Paul Bohec

C’est avec le sacre de l’Allemagne que s’est clôturée la 20ème édition de la Coupe du Monde au Brésil. Un mondial qui, bien loin de tous les maux qu’on voulait bien lui attribuer, s’est déroulé dans une ambiance sans pareil au pays du foot et de la Samba. Il faut dire que la destination avait de quoi faire rêver et le pays hôte brésilien a parfaitement rempli son rôle alors qu’on attendait beaucoup de lui, 64 ans après l’édition de 1950 qu’il avait déjà accueilli. Contrairement à ce que beaucoup pensaient avant le début de la compétition, c’est pourtant bien sur le terrain qu’ont eu lieu les événements importants et non pas dans les rues brésiliennes. Retour sur les enseignements d’une Coupe du monde réussie.

Vivement 2015 pour la Copa America !

Colombie coupe du monde

Pour ceux qui suivent avec attention les équipes sud-américaines comme Lucarne Opposée, la réussite de ces sélections n’est pas une réelle surprise. Pour les autres, difficile de dire que l’on s’y attendait. Alors, si pour la première fois de l’histoire de la Coupe du monde, l’Amérique du Sud n’est pas sortie vainqueur sur ses terres, elle a tout de même été rayonnante. La Colombie (quart de finaliste), le Chili et l’Uruguay (huitièmes de finaliste) ont faits de très beaux adversaires alors que l’Argentine, sans être flamboyante s’est tout de même hissée jusqu’en finale. Seul l’Equateur, pourtant dans un groupe à sa portée – discutable certes, mais pas faux – et le Brésil – malgré son statut de demi-finaliste – ont pêché. Des joueurs comme Rodriguez ou Sanchez ont montré qu’ils avaient les épaules pour être les leaders de sélections qui auront une carte à jouer lors de la prochaine compétition continentale alors que des hommes de l’ombre comme Teó Gutiérrez et Mario Yepes ou Jorge Valdivia, Charles Aránguiz ou Gary Medel se sont révélés. Je vous conseille d’ailleurs l’excellent article du site spécialisé sur le football sud-américain dont je vous parlais plus haut à lire : ici. La Copa America 2015, dont le Chili sera l’organisateur et l’une des principales sélections à surveiller, sera donc à regarder d’un oeil averti tant ces équipes sud-américaines ont produit un jeu alléchant en plus de ne jamais rien lâcher et de croire jusqu’au bout en leurs chances.

De belles surprises et beaucoup d’attentes

Outre ces équipes sud-américaines donc, d’autres formations ont su tirer leur épingle du jeu à commencer par le Costa Rica. On se rappelle de cette équipe qui, en 2006, avait joué son jeu contre l’Allemagne en match d’ouverture (ndlr : victoire 4 – 2 de la Mannschaft au terme d’un match très ouvert), malheureusement, les Ticos n’avaient pas pris le moindre petit point en phase de poule, s’inclinant à deux autres reprises face à l’Equateur et à la Pologne. Cette année, les joueurs de Jorge Luis Pinto ont réussi l’exploit de se hisser jusqu’aux quarts de finale de la compétition ! En plus d’être sortis d’un groupe extrêmement relevé (Angleterre, Italie et Uruguay), ils ont par la suite éliminé la Grèce, autre surprise de la compétition, même si bien moins joueuse, avant de tenir tête aux Pays-Bas en ne cédant que lors de la séance de tirs au but. Autres belles sensations de ce mondial, le Mexique et les Etats-Unis, sortis des groupes mais éliminés en huitièmes. Les deux équipes n’avaient pourtant pas un groupe facile mais ont fait preuve de qualité avec des leaders comme Marquez et Dempsey et des gardiens de grand talent en les personnes de Memo Ochoa et Tim Howard, attractions de ce mondial. On demande à revoir ! Autre équipe que l’on souhaite revoir aussi belle lors de la prochaine compétition, c’est l’Algérie. Sans Vahid Halilhodzic mais avec vraisemblablement Christian Gourcuff à leur tête, les guerriers du désert ou les Fennecs auront un véritable statut de favori à tenir après leur très belle prestation au cours de la Coupe du Monde. Critiqués après leur premier match face à la Belgique (perdu 2 à 1), les Algériens ont su faire preuve d’allant offensif pour battre la Corée du Sud et arracher le point du match nul face à la Russie. Eliminés en huitième de finale au terme d’un match haletant qui s’est poursuivi jusqu’en prolongations face au futur champion allemand, les joueurs du sélectionneur bosniaque peuvent être fiers de leur parcours.

Mais aussi et évidemment des déceptions

Cependant, si certains ont séduits, d’autres ont inévitablement déçu à l’image de certains cadors européens. Le tenant du titre et double champion d’Europe espagnol n’a d’ailleurs pas fait long feu parce qu’après sa lourde défaite initiale face aux Pays-Bas. Entre problèmes d’égos et joueurs plus au niveau, la Roja a vécu une cruelle désillusion. Autres équipes du vieux continent dont on attendait beaucoup plus : l’Angleterre, l’Italie et le Portugal. Les deux premières, présentes dans le même groupe avec l’Uruguay et le Costa Rica ont vécu fortunes diverses. La sélection aux Trois Lions, avec un seul petit point, a fait preuve d’un manque d’efficacité flagrant devant le but. Malgré des joueurs de talent et une équipe qui semblait pourtant avoir des armes en main pour réaliser un parcours honorable, l’Angleterre a baissé pavillon par deux fois face à la Nazionale et la Celeste mettant ainsi un terme à son mondial. L’Italie quant à elle a souffert d’un gros manque de cohésion. Marquée par les blessures et un passage de témoin difficile entre l’ancienne et la nouvelle génération, elle s’est inclinée contre l’Uruguay lors du dernier match, ratant ainsi la marche pour les huitièmes de finale. Enfin, le Portugal sans un Cristiano en forme a été pénalisé par un manque de talent au sein d’une équipe plus sur le déclin qu’autre chose. Ses avant-centres sont bien trop faibles, sa défense friable et après avoir pris le bouillon contre l’Allemagne, il a été bien trop dur pour les joueurs de Paulo Bento de redresser un goal-average bien trop défavorable.

Par ailleurs, les équipes africaines ont elles aussi vécu un mondial cauchemardesque à l’exception de l’Algérie (voir plus haut) et du Nigéria. Cameroun, Ghana et Cote d’Ivoire n’ont pas passé les poules et ont vécu des problèmes internes qui gangrènent depuis des années le football du continent africain (voir l’un de nos précédents articles pour davantage de précisions).

Enfin, le Brésil, malgré une place de demi-finaliste qu’il n’avait pas réussi à atteindre lors des deux dernières éditions, a sans nul doute été la plus grande déception de ce mondial. La Seleção a vécu une fin de mondial catastrophique : éliminée en demi-finale au terme d’un match qui n’est pas sans rappeler le désastre du Maracanazo, elle a de nouveau été fessée lors de la petite finale sans faire preuve d’orgueil. Les problèmes du football brésilien ne font donc que commencer car si l’organisation du mondial s’est faite sans accrocs, ça n’a pas été le cas pour la sélection brésilienne.

Ils ont assumé leur statut… et même plus

L’Allemagne, l’Argentine, la France et les Pays-Bas ont assumé leur statut en rendant de belles copies, que ce soit sur le plan des résultats, du jeu, ou de l’état d’esprit. En remportant son quatrième titre, 24 ans après le dernier, la Mannschaft s’est offert le droit de ne revenir qu’à une petite étoile du Brésil. Grâce à une fantastique génération et quelques coups de poker signés Löw, l’Allemagne a grandement mérité son titre dont Philip Lahm est sans nul doute l’un des pions les plus importants. Précis et toujours juste au milieu, il a étincelé sur le côté de la défense, là où il est l’un des tout meilleurs en stabilisant une défense qui manquait d’assurance. Des joueurs comme Müller, Neuer, Schurrle ou Kroos ont été flamboyants et l’Allemagne sera l’un des grands favoris du prochain Euro organisé en France. L’Argentine, pas aussi flamboyante que son adversaire de la finale, a touché du doigt le rêve de tout un peuple : remporter la Coupe du monde organisée chez l’ennemi. Alors qu’on les annonçait faibles derrière, les Argentins menés par un Lionel Messi pas toujours décisif mais qui s’est démené comme il a pu ont fait preuve d’un incroyable sens du sacrifice avec un Mascherano qui aura été l’un des très grands hommes de ce mondial.

Argentine coupe du monde

Demi-finalistes, les Pays-Bas ont profité d’un tableau plutôt favorable pour se hisser dans le dernier carré. Difficile d’imaginer pareil scénario si l’on revient quelques mois en arrière lors du match amical France – Pays-Bas. Sans Strootman et avec une défense très jeune, les Oranje menés par un Van Gaal brillant ont surclassé l’Espagne avant de faire preuve d’efficacité… jusqu’à cette séance de tirs au but face à l’Argentine.

Enfin, les Bleus. S’ils se sont arrêtés plus tôt qu’on l’aurait souhaité, cette équipe de France nous a bien représenté. Certes il est frustrant de se faire éliminer face au futur champion sur un coup de pied arrêté évitable. Mais les tricolores ont tenu la dragée haute face à cette équipe d’Allemagne au Maracana et aurait même pu (et du) être récompensée par un petit but. Grâce à sa très jeune génération et un effectif à l’état d’esprit enfin irréprochable, le rêve est permis pour les prochaines échéances.

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