cours du mondial. Derrière, Marcelo et Daniel Alves ont été à la limite de l’indécence, le second étant même remplacé par Maicon pour le quart et la demie-finale. Plus qu’une équipe, c’est un peuple qui a du ravaler hier soir sa fierté devant le marasme auquel il a assisté avec des joueurs qui n’ont même pas semblé faire preuve d’orgueil et qui étaient bien incapables d’expliquer un tel résultat. Il leur restera un dernier match à disputer samedi prochain pour essayer tant bien que mal de relever la tête, même s’il leur sera impossible d’effacer une telle humiliation de si tôt.

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