La fin d’une belle histoire pour San Siro

C’est l’un des stades les plus mythiques d’Europe, voire même du monde. Mais San Siro n’en a plus pour longtemps. L’antre des deux clubs de Milan (le Milan AC et l’Inter) sera, selon toute vraisemblance, démoli dans les prochaines années. Tout ça, pour laisser place à un nouveau stade de 60 000 places, commandé par les deux formations rivales.

Vendredi, la commission régionale en charge du patrimoine de Lombardie, qui dépend du ministère de la Culture italien, a fait part de sa décision de ne pas s’opposer à la démolition de San Siro. Une avancée majeure vers le projet de nouveau stade à Milan. Et une cuisante défaite pour les défenseurs d’un édifice emblématique de la capitale lombarde.

San Siro, un témoin du XXe siècle à Milan

Inauguré en 1926, San Siro était à l’origine destiné au seul Milan AC. Le président des Rossoneri, Piero Pirelli, fut à l’initiative de sa construction. Puis l’enceinte fut rachetée en 1935 par la ville de Milan. Encouragée par le régime de Mussolini, elle entreprit d’agrandir le stade et de le doter d’une architecture futuriste. C’est donc de là que viennent les piliers et les rampes d’accès en spirale qui rendent San Siro si reconnaissable de l’extérieur.

En 1947, la ville autorise l’Inter à utiliser le stade pour ses matchs à domicile. C’est le début de la cohabitation entre les deux clubs rivaux au sein d’une même enceinte. Un partage qui poussera les instances italiennes à faire des compromis pour ne pas faire jouer le Milan et l’Inter à domicile en même temps. Dans les années 1950, le stade est agrandi avec deux nouvelles tribunes, portant sa capacité à 125 000 spectateurs. De quoi accueillir des “derbys della Madonnina” chauds bouillants.

Avec le drame du Heysel et l’organisation de la Coupe du Monde 1990 par l’Italie, San Siro est pourtant modernisé et sa capacité réduite. L’antre doit désormais répondre aux exigences du football moderne. Aujourd’hui, elle ne peut accueillir “que” 75 000 personnes. Ce chiffre suffit malgré tout pour en faire l’un des plus grands stades d’Europe.

Une enceinte empreinte de légende

Premier événement de marque accueilli par San Siro, le Mondial 1934, organisé et remporté par l’Italie. Le stade milanais est le théâtre de trois rencontres, dont une demi-finale. En 1980, il accueille trois matchs de l’Euro et, dix ans plus tard, six confrontations dans le cadre de la Coupe du Monde.

En ce qui concerne les clubs, San Siro n’est pas en reste. Les sept Ligues des Champions remportées par le Milan AC et les trois de l’Inter lui ont permis de vivre des rencontres de légende. Hôte de quatre finales de C1 (1965 – remportée par l’Inter -, 1970, 2001 et 2016), le stade porte aujourd’hui officiellement le nom de Giuseppe Meazza. Buteur italien des années 1930 et 1940, passé par les deux rivaux milanais, Meazza est une icône de la ville lombarde. Son héritage est plutôt revendiqué par l’Inter, dont il reste aujourd’hui le meilleur buteur de l’histoire du club. Les supporters intéristes désignent ainsi le stade sous son nom officiel. Les fans rossoneri, eux, préfèrent garder l’appellation “San Siro”.

Le projet de nouveau stade divise

La domination du Calcio par la Juventus Turin, ces dernières années, a poussé le Milan et l’Inter à vouloir changer d’enceinte. Leur projet de nouveau stade ne comporte que 60 000 places, soit 15 000 de moins que San Siro. Mais il constituerait une enceinte plus moderne et confortable, doté d’une zone de divertissement et de shopping. Ce nouveau stade serait donc construit à côté de San Siro, dont la démolition ultérieure permettrait de construire la fameuse zone. En montant en gamme, les deux clubs de Milan envisagent aussi d’accroître leurs rentrées d’argent.

Initiée par l’ancien président de l’Inter, Massimo Moratti, l’idée a pris corps en 2015 avec la présentation d’un projet de nouveau stade. Un projet qui est soutenu par les deux clubs, mais pas nécessairement par la ville de Milan. L’actuel maire, le démocrate Beppe Sala, y est même réfractaire. L’édile envisage plutôt de rénover l’enceinte pour accueillir la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver 2026 à San Siro. L’événement correspondrait, symboliquement, au centenaire du stade.

C’est dans ce contexte que le conseil municipal de Milan a sollicité l’avis de la commission régionale en charge du patrimoine de Lombardie. Un avis qui ne s’oppose en rien à la démolition du stade, sous prétexte que l’intérêt culturel du bâtiment, à cause des rénovations dont il a fait l’effet, est nul. Oui, mais voilà : au-delà de son attrait architectural, San Siro est un monument emblématique de Milan. Il est un des seuls vestiges de la grandeur passée des équipes milanaises, aujourd’hui reléguées au second rang derrière la Juventus. Ce morceau d’histoire semble donc se diriger, inexorablement, vers une destruction prochaine. Le football business pourrait ainsi l’emporter sur la passion et la légende.

A propos de Benjamin Mondon 276 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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