Federico Valverde, un Merengue 2.0

L’action résume à elle seule le personnage. On joue la 115ème minute de la finale de la Supercoupe d’Espagne, et le score est toujours nul et vierge entre l’Atlético et le Real Madrid. Lancé en profondeur, le buteur de l’Atlético Alvaro Morata échappe soudainement à la défense des Merengue. Alors qu’il s’apprête à se présenter face à Thibaut Courtois et crucifier son ancien club, Federico Valverde se lance à ses trousses.

Sans hésiter, le milieu uruguayen de 21 ans déséquilibre Morata par derrière avant que celui-ci n’entre dans la surface. Un acte dangereux certes, et un carton rouge logique. Mais avec ce geste, sans le savoir, Valverde vient de gagner la Supercoupe d’Espagne. Quelques instants plus tard, son Real s’impose à l’issue de la séance de tirs au but (0-0, 4-1 t.à.b). Un succès qu’il doit en grande partie au sacrifice de Valverde, désigné meilleur joueur de la finale.

Un état d’esprit de champion

Interrogé sur son acte instinctif, l’Uruguayen ne la ramène pas pour autant. Il s’est excusé pour son tacle, à la fois auprès des journalistes et auprès de sa victime. Pourtant, ce fait de jeu est révélateur d’un état d’esprit qui fait passer le collectif avant son intérêt personnel. Ainsi, en acceptant de se sacrifier, Valverde s’est attiré les louanges de son entraîneur Zinédine Zidane. Plus improbable, il a même été défendu par Diego Simeone, le coach adverse. “Le prix de meilleur joueur vaut aussi pour cette action. Valverde a gagné la finale. (…) Je lui ai dit que c’était ce qu’il devait faire à ce moment de la partie”.

Recruté en août 2016 par le Real qui l’a acquis au Peñarol de Montevideo, Valverde a été élevé chez les champions. Biberonné par des cadres qui ont gagné trois Ligues des Champions à la suite, il était à bonne école. Cependant, le Real n’est pas un club où il est facile de s’imposer parmi les A, surtout pour un jeune. Beaucoup de promesses madrilènes ont déçu en équipe première ces dernières saisons : Jesé ou Alvaro Morata (tiens donc !) en font partie. Plus récemment, Jesus Vallejo et Dani Ceballos ont également été jugés trop tendres et envoyés en Premier League pour s’aguerrir.

Ce n’est pas le cas de Valverde. Depuis son prêt au Deportivo La Corogne en 2017/18, il montre à chaque apparition un état d’esprit irréprochable. Cette saison, l’Uruguayen a même réussi à s’imposer dans un milieu jadis verrouillé par la triplette Toni Kroos – Luka Modric – Casemiro.

Une éclosion qui montre les qualités de Valverde

Cette éclosion a été rendue possible par la méforme de Modric. Positionné à gauche dans le milieu à trois, Valverde a fait parler ses qualités dans de grandes occasions. Lors des matchs nuls face au PSG (2-2) ou à Barcelone (0-0), il a été un des meilleurs, sinon le meilleur Madrilène.

Capable de mettre un grande intensité au milieu avec une très bonne qualité de passe, Valverde est un joueur complet. Il sait apporter du soutien aux siens dans les phases défensives comme offensives. Bien aidé par sa lecture du jeu et sa vitesse d’exécution, Valverde sait aussi frapper de loin. Avec ça, il a tué la concurrence cette saison. Les arrivées de Pogba et Van De Beek au Real, annoncées cet été, semblent aujourd’hui improbables.

Surtout, Zidane a trouvé une solution pour faire jouer Valverde tout en profitant d’un Modric à son meilleur niveau. C’est désormais en tant que milieu offensif droit que le Croate, Ballon d’Or 2018, brille. Le passage d’un 4-3-3 à un 4-3-2-1 opéré pendant la Supercoupe d’Espagne n’a pas sorti Valverde du milieu à trois, bien au contraire.

En sélection depuis 2017, l’après-Mondial 2018 a ouvert des perspectives à Valverde. Celui-ci est désormais incontournable pour l’Uruguay. A 21 ans, il en est déjà à 20 sélections. Le gamin fluet (1m82, 78 kg) semble paré pour faire gagner à nouveau la Celeste et le Real Madrid. Il a les épaules pour, et ce n’est pas Alvaro Morata qui dira l’inverse. A l’heure où le Real a besoin d’une nouvelle génération de champions, le cyborg Valverde répond présent.

A propos de Benjamin Mondon 227 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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