Espagne : les dessous d’un massacre

Casillas réalise que la déroute est inévitable.

L’Espagne, championne du monde en titre, ne s’attendait sûrement pas à une telle déconvenue avant d’affronter les Pays-Bas, équipe très affaiblie sur le papier, pour un remake de la finale de 2010. Pourtant, vous n’avez pas rêvé et moi non plus, la Roja a pris cinq buts dans la musette (1-5). Comment expliquer que les Ibères aient pris cette inimaginable raclée et soient passés du statut de favoris à celui de potentiels éliminés dès la phase de poules ?

1. On ne gagne pas une Coupe du monde sans un grand gardien ni un avant-centre star

C’est une maxime inévitable pour qui veut gagner la Coupe du monde, et elle se vérifie toujours. Prenons les 3 dernières éditions du Mondial. 2002 : le Brésil est sacré avec Dida dans les buts et Ronaldo devant. 2006 : l’Italie soulève le trophée Jules-Rimet avec Buffon comme gardien et Totti en qualité d’avant-centre. Et en 2010, c’est grâce à Casillas et David Villa que l’Espagne l’a emporté.

Alors, comment se fait-il que l’Espagne n’ait ni un grand portier, ni un avant-centre de grande qualité ? Tout d’abord, penchons-nous sur le cas Iker Casillas. En finale de la dernière Ligue des Champions, le but encaissé par le gardien du Real Madrid prouve bien que le manque de temps de jeu pèse énormément sur ses performances. Et cela s’est encore vérifié hier soir. Fautif sur les buts de De Vrij (65′) et de Robben (80′), Casillas s’est surtout ridiculisé en ratant un contrôle pour offrir le but du 4-1 à Robin van Persie (72′). L’absence d’une doublure de stature internationale (Victor Valdés blessé, De Gea et Reina n’ayant pas le niveau nécessaire) ne permet pas à l’Espagne de pouvoir compter sur un dernier rempart infranchissable.

Casillas soulève la Coupe du monde 2010. Mais cela risque difficilement de se reproduire...
Casillas soulève la Coupe du monde 2010. Mais cela risque difficilement de se reproduire…

Passons au problème de l’avant-centre. Les performances de Villa en sélection ainsi qu’à l’Atlético allant descrescendo, c’est à Diego Costa, véritable révélation de la saison qui a préféré la Roja à la sélection brésilienne, qu’incombait la lourde tâche d’animer l’attaque. A court physiquement depuis sa blessure à la cuisse, Costa n’a pas été à la hauteur du défi hollandais, malgré un penalty discutable obtenu. Pire que cela, il s’est ridiculisé en donnant un petit coup de tête à Martins Indi. Son remplaçant, Fernando Torres, artisan des victoires espagnoles en 2008 et 2012, a montré un niveau encore plus faible, manquant l’opportunité de revenir à 2-5 devant le but grand ouvert (90′). Sans grand gardien ni avant-centre de légende, l’Espagne a donc relativement peu de chances de remporter la compétition.

2. Les cadres espagnols ont quatre ans de plus

L’effectif de la Roja est actuellement semblable à celui qui a été sacré en 2010. Seuls 7 joueurs, dans les 23 actuels, n’ont pas été sacrés champions du monde. Et, à part pour Jordi Alba et Diego Costa (ou, dans une moindre mesure, Azpilicueta), il ne s’agit pas là de titulaires. Depuis leur succès, les Espagnols ont donc pris quatre ans. Les cadors ont vieilli, comme Casillas (33 ans), Xavi (34), Iniesta (30), Alonso (32), Villa (32) ou encore Torres (30). Mais les cadors restent des cadors, et hors de question pour Del Bosque de faire une place à des hommes en forme tels que Cazorla ou Koke. Le vieillissant coach espagnol semble rester figé dans son système de 2010.

Physiquement, la moyenne d’âge avancée des Espagnols n’est pas un avantage. Et on l’a clairement vu ce soir. Heurtés de plein fouet par des Néerlandais morts de faim, les défenseurs espagnols n’ont pas mis assez de vitesse pour prendre en défaut la tenaille défensive des Pays-Bas. Pis, en plus de se faire sérieusement bouger dans les airs sur la réalisation de De Vrij, ils ont totalement été pris de vitesse par Arjen Robben sur le but du 5-1.

Arjen Robben, bourreau de la Roja.
Arjen Robben, bourreau de la Roja.

3. Y a-t-il un pilote dans l’appareil ?

L’une des raisons de cette déroute est l’absence de leadership au sein de l’équipe d’Espagne. En 2010, plusieurs leaders avaient tiré le groupe vers le haut. Ces leaders étaient Casillas, Ramos, Xavi, Alonso, Iniesta, Torres. Aujourd’hui, certains cirent le banc (Xavi, Torres), d’autres se décrédibilisent totalement au fil de leurs prestations (Casillas, et Torres dans une moindre mesure), tandis que le reste essaie tant bien que mal de surnager (Ramos, Alonso, Iniesta). Aucun – je dis bien aucun – ne semble capable de prendre le dessus pour insuffler une nouvelle énergie à ce groupe qui a tant besoin de renouer avec la culture de la gagne.

Les lacunes mentales des Espagnols ont apparu au grand jour lorsqu’ils se sont retrouvés menés après le premier but de Robben (53′). Lorsqu’elle est menée, l’Espagne a très peu de chances de s’en sortir, car ses leaders ne savent pas anticiper ce genre de situations. On se souvient des défaites face aux USA (0-2, 2009), à la Suisse (0-1, 2010) ou encore au Brésil (0-3, 2013). Cela a encore été le cas ce soir. Une fois ce deuxième but encaissé, la défaite a aussitôt semblé inévitable, sauf pour les meneurs du vestiaire espagnol qui ont semblé totalement insensibles à la vue de ce qui leur arrivait. Ils n’ont pas jeté de forces dans la bataille pour égaliser, par excès de confiance sans doute, et en ont pris un troisième qui a sonné comme un coup de massue. Après le 3-1, le renoncement espagnol a été total.

Casillas réalise que la déroute est inévitable.
Casillas réalise que la déroute est inévitable.

En outre, les Espagnols, sans doute persuadés de battre haut-la-main ces Pays-Bas qui semblaient on ne peut plus affaiblis, ont commis d’autres erreurs dans leur façon d’aborder mentalement le match. Dominateurs mais pas assez tueurs tel David Silva se ratant peu avant l’égalisation de van Persie, ils n’ont pas su gérer leur avantage, n’ont fait que jouer à la baballe à 1-0 et se sont montrés trop tendres et fragiles (à l’image de Costa) pour aggraver la marque. Pas inquiets après la remise des compteurs à zéro par RVP, ils ont payé cash leur insouciance face à des Hollandais dont la préparation mentale pour le choc de ce soir frôlait la perfection.

Sans doute l’Espagne songeait-elle déjà aux matchs face à l’Australie et au Chili. Anticiper est une qualité louable, mais il faut savoir gérer l’instant présent, chose qu’un sélectionneur tel que Del Bosque ne semble étonnamment pas avoir fait. A force de se voir premiers et d’imaginer un huitième contre la Croatie ou le Mexique, les Ibères sont durement revenus à la réalité. Celle d’un huitième qui se jouera vraisemblablement face à l’ogre brésilien qui les avait dévoré l’an passé en finale de la Coupe des Confédérations (0-3). Déjà faut-il que l’Espagne sorte des poules. Cela n’est pas acquis.

© Maxppp / © AFP / © AFP (image à la Une)

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