Frédéric Guerra : “ces mecs là sont sans foi ni loi”

Frédéric Guerra Photo : Jean Michel Bancet / Icon Sport

Frédéric Guerra, l’agent de Maxime Gonalons et Clément Grenier notamment, revient lors d’une interview exclusive sans langue de bois sur sa perception du métier actuel d’agent sportif mais aussi sur les raisons qui ont poussé les deux internationaux français à rester à l’Olympique Lyonnais.

Frédéric Guerra, l'agent de Clément Grenier, Maxime Gonalons et Sidney Govou

Frédéric Guerra, comment devient-on agent sportif, est-ce que c’est une vocation ?

Ça ne l’a pas été pour moi en tout cas, cela ne fait que 13 ans que j’exerce en tant qu’agent sportif (ndlr : Frédéric Guerra a aujourd’hui 58 ans), le déclic est venu de ma rencontre avec Sidney Govou mais avant je travaillais dans autre chose.

C’est pourtant un métier critiqué, qu’avez-vous envie de répondre à tout ceux qui critiquent les agents sportifs en les qualifiant de “dénués de tout sentiment” ou “obnubilés par l’argent” ?

Et bien, chacun à son opinion, mais il ne faut pas faire de généralités, tous les agents ne sont pas du tout comme cela. Il ne faut pas faire l’amalgame entre le métier d’agent et l’argent. C’est d’abord du travail, du travail, et encore du travail mais aussi de la confiance.

En parlant de confiance, quels rapports entretenez-vous avec les joueurs avec lesquels vous collaborez ? Est-ce purement professionnel ?

Non, pas du tout, c’est vraiment une relation amicale et de confiance. J’ai une relation père-fils avec mes joueurs. Il faut les accompagner dans leurs choix sportifs, le rapport à leur image…

Comment est-ce que vous réussissez alors à les convaincre face à la concurrence des autres agents ?

Un joueur, on peut le faire s’asseoir autour d’une table pendant 72 heures, si le courant ne passe pas, et bien ça ne changera rien, la confiance est la base de tout. Il faut que la confiance soit bilatérale, si ça ne marche que dans un sens, on n’avancera à rien.

Et cette confiance, elle n’est pas donnée à tout le monde…

Non. Je ne donnerais pas de nom, mais il y a eu des joueurs internationaux avec lesquels je n’ai pas souhaité collaborer…

Les réseaux sociaux ont-ils changé votre façon de travailler ? On peut constater qu’ils sont de plus en plus présents dans le monde du football avec un Jean-Michel Aulas qui les utilise fréquemment.

Jean-Michel Aulas voit midi à sa porte, moi je m’en sers plus pour donner des informations professionnelles ou lorsque j’ai des déclarations à faire comme un site officiel. Le problème c’est qu’on tend à plus en plus de polémiques sur twitter comme sur facebook.

Comment on appréhende la concurrence entre agents avec des hommes comme Mino Raiola ou Jorge Mendes notamment ? 

Ces mecs là sont sans foi ni loi… Ils vont chercher les joueurs en boîte, sur facebook et vont leur mettre des nanas dans les pattes pour obtenir ce qu’ils veulent. Eux ont vraiment un rapport particulier avec l’argent. Je me considère plus comme un artisan.

Un artisan de l’OL alors puisque vous comptez parmi vos joueurs des lyonnais comme Clément Grenier ou Maxime Gonalons (ndlr : mais aussi Alassane Pléa) ? 

Non, je n’entretiens aucun rapport particulier avec l’Olympique Lyonnais. J’entretiens un rapport particulier avec les joueurs de l’Olympique Lyonnais avec lesquels j’ai des relations très fortes.

Et comment ces joueurs gèrent-ils l’élimination en barrages de la Ligue des Champions ?

Jouer la Champions League est un objectif pour un joueur car même si le niveau de l’Europa League commence à être intéressant, c’est en Champions League que les joueurs peuvent vraiment se montrer et se frotter au gratin mondial. Il faut jouer la Ligue des Champions si on veut prétendre faire partie des dix meilleurs joueurs du monde.

Pourquoi alors Clément Grenier et Maxime Gonalons sont-ils restés à Lyon alors qu’il y avait des propositions de clubs qui jouaient la Ligue des Champions ?

Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte. Max’ se sentait fragile, pas assez costaud pour se frotter à une concurrence à laquelle il aurait eu affaire à Naples notamment. Il doit parfaire son apprentissage en Ligue 1. Quant à Clément, il ne faut pas s’enflammer, il partait sur 6 très bons mois en Ligue 1 mais je lui ai conseillé d’avoir au moins un an de haut niveau dans les jambes et jouer plus de matchs en Ligue 1 avant de partir. 

Comment gère t-on alors la différence entre un joueur international avec des objectifs aussi élevés et un joueur de Ligue 2 par exemple ?

Avant de gérer des joueurs, on gère des hommes et ils savent tous qu’on ne peut y arriver que par le travail. Travailler, c’est la clé. Ils ont des objectifs différents, mais une conscience du travail similaire.

3 Comments

  1. Un agent qui semble avoir les pieds sur terre et qui transmet cette “valeur” à ses joueurs, semble-t-il. Conseiller à Gonalons et à Grenier de rester à Lyon pour continuer de s’aguerrir me paraît en effet être une sage décision.
    Un grand merci à lui, pour le temps qu’il t’a accordé Paulus :)

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