Et l’OM ressuscita la passion…

Qualifié pour la finale de l’Europa League après un parcours riche en émotions, l’Olympique de Marseille version « Champion’s project » a sû réveiller la passion d’un peuple qui ne demandait qu’à s’embraser après des années de galères. Quelle que soit l’issue de cette finale et du championnat, les homme de Rudi Garcia ont déjà réussi leur saison.

10 septembre 2017. Après une nouvelle humiliation six buts à un face à Monaco, l’OM s’incline 3-1 à domicile face à Rennes. Un niveau de jeu inquiétant, un coach hué par le Vélodrome en raison de ses choix tactiques, un mercato contesté…le début de la nouvelle ère marseillaise n’est pas le renouveau annoncé. La sortie laborieuse des poules d’Europa League n’est pas là pour atténuer la frustration des supporters de l’OM. A l’heure où les Marseillais ont acquis leur passe-droit pour jouer une finale dans le stade du rival lyonnais, il faut se rappeler que la qualification en seizièmes de finale de la compétition ne tenait qu’à un fil. Plus précisément, à un but contre son camp du défenseur Wilfried Moke de Konyaspor, à la 93 ème minute d’un déplacement en Turquie. Huit mois plus tard, le chemin parcouru est immense. Au-delà de l’évolution du collectif marseillais, c’est l’histoire d’une gradation ascendante émotionnelle pour le public marseillais.

Combien de fois cette saison le supporter devant sa télé n’aura-t-il pas songer : « ça faisait longtemps que je n’avais pas autant vibré devant mon club » ? Du come-back à Nice où les Marseillais remontent un désavantage de deux buts pour s’imposer 4-2, en passant par le match de patron au Vélodrome face au PSG (2-2), sans oublier leurs nombreux buts décisifs en fin de match et les récitals offensifs, l’OM a retrouvé une force de caractère perdue depuis l’ère Deschamps. C’est par des scénarios de la sorte que le public a eu la possibilité de vibrer de nouveau devant son équipe. C’est l’ADN marseillaise combative qui est de retour dans le groupe de Rudi Garcia, celle que Marcelo Bielsa avait sû réveiller et qui lui avait valu tant d’amour de la part des Phocéens. Lucas Ocampos et Luiz Gustavo sont les symboles de cet OM qui a la grinta. L’engagement défensif total pour l’Argentin, avec ses buts du genou ou de la cuisse jusqu’à l’épuisement. Le Brésilien, dont l’aura rappelle Heinze et Lucho, est lui le patron technique et défensif d’une équipe qui pouvait difficilement espérer telle trouvaille si tôt dans son projet.

Une montée en puissance individuelle et collective

Bien sûr tout n’est pas parfait, l’OM ne se facilite pas la tâche de par ses errements défensifs ou son manque récurent d’inspiration pour créer du jeu, comme lors de la pathétique défaite à Guimares ponctuée par le geste le plus acrobatique de la saison de Patrice Evra . Mais n’est-ce pas là aussi gage de plaisir pour le supporter ? Les montagne-russes émotionnelles sont bien moins fades que la linéarité du parcours d’une équipe survolant son championnat sans jamais franchir le cap de l’échellon européen. Au fur et à mesure de la saison et de la consolidation d’un solide esprit de groupe, Garcia fait taire certaines critiques en trouvant l’équilibre tant demandé, et l’OM allie beauté et l’efficacité. Dimitri Payet assure enfin le rôle de meneur de jeu qui avait justifié son retour. Il rappelle aux Marseillais par ses roulettes et caviars les bons souvenirs de l’ère Bielsa, qui avait fait de lui le numéro 10 de l’Equipe de France. Aux cotés de Florian Thauvin et d’un Kostas Mitroglou efficace après une période d’adaption difficile, l’attaque marseillaise brille de mille feux. L’apport offensif des latéraux Amavi et Sakai n’y est pas étranger. Même Bouna Sarr, qui apparaissait trop limité pour le club phocéen, progresse de manière spectaculaire et devient un latéral offensif de haut vol. La réussite de cette saison marseillaise tient à cette convergence de réussites individuelles, facilitée par un cadre collectif enfin stabilisé et sain après le sombre épisode de la fin de l’ère Margarita Louis-Dreyfus.

Mais parlerait-on aujourd’hui en ces termes de l’OM, si le club n’avait pas retrouvé la folie de ses nuits d’Europe ? Cette euphorie collective n’aurait été possible sans le retour de ce qui fait l’identité profonde de ce club. Après un parcours maitrisé lors des matchs à élimination directe, le volcan marseillais sort de son sommeil à partir des quarts de finale. L’incroyable qualification 5-2 face au RB Leipzig dans un Vélodrome en fusion est l’acte fondateur du renouveau marseillais. Devant 62 000 supporters, l’OM livre un match passionné, nouveau pacte émotionnel pour les générations de « minots » n’ayant pas connu les derniers exploits européens. La contre-attaque conclue au bout du suspens par Hiroki Sakai, icône de modestie et de combativité, c’est le contrôle du dos de Brandao à Giuseppe Meazza, les nettoyages de lucarnes de Valbuena à Anfield et au Signal Iduna Park. Dans ces conditions, la qualification marseillaise pour la finale de l’Europa League ne pouvait pas être banale. La dramaturgie des grandes soirées de foot s’imposait. Ce Salzbourg – OM est finalement un condensé de la saison olympienne.

Une saison déjà réussie

Maladroits défensivement, parfois incohérents dans l’approche tactique du match, les Marseillais s’imposent au courage, avec le brin de réussite nécessaire aux exploits européens. Lorsque celle-ci se manifeste si souvent au cours d’une saison, les aléas du hasard doivent toutefois quitter le primat de l’analyse au profit du mystérieux ingrédient qui fait basculer les matchs, que certaines équipes envient tant…Troublante similitude : Basile Boli offrait le graal à l’OM en 1993 suite à un corner non valable, le crâne de Rolando qui offre au peuple marseillais un bonheur oublié vient lui aussi d’une décision heureuse.

Alors à l’heure de fouler la pelouse du jardin de Jean-Michel Aulas pour espérer « la gagner chez lui », les heureux élus de l’effectif pourront le faire l’esprit libéré. Le plus important a déjà été fait : remplir de joie le Vélodrome, la Cannebière, le Vieux-Port et les coeurs des supporters marseillais des quatre coins de la France. Le projet mené par Jacques-Henri Eyraud réussit là où tant d’ambitions d’investissements dans le football ont échoué, que ce soit au PSG ou dans les satellites Red Bull battus par l’OM : préserver et panifier le lien avec la base populaire, celui qui fait que ce sport est si beau. La pudeur du comptable soulignera qu’une défaite en finale et un échec dans la course au podium aurait un impact financier important pour le projet du club. C’est une évidence et les acteurs sportifs du rectangle vert sauront en tenir compte. Mais que les instincts primitifs et irrationnels guident le cœur des supporters jusqu’à cette fin de saison, ces moments sont si rares…

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