Avant CR7, le Portugal avait Luis Figo

Si on vous dit “numéro 7” et “Portugal”, vous nous dites ? Cristiano Ronaldo, bien sûr. Si la question vous avait été posée il y a vingt ans de cela, la réponse aurait été tout aussi spontanée, mais bien différente. Car bien avant CR7, un autre élégant Portugais a fait le bonheur des amateurs de football avec le 7 dans le dos. Son nom : Luis Figo.

Figo, constant au plus haut niveau

Né en 1972 dans la banlieue de Lisbonne, fils d’ouvriers, le jeune Figo ne naît pas vraiment avec une cuillère en or dans la bouche. Mais il se découvre rapidement une passion pour le foot, qu’il pratique avec talent dans la rue. Le garçon tape dans l’œil des deux mastodontes de Lisbonne : le Benfica et le Sporting Portugal. Ces derniers, moins titrés que leurs rivaux, réussissent toutefois à engager le crack. Figo intègre très vite l’équipe première des Leões. De 1990 à 1995, il en devient l’un des cadres, étant l’artisan du succès de son club en Coupe du Portugal en 1995.

C’est après ce succès que les choses se gâtent. Figo est sollicité par de nombreuses écuries européennes. Il donne sa préférence à la grande équipe de Parme, alors cador du Calcio. Ses dirigeants refusent cependant de le céder à Parme, retenant une offre plus conséquente d’un autre club italien, la Juventus de Turin. Luis Figo n’a pas l’intention de se laisser mener par le bout du nez. La FIFA se saisit de l’affaire et interdit à Figo d’évoluer en Italie pendant deux saisons. Le FC Barcelone en profite pour convaincre le talentueux ailier droit. Pour une somme estimée aujourd’hui à 2,5 M€, Figo devient un Blaugrana.

Le Portugais ne tarde pas à faire son trou dans cette équipe de stars. Il évolue notamment aux côtés de Pep Guardiola, Hristo Stoichkov, Ronaldo (le Brésilien) ou encore Gheorghe Hagi. Une équipe qui a de la gueule, mais qui ne gagne plus grand chose depuis quelques années. Ça tombe bien, Figo a une sacrée pierre à apporter à l’édifice. Johan Cruyff puis Louis van Gaal exploitent à fond ses qualités de feinte, de crochets et ses passes décisives, plus nombreuses que ses buts. L’altruiste Figo aide ainsi le Barça à gagner deux fois la Liga en 1998 et 1999.

Galactique, tête de cochon et Inter de Milan

A l’été 2000, van Gaal quitte le Barça pour prendre la sélection néerlandaise. L’occasion pour Figo de rêver plus grand. Il s’engage avec le grand rival des Blaugrana, le Real Madrid, champion d’Europe en titre. Un transfert retentissant (65 M€) : Figo est le premier des Galactiques du Real. La nouvelle politique de Florentino Pérez consiste alors à recruter, chaque été, une star du football mondial. Sacré Ballon d’Or à la fin de l’année, Luis Figo tire profit de la transaction. Les supporters blaugrana, un peu moins. Pour se rappeler au bon souvenir de leur ex-idole, ils lui jettent une tête de cochon grillée depuis la tribune lors de son retour au Camp Nou.

Cela n’affecte pas Figo, qui étoffe son palmarès. Deux fois champion d’Espagne (2001, 2003), il gagne la Ligue des Champions en 2002. Aux côtés de Zinédine Zidane, Raul et Ronaldo, il continue à provoquer les défenseurs et délivrer des caviars, tout en élégance.

Ce Real galactique arrive pourtant rapidement en fin de cycle. Figo, âgé de 33 ans quitte le navire à l’été 2005, destination l’Inter de Milan. Le Portugais réalise ainsi son vieux rêve de jouer dans le Calcio. Même si son passage à Milan est marqué par les blessures, il est quatre fois champion d’Italie. Il continue à côtoyer les stars : Adriano, Hernan Crespo, Zlatan Ibrahimovic, Ricardo Quaresma, Javier Zanetti… Performant jusque dans les derniers moments, Figo prend sa retraite à l’été 2009. Il est néanmoins resté à l’Inter, où il occupe un rôle d’ambassadeur du club.

Figo, idole d’un Portugal magnifique dans la défaite

Luis Figo a connu toutes les sélections de jeunes du Portugal. Champion du monde U20 aux côtés de Rui Costa et João Pinto en 1991, il a rapidement fait son trou chez les A. A l’époque, le Portugal n’est pas la grande nation du football qu’il est aujourd’hui. La Seleção ne se qualifie pas pour le Mondial en 1994, ni en 1998.

Il faudra attendre 2000 pour voir la première grande performance du Portugal de Figo. Alors au Barça, l’ailier droit mène sa sélection jusqu’en demi-finale, battue par la France (2-1 a.p.). Ce parcours lui permettra d’obtenir le Ballon d’Or quelques mois plus tard.

Après un Mondial 2002 catastrophique (élimination en poules), le Portugal se dresse en favori de l’Euro 2004 dont il est l’organisateur. Avec Deco, Pauleta et le jeune Cristiano Ronaldo, Figo est l’un des hommes forts de sa sélection. Moins performant qu’en 2000, il voit son équipe arriver en finale mais chuter face à la Grèce (1-0). Capitaine au Mondial 2006, il ne peut pas non plus empêcher la défaite des siens en demi-finale, à nouveau contre la France (1-0). Il prend alors sa retraite internationale, sans avoir gagné un seul trophée en A.

CR7, l’héritier de Figo ?

Après la retraite de Figo, c’est Cristiano Ronaldo qui s’impose comme le leader de cette équipe portugaise. Il reprend son numéro 7, vient du Sporting comme lui et, quelques années plus tard, s’engage lui aussi avec le Real Madrid. On peut tout à fait affirmer que CR7 s’est beaucoup inspiré de Figo. Dans sa manière de dribbler, lors de ses premières années, il a repris les feintes qui faisaient le succès de son aîné. Individualiste à ses débuts, il va également devenir plus collectif à partir de 2006.

Mais, sans doute à cause du poids de l’héritage, Cristiano Ronaldo va aussi beaucoup se différencier du Ballon d’Or 2000. Au Real, il est aligné sur le front de l’attaque, alors que Figo occupait une position d’ailier plus reculée. CR7 est davantage buteur, alors que son idole a plus distribué de passes décisives que marqué.

En explosant le record de sélections de Figo (127), en remportant l’Euro 2016, Cristiano Ronaldo a aussi voulu montrer que l’élève avait dépassé le maître. Et cela n’a pas été une mince affaire.

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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