D’où vient la malédiction des champions du monde ?

France 1998, Italie 2006, Espagne 2010, Allemagne 2014. Qu’ont ces quatre sélections en commun ? Le fait d’avoir été championnes du monde, mais aussi d’avoir été éliminées quatre ans après dès les phases de groupe du Mondial. Etre champion condamnerait donc l’équipe qui est sacrée à quitter prématurément la compétition suivante ? C’est un mystère que nous allons essayer de résoudre.

Des cas de figure assez similaires

Champions du monde en 1998, les Bleus arrivent en Corée du Sud avec un statut de favori à défendre, en juin 2002. Auréolé d’un titre de champion d’Europe deux ans plus tôt, Roger Lemerre a également remporté la Coupe des Confédérations 2001. Comptant 14 champions du monde dans ses rangs, la France sort dès les poules, avec un seul point sur les 9 possibles, sans marquer un seul but, dans un groupe a priori ouvert (Sénégal, Uruguay, Danemark). La faute à un Zizou sur une jambe, la faute à des parties fines, certes, mais aussi à un sélectionneur qui a essayé de reproduire coûte que coûte la recette gagnante de 98. Sans penser une seconde que ses cadres avaient pris quatre ans dans les pattes.

L’Italie, championne en 2006 au dépens de la France mais déception de l’Euro 2008 et la Coupe des Confédérations 2009, n’était, elle, pas spécialement en confiance au moment d’entamer le Mondial sud-africain de 2010. Le sélectionneur victorieux, Marcello Lippi, est toujours à la tête de la Squadra Azzurra. Son équipe a été davantage renouvelée que la France en 2002, la moyenne d’âge de l’Italie de 2006 étant plus élevée. Cela n’a pourtant pas empêché les Italiens de finir à deux points dans un groupe où ils étaient favoris (Paraguay, Nouvelle-Zélande, Slovaquie).

L’Espagne championne en 2010 est presque la copie conforme de France 1998. Sélectionneur conforté dans ses choix par les résultats de son équipe (victoire à l’Euro 2012, et finale de Coupe des Confédérations 2013), cadres qui ont confirmé au plus haut niveau mais vieillissants… Les ingrédients étaient réunis pour que l’Histoire se répète. Et ça n’a pas loupé. Humiliés par les Pays-Bas puis le Chili, les Espagnols sont éliminés du Mondial 2014 dès le second match de poules. Ce fiasco aurait sans doute pu être évité si Vicente Del Bosque avait renouvelé son équipe et son système de jeu. L’entraîneur vieillissant était resté jusqu’au bout figé dans ses convictions de 2010.

Enfin, l’Allemagne de 2014, éliminée en poules quatre ans plus tard en Russie, mérite d’être traitée comme un cas à part. Joachim Löw, reconduit après une demi-finale à l’Euro 2016 et une victoire en Coupe des Confédérations 2017, s’appuie lui aussi sur ses tauliers de 2014. Mais Löw a aussi partiellement renouvelé sa sélection, laissant la place à de jeunes talents comme Julian Brandt ou Timo Werner. Malgré cet effort, la Mannschaft n’a pas été mise dans les meilleures conditions pour réussir son Mondial. Polémiques autour de deux joueurs, méforme des cadres en club (Özil, Müller, Boateng ou encore Draxler), campagne d’amicaux en demi-teinte : le navire coulait déjà avant le début du Mondial 2018. Deux défaites plus tard, face au Mexique et à la Corée du Sud, l’Allemagne est éliminée. Et le sélectionneur est vertement critiqué pour ses choix et son immobilisme tactique.

Des convictions qui restent les mêmes, des cadres installés sur un matelas de confiance

Le point commun entre ces quatre cas de figure ? Dans trois cas sur quatre, on retrouve le même entraîneur d’un Mondial à l’autre. L’exception à cette règle est la France de 1998, mais on peut s’accorder sur le fait que Roger Lemerre, adjoint d’Aimé Jacquet en 1998, partageait avec son prédécesseur la même vision du football. A la vitesse à laquelle évolue le football moderne, où les effets de mode tactique sont extrêmement importants d’une saison à l’autre, vouloir reproduire à tout prix une vieille recette est déjà le début de l’échec. Le schéma tactique à la mode est rapidement dépassé. Le 4-3-3 espagnol, qui avait le vent en poupe en 2010, a été balayé en 2014, où le 4-4-2 revenait à la mode.

On constate également que, surtout dans les cas de Lemerre et Del Bosque, l’équipe n’a pas été suffisamment renouvelée après le sacre mondial. Résultat ? Les champions du monde ont vieilli et n’ont plus leurs jambes d’antan. Surtout, ils arrivent au Mondial suivant avec un excès de confiance, confortés par des titres continentaux ou en Coupe des Confédérations. Face à des équipes théoriquement inférieures qui jouent leur va-tout, cela se paie cash.

Le parfait contre-exemple : le Brésil de 2002 puis 2006

Aucune équipe européenne, depuis l’après-guerre, n’a d’ailleurs su conserver son titre de champion du monde. Dans l’histoire, seuls l’Italie (1930 puis 1934) et le Brésil (1958 puis 1962) y sont parvenus, signe d’une évolution rapide du jeu, à une vitesse fulgurante.

Le Brésil, champion du monde en 2002, est la seule équipe sacrée à avoir évité l’élimination en poules au Mondial suivant, au XXIe siècle. La Seleção avait changé de sélectionneur, Luiz Felipe Scolari ayant laissé le flambeau à Carlos Alberto Parreira. Partiellement renouvelés, les cadres de l’équipe devaient essentiellement leur honorable élimination (en quarts de finale face à la France) à la méforme de Kaka et Ronaldinho, fers de lance de la sélection. Cela prouve que le rôle du coach et du renouvellement sont cruciaux pour la défense d’un titre mondial.

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