La décennie oubliée de Didier Deschamps

Troisième joueur à gagner le Mondial comme joueur puis comme entraîneur (après Mario Zagallo et Franz Beckenbauer), Didier Deschamps a apposé son nom dans le livre d’or du football français. Pour autant, passer du terrain au banc d’une sélection parmi les meilleures du monde n’a rien de facile. Mais la réussite était promise à Deschamps, véritable cerveau du milieu de terrain et meneur d’hommes de France 1998.

12 ans après avoir quitté les Bleus sur un titre à l’Euro 2000, DD les retrouve. Cette fois, dans le costume du sélectionneur, dans lequel il remplace son ancien coéquipier Laurent Blanc. Entre temps s’est écoulée une décennie pendant laquelle Deschamps a perfectionné sa méthode. Le succès était déjà au rendez-vous.

2001-2003 : des débuts difficiles

Sa riche carrière de joueur, Deschamps la termine en 2001 à Valence. Au sein d’une équipe qui va arriver en finale de Ligue des Champions, le Français est souvent blessé et joue peu. Pour le joueur de 32 ans, cette dernière expérience est l’opportunité d’apprendre aux côtés d’Hector Cuper. Le technicien argentin est devenu une référence en Europe. Pas réputé pour être un comique, Cuper mise tout sur l’état d’esprit de son groupe. Il met la solidarité au centre d’une philosophie où l’ego n’a pas sa place. C’est ainsi que Cuper va devenir une inspiration pour Deschamps.

Sans transition, Deschamps troque ses crampons pour le costume d’entraîneur à l’été 2001. C’est le banc de l’AS Monaco, prétendant affiché aux premières places, qui est promis au petit prodige. Mais pour DD, tout ne se passe pas comme prévu. Monaco ne finit la saison 2001/2002 qu’à la 14ème place, à trois points de la relégation. En coulisses, la situation n’est pas vraiment idyllique. Avec l’attaquant star Marco Simone, les clashs sont récurrents. Deschamps, pas prêt à renoncer aux principes de Cuper, ne concède rien à l’ego de l’Italien.

Un départ semble inévitable, mais DD finit par rester. Les expérimentés Jean Petit et Jean-Luc Ettori intègrent le staff monégasque pour le seconder. Désormais, Deschamps n’est plus livré à lui-même. Et sa seconde saison monégasque est de bien meilleure facture. Monaco remporte la Coupe de la Ligue face à Sochaux (4-1), premier trophée de Deschamps sur un banc. En championnat, les Rouge et Blanc sont longtemps leaders, et terminent finalement deuxièmes. Une place frustrante, à un point des champions lyonnais, mais qui qualifie Monaco en Ligue des Champions. La saison 2002/2003 permet ainsi à DD d’apposer sa patte, poussant le trublion Simone vers la sortie.

2003-2005 : des joies et des peines intenses

En septembre 2003, le groupe monégasque aligné par Deschamps commence à prendre forme. Le tacticien peut compter sur ses recrues (Jérôme Rothen, Patrice Evra, Emmanuel Adebayor, Fernando Morientes) et les cadres de l’équipe présents avant son arrivée (Ludovic Giuly, Flavio Roma, Shabani Nonda, Dado Prso). Avec une équipe pareille, c’est le feu d’artifice en Ligue des Champions. Un sévère 8-3 infligé à La Corogne en poules annonce le séisme qui va suivre.

Arrivé en huitièmes, Monaco renverse le Lokomotiv Moscou (1-2, 1-0). Plus surprenant, les Rouge et Blanc font ensuite chuter l’impressionnant Real Madrid de Zidane, à la faveur d’un retour sensationnel (2-4, 3-1). En demi-finales, Chelsea est écarté (3-1, 2-2). C’est avec le FC Porto de José Mourinho que Didier Deschamps doit en découdre, en finale, pour ramener un sésame inespéré sur le Rocher. Las, les espoirs monégasques sont réduits à néant par un match parfait des Portugais (0-3). Une fin de parcours cruelle, qui s’accompagne d’une troisième place en championnat. Monaco avait pourtant été leader pendant 25 journées, mais les joueurs ont laissé des plumes en C1.

A l’intersaison 2004, le groupe monégasque se retrouve amoindri. Giuly, Rothen, Prso ou encore Morientes sont repartis. En C1, Monaco est écarté par le PSV Eindhoven en huitièmes (0-1, 0-2). En Ligue 1, les pensionnaires du Rocher sont à nouveau troisièmes, loin derrière Lyon cette fois-ci. L’effet Deschamps s’essoufle. L’intéressé lui-même en a conscience et démissionne en septembre 2005. Le début de saison monégasque, avec l’élimination en troisième tour préliminaire de C1 et une 15ème place au moment du départ de Deschamps, y est pour beaucoup. Mais la dégradation des rapports au sein du groupe n’y est pas non plus étrangère.

2006-2009 : rebond salutaire à la Juventus puis la coupure

DD ne reste pas longtemps sans emploi. A l’été 2006, un challenge de taille se présente à lui. La Juventus, son ancien club, vient d’être rétrogradée en Serie B à la suite d’un scandale de matchs truqués. Deschamps, en prenant le banc de la Juve, accepte de laver l’affront et ramener la Juventus à un rang digne de ses ambitions.

Pour ce faire, Deschamps dispose d’un groupe de très grande qualité. Gianluigi Buffon, Giorgio Chiellini, Mauro Camoranesi, Pavel Nedved, Alessandro Del Piero ou encore David Trezeguet sont restés par solidarité avec la Vieille Dame. Avec cette constellation de stars, la Juventus de Deschamps roule sur la Serie B. 85 points récoltés assurent son sacre et sa remontée immédiate. Cependant, DD ne goûtera pas aux joies du retour en Serie A. Ses désaccords avec la direction turinoise mettent fin à l’aventure. Une décision que le technicien français aurait regretté par la suite.

Pendant deux ans, Deschamps est au repos. Il intervient régulièrement dans les médias, et son nom garnit les plus folles rumeurs. Parmi elles, celle d’une prise en main des Bleus, à l’époque coachés par le contesté Raymond Domenech. Il n’en sera rien et, en 2009, DD retrouve enfin un poste. En plus, dans son cœur, ce n’est pas n’importe lequel.

2009-2012 : la consécration à Marseille

C’est à Marseille, où le jeune Deschamps avait écrit sa légende en remportant la Ligue des Champions, que sa carrière d’entraîneur redécolle. L’équipe que lui lègue Eric Gerets vise ouvertement le titre national. Un mercato ambitieux, avec l’achat de Lucho Gonzalez, Gabriel Heinze et Souleymane Diawara, va en ce sens.

Et dès sa première saison, Deschamps atteint l’objectif fixé. Ses poulains, toujours dans le groupe de tête, finissent par se détacher. Deux journées avant la fin, ils remportent le titre après 17 ans d’attente pour les Marseillais. Une victoire en Coupe de la Ligue face à Bordeaux (3-1) aide aussi à faire oublier un parcours européen quelconque, avec deux éliminations peu glorieuses en C1 puis en C3.

Au cours des deux années suivantes, DD ne parvient pas à rééditer l’exploit. Deuxième en 2010/2011, l’OM termine ainsi la saison suivante à la dixième place. De quoi hâter le départ de Deschamps à l’intersaison 2012. Pourtant, à Marseille, le tacticien rajoute deux autres Coupes de la Ligue à son palmarès. Il brille également en Europe, puisque les Marseillais atteignent les huitièmes de finale de C1 en 2011, puis les quarts la saison d’après. A l’époque, il est unanimement reconnu comme un des meilleurs entraîneurs français. De quoi, enfin, lui ouvrir les portes des Bleus. A Clairefontaine, ses principes de jeu hérités de Cuper et ses anciens joueurs (Evra, Gignac, Valbuena) le suivent. Une des plus belles pages du football français a ainsi commencé à s’écrire.

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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