Drôle de reprise pour le football

Enfin, du football professionnel ! Après deux mois d’interruption consécutifs à la crise sanitaire presque partout dans le monde, le ballon rond faisait ce week-end son grand retour en Bundesliga. L’Allemagne est la première grande nation de football à réautoriser la pratique de sports collectifs. Une pratique qui ne peut avoir lieu qu’à huis clos, et qui s’effectue au prix d’une campagne de dépistages massifs pour isoler les potentiels contaminés. C’est dans ces conditions que les rencontres de première et seconde division ont pu se tenir.

Derby sans supporters, proposition d’inceste et distanciation sociale

Samedi à 15h30, cinq affiches de Bundesliga avaient lieu. Dans la course au titre, Leipzig a étonnamment calé à domicile contre Fribourg (1-1). Wolfsbourg s’est imposé à Augsbourg (1-2) alors que Hoffenheim a été giflé chez lui par le Hertha Berlin (0-3). Quant au Fortuna Düsseldorf, il n’a pas réussi à prendre le dessus sur son invité Paderborn (0-0).

Cependant, la principale affiche, c’était la réception de Schalke 04 par le Borussia Dortmund au Signal Iduna Park. Un derby de la Ruhr entre deux clubs voisins, mais disputé à huis clos. Comptant d’ordinaire parmi les plus animés d’Europe, le stade de Dortmund est totalement vide. Ce qui permet d’entendre les échanges pas toujours cordiaux entre les joueurs. Pour Jean-Clair Todibo, c’est aussi l’occasion de se rappeler à notre bon souvenir. L’ancien Toulousain, prêté par le Barça à Schalke, a invité (en français) le buteur norvégien de Dortmund Erling Haaland à une relation incestueuse avec sa grand-mère. Pas sûr que le jeune attaquant ait tout compris ; en revanche, il n’a pas perdu le sourire.

Visiblement, le karma n’était pas du côté de Todibo. Le défenseur français est sorti sur blessure à la mi-temps. Surtout, il a vu Haaland ouvrir le score quelques instants après ses invectives. Distanciation sociale, tel est le maître mot de la jeune pépite, qui se livre à une célébration collective aussi singulière que cocasse, où chacun garde ses distances. En parlant de distance, même les remplaçants ont dû se prêter au jeu, masqués et bien séparés sur le banc. Au final, avec un doublé de Raphaël Guerreiro et un but de Thorgan Hazard, Dortmund a roulé sur son ennemi (4-0).

Des contacts polémiques

Tout le monde n’est pourtant pas aussi précautionneux qu’Erling Haaland. Dedryck Boyata, défenseur belge du Hertha Berlin, a fêté la victoire des siens à Hoffenheim en embrassant son coéquipier Marko Grujic. Une bise qui n’est pas passée inaperçue, et qui a valu à son auteur l’ire des réseaux sociaux. Quelques heures plus tard, à l’occasion du succès de Mönchengladbach sur la pelouse de Francfort (1-3), c’est Marcus Thuram qui a fêté son but de la même manière avec Ramy Bensebaïni.

Peut-on vraiment blâmer des joueurs qui ont agi dans le feu de l’action, sans avoir acquis les réflexes de distanciation sociale ? Peut-on s’offusquer de voir des bises sur le terrain, alors qu’on ne dit rien sur les tacles et les duels aériens ? Ce serait malhonnête de clouer au pilori des joueurs, dépistés a priori, victimes de leurs propres habitudes. Si les instances autorisent la pratique du football, elles doivent avoir suffisamment de garanties pour éviter la propogation du virus pendant les contacts. La Fédération allemande (DFB), elle, n’est pas hypocrite. Elle a accepté de fermer les yeux, estimant qu’aucune directive n’a été donnée quant aux célébrations. Si ce n’est, bien sûr, l’interdiction des regroupements.

La logique a été respectée

On pouvait aussi penser que l’interruption du football, pendant deux mois, pourrait changer beaucoup de hiérarchies. Que des équipes surfant sur des dynamiques positives seraient interrompues dans leur élan. En Bundesliga, ce week-end, il n’en a rien été. Les résultats du samedi après-midi, à l’exception du nul surprise de Leipzig, étaient assez prévisibles.

Ceux du dimanche n’ont, eux non plus, rien d’anormal. Après avoir mené 2-0, Cologne a dû concéder le nul face à Mayence (2-2). Le Bayern Munich, lui, a continué sa course en tête du championnat en s’imposant chez l’Union Berlin (0-2). Logique, la victoire bavaroise a été acquise grâce à un penalty de Robert Lewandowski et une tête de Benjamin Pavard sur corner. Le premier nommé confirme son incroyable forme cette saison, avec 40 buts toutes compétitions confondues. D’autant plus incroyable que c’est la cinquième saison d’affilée où il atteint un total de 40 unités.

La Bundesliga gagne le pari de l’audience

Ce soir, la dernière affiche, un intéressant Werder Brême – Bayer Leverkusen, ira ainsi clore cette 26ème journée de Bundesliga. En Allemagne, les supporters ont répondu présent devant leurs télévisions, à défaut de pouvoir le faire en tribunes. Samedi à 15h30, plus de 6 millions de téléspectateurs ont donc assisté aux rencontres proposées par Sky Germany. 3,7 millions assistaient aux rencontres sur les chaînes privées du groupe, tandis que 2,5 millions se sont rendus sur un multiplex proposé gratuitement par Sky. De quoi faire monter les parts d’audience à plus de 45% en tout. Avec une montée à 60% chez les 14-49 ans, Sky a établi une performance inédite.

Les données concernant la retransmission à l’étranger ne sont pas encore connues. Cependant, l’engouement suscité par une journée ordinaire de Bundesliga montre que les instances allemandes ont gagné le pari de l’audience. Ainsi, le championnat allemand a bénéficié de l’arrêt des autres compétitions européennes pour augmenter sa visibilité. La Bundesliga est pourtant tributaire de l’efficacité des mesures mises en place. Si des cas de contamination ont lieu sur les terrains allemands, son initiative pour hâter la reprise pourrait lui attirer de gros ennuis.

A propos de Benjamin Mondon 276 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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