Justin Teste

Ce soir à Lyon, le Portugal de Fernando Santos va disputer sa quatrième demi-finale sur les cinq derniers championnat d’Europe, une performance qu’aucun autre pays n’a réussie durant cette période. Une constance que l’on peut tarir d’éloges, mais qui laisse un goût d’inachevé au pays d’Eusebio tant ce stade de la compétition fait office de barrière psychologique pour les portugais. Il n’y a qu’en 2004, à domicile, que les Portugais ont réussi à passer ce tour. 

Il ne faut pas longtemps, lorsque l’on analyse les dernières demi-finales du Portugal, pour s’apercevoir que les joueurs lusitaniens n’ont jamais eu la fameuse « chance du champion ». Malgré deux générations de joueurs magnifiques depuis le début du XXIe siècle, des supporteurs toujours présents derrière l’équipe et un championnat local qui se développe de plus en plus, au point d’être devant la France au classement UEFA, le Portugal fait office de « petit poucet » dans le football européen. Un football européen qui depuis l’émergence du Portugal dans le dernier carré des compétitions, n’a laissé des titres qu’à la France, la Grèce et l’Espagne, soit les trois pays qui ont fait tomber le Portugal dans le tournoi. Une malédiction qui prend une tournure d’habitude, comme voir l’ordre du Christ (emblème du Portugal) sur l’arrière d’une Seat Ibiza, où entendre Vem Dancar Kuduro lors des soirées estivales.

« Cela fait dix ans que l’on fait du beau jeu, et on a rien gagné »

Durant ce tournoi le style du Portugal ne fait pas rêver les gens, à tel point que la majorité des Français préféreraient voir les gallois s’imposer ce soir. Seulement, dans un tournoi comme un Euro, où une coupe du monde, le style de jeu est vite oublié au profit du résultat. Si l’on confond les deux compétitions, la dernière équipe qui a produit du jeu du début à la fin, reste le Brésil de 2002 avec Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho. L’Allemagne en 2014 peine en début de tournoi (match nul face au Ghana), l’Espagne a beaucoup de mal en phase de poules que ce soit en 2010 et 2012. Tandis que l’Italie en 2006 ne sort l’Australie en huitièmes que sur un penalty imaginaire à la 89eme minute, et est loin d’être impressionnante. Une idée que le résultat prime sur la manière que défend Fernando Santos en conférence de presse, « Notre objectif est de donner de la joie aux Portugais, tout ce qui se passe en dehors ne me dérange pas. Nous ne sommes pas ici pour être beaux ou laids, nous sommes là pour bien faire. »

Comme Didier Deschamps, Fernando Santos sait qu’il sera adoubé par la population portugaise à condition que le Portugal atteigne la finale et remporte ce trophée. Une situation que la presse portugaise suit volontairement. Ainsi Pedro Rosmaninho, journaliste pour la chaîne portugaise TVI sort de ses gonds lorsqu’on lui parle de beau jeu, « On veut gagner, on gagne. Point. Il n’est pas question de beau football. Peut-être que cette fois nous avons l’équipe la plus pragmatique : on gagne d’un but, aux prolongations ou aux tirs au but. Peu importe : l’important c’est d’être en finale et de gagner cet Euro !  Les dernières années le Portugal a joué un très beau football et qu’est-ce qu’on a gagné ? Rien. Rien de rien ! » On comprend alors que le pays entier ne voit plus que le score final, et que pour la manière on repassera, en témoigne la une de Record ce matin « Levem-nos à final » ce qui en VF signifie « emmenez nous en finale ». Une aubaine pour les joueurs de Fernando Santos, qui ont de bonnes intentions depuis le début de l’Euro, mais qui ne parviennent pas à concrétiser. Maintenant ils sont au courant, on ne les jugera que sur le résultats de ce soir.

Les bêtes noires ne sont plus là

De toute les demi-finales jouées par le Portugal, jamais les lusitaniens n’ont été favoris. Que ce soit face à la France en 2000 et 2006 où encore face à l’Espagne en 2012, les coéquipiers de Cristiano Ronaldo (et de Figo en 2000), ont joué de malchance et de coup du sort pour ne pas entrevoir la qualification. Ces trois demi-finales se sont toues terminées de la même manière, un penalty. Pour la France, c’est deux fois Zidane qui s’en chargera, tandis qu’en 2012, c’est Fabregas, pourtant mal à l’aise durant le tournoi, qui éliminera le Portugal au bout du cinquième tir au but. Seul les Pays Bas ont chuté devant le Portugal en demi-finale, en 2004 sur des buts de Maniche et … Cristiano Ronaldo.

Alors maintenant que la France va affronter l’Allemagne, et que l’Espagne est en vacance, il ne reste plus aucune source d’inquiétude pour le Portugal. Ni la pression de l’adversaire, ni celle du beau jeu ne sera présente ce soir. Dans la nuit étoilée du Parc OL, le peuple portugais ne veut qu’une chose, pouvoir se payer une finale le soir du 10 juillet, que ce soit face aux Allemands ou aux Français, pour enfin soulever un trophée international.