En fait-on trop autour de Christian Gourcuff ?

Christian Gourcuff Ouest-France

Un jour critiqué, le lendemain encensé, Christian Gourcuff ne laisse personne – ou presque – indifférent. Belle performance pour un entraîneur de Lorient quand même. Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer les Merlus qui, comme on a souvent – trop souvent – tendance à le rappeler, “font ce qu’ils peuvent avec leurs moyens“, mais j’ai vraiment du mal à m’enthousiasmer pour une équipe qui n’a jamais fait mieux qu’une 7ème place depuis son retour en Ligue 1. Le club était alors 13e au classement des budgets. Belle performance là encore… Sauf que la même saison, Montpellier accroche une 5ème place avec le 12ème budget et Auxerre la 3ème place avec le 10ème budget. Rien d’exceptionnel en soit en terme de résultats ; en 25 ans de profession, Christian Gourcuff ne peut exhiber qu’un trophée, qui date de 1995, à son palmarès, celui de champion de National, son seul titre dans le football professionnel d’ailleurs.

Bon, difficile véritablement d’être critique de ce côté là, l’argument est difficilement recevable : Arsène Wenger n’a plus rien gagné depuis 2005 avec Arsenal, club autrement plus huppé que Lorient. Idem pour Claudio Ranieri qui n’a plus remporté aucun titre depuis une supercoupe UEFA en 2004 avec Valence. Et pourtant, ces deux coachs me semblent tellement supérieurs à Christian Gourcuff. Si le “druide breton” comme il est surnommé du côté du Moustoir était capable de miracle, il y aurait d’autres équipes que Bordeaux intéressées par son profil non ?

Christian Gourcuff est adulé en Bretagne où il a permis et permet encore à toute une ville, bien loin de vivre pour le foot comme Guingamp, Nantes ou Brest le font dans la région, de se rendre un week-end sur deux à une rencontre de Ligue 1. Christian Gourcuff est très certainement l’un des meilleurs techniciens français et son approche du football est plus que respectable, mais surtout, Christian Gourcuff est un homme vrai. Bien loin de l’image de donneur de leçon qu’on lui colle, l’entraîneur lorientais ne va jamais à l’encontre de ses principes et, s’il fait parfois preuve de maladresse dans ses déclarations, n’en reste pas moins quelqu’un de franc et honnête, en accord avec ses valeurs, et il faut le souligner.

Christian Gourcuff à Lorient

N’empêche que. À en croire certains journalistes et chroniqueurs sportifs, Christian Gourcuff est le meilleur entraîneur en France : il parait qu’il faut pas regarder en terme de résultat, mais bien sur le jeu proposé par son équipe au vu de ses moyens. Penchons nous rapidement sur les statistiques pour vérifier cette affirmation. 8ème attaque de Ligue 1 et 14ème défense, Lorient occupe presque logiquement le ventre mou du classement à la 12ème place, en attendant le match de Montpellier cet après-midi. Avec 129 frappes cadrées, Lorient occupe la 7ème place de ce classement ; là encore, la statistique est plutôt intéressante et l’on pourrait se dire, à raison, qu’effectivement le jeu lorientais est résolument tourné vers l’offensive. Pourtant, il s’agit de souligner que des équipes qui sont extrêmement critiquées par le jeu qu’elles développent, à savoir Bordeaux, Toulouse ou Rennes, ont cadré autant de tirs que les Merlus. Autre classement intéressant, celui du nombre de ballons touchés où Lorient se place à la 5ème place. Devant les Merlus, on retrouve Toulouse et Lille, juste derrière, Nice. Encore une fois, rien de particulièrement extraordinaire ne ressort de ses statistiques et si Lorient semble être une équipe qui aime bien faire tourner le ballon avec des joueurs comme Jouffre ou Guerreiro qui participe énormément à la construction du jeu, elle n’en reste pas moins une équipe moyenne de Ligue 1.

Autre point important qui mérite d’être soulevé, la question du terrain synthétique dont dispose Lorient depuis août 2010. Si les vertus d’un tel terrain sont évidemment reconnues, encore plus en hiver quand on voit l’état de certains terrains, l’équité sportive n’est toutefois pas totalement respectée entre les équipes qui possèdent un tel terrain et celles qui n’en possèdent pas. Pour preuve, lors de la saison 2010-2011, aucune équipe n’est parvenue à s’imposer lors de ses deux matchs à l’extérieur sur des terrains synthétiques (face à Lorient donc, et Nancy). Cette saison, à domicile, Lorient a pris 26 points sur 42 possibles, soit 62%. À l’extérieur, les Merlus sont 17ème au classement et n’ont pris que 10 points sur 45, soit 22%. Pire encore, sur 15 matchs disputés loin de son terrain, Lorient a connu 10 défaites dont 7 consécutives pour seulement 3 victoires face à Evian, Montpellier (avant l’arrivée salvatrice de Courbis) et Ajaccio, et un nul à Valenciennes.

Début Janvier, les Lorientais sont éliminés de la Coupe de France dès leur apparition par Yzeure. Deux mois avant, ils étaient sortis de la Coupe de la Ligue dès leur premier tour par Nantes. En 25 ans à la tête du club lorientais, Christian Gourcuff n’est jamais allé en finale d’une coupe. L’année dernière, les Merlus ont été humiliés par Evian aux portes de la finale (4 – 0). Encore plus étonnant, pendant ses expériences à Rennes et au Qatar qui l’ont amené à quitter le Morbihan, lors de la saison 2001-2002, Lorient se hisse non seulement en finale de la Coupe de la Ligue mais remporte la Coupe de France la même année ! Là encore, la philosophie de jeu de Christian Gourcuff trouve ses limites. Dans un entretien accordé à Eurosport, l’entraîneur souligne que le terrain synthétique permet à son équipe de “gagner en sérénité, soulignant qu’avant, elle était plus “dans l’agressivité, le combat“. Alors certes, le football est un sport des plus techniques, mais il faut aussi faire valoir des valeurs morales, montrer de l’agressivité dans le bon sens du terme, état d’esprit que Christian Gourcuff n’arrive pas à inculquer à ses joueurs selon toute vraisemblance. Face aux 10 premières équipes du classement, Lorient n’a remporté que deux victoires : contre Nice et Saint-Etienne.

Christian Gourcuff Ouest-France

Contre les meilleures formations du championnat, l’éternel 4-4-2 du “tacticien” fait pale figure. Le milieu de terrain lorientais est d’ailleurs trop souvent dépassé comme contre Bastia en Octobre dernier où Lautoa et Coutadeur ont pris le bouillon face à un milieu plus dense, et c’est sans parler de la claque reçue au Parc des Princes en Novembre dernier. Meilleure équipe en terme de possession de balle en 2010-2011 avec 55% de moyenne, Lorient est bien rentré dans le rang depuis puisque le FCL n’est que 14ème avec 47% de moyenne cette saison. Hier, contre Sochaux, malgré les absences de taille de Barthelmé, Bourillon, Guerreiro et Aboubakar, Lorient s’est encore présenté dans son inamovible 4-4-2. Si ils sont encore bien loin de la zone rouge, leur défaite face aux Lionceaux montre encore une fois que la méthode Gourcuff est loin d’être infaillible alors même que sa philosophie de jeu faite de mouvement et de passes est censée déstabiliser les équipes plus regroupées défensivement. Sans son buteur camerounais, on aurait même tendance à croire que Lorient est presque incapable offensivement. Impliqué directement dans 44% des buts de son équipe, le jeune Aboubakar a explosé cette saison sous les conseils de Gourcuff à l’instar de Guerreiro, le latéral gauche portugais. Pourtant, cela ne suffit pas, et quand l’ancien valenciennois n’y arrive pas, c’est toute son équipe qui en souffre : Lorient n’a d’ailleurs gagné que 2 fois sur 16 quand Aboubakar n’était pas décisif.

11ème budget de Ligue 1, Lorient est actuellement 12ème au classement. Si tous les observateurs s’attachent à dire que Christian Gourcuff propose un jeu attractif et offensif, il est quand même loin de l’image d’entraîneur fantastique que certains veulent bien lui donner. Pas aidé par le départ de ses cadres chaque saison – ou presque – l’entraîneur lorientais fait un très bon travail à Lorient, même sans résultats. Toutefois, tout porte à croire qu’on en fait trop autour d’un entraîneur à la philosophie de jeu intéressante mais incapable d’être modulée et il faudra attendre la saison prochaine et un très probable départ de Bretagne pour en savoir plus sur la réussite ou non de son projet de jeu.

© Eurosport / Ouest-France

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