Girondins – Alain Giresse : “La seule chose que je déteste à Bordeaux, c’est le maillot”

Alain Giresse avec l'Equipe de France

Sélectionneur du Mali qu’il avait déjà coaché de 2010 à 2012, Alain Giresse est revenu pour nous sur l’actualité autour de son équipe qui doit affronter le Botswana dans une semaine. L’ancien girondin, porteur à 587 reprises de la tunique au scapulaire, a évidemment porté un regard sur la situation de son ancien club avant de s’attarder sur l’équipe de France et l’Euro, qu’il a déjà remporté en 1984.

Vous êtes en tête de votre groupe de qualification pour la CAN, quels sont d’abord vos objectifs avec le Mali ?

Il y a deux buts à atteindre avec cette équipe : la CAN et la coupe du monde. La première, c’est évidemment l’objectif principal. C’est plus compliqué pour le mondial étant donné qu’il n’y a que cinq équipes africaines qui peuvent se qualifier. Participer à la CAN reste l’objectif immédiat.

Pour atteindre cet objectif justement, comment jugez-vous l’équipe à votre disposition ?

Le Mali n’est pas encore une équipe qui a prouvé tout son potentiel : on pourrait avoir davantage de certitudes dans notre jeu. La génération que j’ai connue en 2012 est sur sa fin et si une nouvelle arrive, elle n’a pas encore pris la dimension et le niveau attendu du fait de sa jeunesse. On est pour le moment davantage dans la construction d’une équipe qu’une sélection qui fonctionne à plein régime.

Vous disposez de jeunes joueurs très talentueux à l’image d’une équipe des moins de 17 ans qualifiée pour les demi-finales de la coupe du monde (ndlr : deuxième de la Coupe du Monde, battue par le Nigéria en finale). Les considérez-vous comme un réservoir intéressant pour vous et cela témoigne t-il d’une montée en puissance du Mali sur la scène internationale ?

Il ne faut pas oublier que les moins de 20 ans ont déjà fait troisièmes de la coupe du monde en Nouvelle-Zélande où le meilleur joueur était malien (ndlr : le monégasque Adama Traoré) et que les u23 se sont qualifiés pour les prochains jeux olympiques.

Le Mali fait partie de ces rares pays à présenter son équipe nationale dans toutes les compétitions. Evidemment, après, il faut suivre tous ces joueurs qui représentent un vivier intéressant mais pas une garantie. En tout cas, ces jeunes là ont vraiment de la qualité : le Mali est un pays qui a de nombreux atouts. Il s’agit maintenant de les encadrer au mieux car on sait qu’un joueur qui a du potentiel ne réussit pas toujours.

Sur un plan personnel, pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre retour à la tête de cette sélection malienne après l’échec au Sénégal ?

Après mon départ du Sénégal, des sollicitations sont logiquement arrivées. Or, j’avais déjà des relations avec les dirigeants maliens que je connaissais bien. Cela s’est fait de manière assez simple bien que pas vraiment conventionnelle.

Concernant la notion d’échec que vous évoquez, je pense que l’échec c’est toujours par rapport à quelque chose que l’on envisage et que l’on évalue. Le bilan n’est pas tout à fait négatif avec le Sénégal : lors de la CAN, nous nous sommes retrouvés dans un groupe pas facile avec le Ghana, l’Algérie et l’Afrique du Sud. J’ai vécu au Sénégal un problème avec certaines personnes qui ont tout fait pour que je parte et qui sont arrivées à leur fin.

La sélection malienne compte un élément que l’on connait bien en France, Cheick Diabaté : où en est-il avec ses blessures ?

On attend avec impatience Cheick pour les échéances à venir même s’il risque d’avoir un problème de rythme pour le prochain match. Dans l’immédiat il a besoin de retrouver les terrains et du temps de jeu. Etant donné que l’on ne dispute plus de matchs jusqu’au mois de Mars, on espère qu’il aura alors retrouvé la totalité de ses moyens.

Votre joueur fait partie d’une équipe que vous connaissez bien pour y avoir disputé pas moins de 587 matchs. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la situation actuelle des Girondins ?

Leur saison a bien mal démarré avec des débuts très compliqués. Rien n’est définitif mais il y a ce sentiment que ces récentes mauvaises prestations ont inhibé certains joueurs et découlent sur leurs performances. On s’aperçoit que, compte tenu de la situation des clubs français, il y a davantage de départs importants que d’arrivées importantes et c’est malheureux. Bordeaux en est l’exemple entre autre avec Marseille. D’autres clubs le sont également et cette situation fragilise l’équipe. L’année dernière, sans être forcément séduisants, les Girondins pouvaient s’appuyer sur des performances pour pouvoir accrocher l’Europe. Là, on voit que l’effectif est composé de joueurs qui n’ont pas suffisamment de qualités pour pouvoir jouer la six ou septième place.

Alors, en tant qu’entraîneur, quelles solutions préconiseriez-vous pour faire face à cette situation ?

La solution ponctuelle d’abord : il faut que chacun se mobilise. Tout le monde doit pousser dans le même sens et continuer à travailler. C’est avec cet effectif que la saison va se dérouler hormis peut-être une ou deux retouches à l’intersaison. Il faut une prise de conscience que tout le monde doit avoir pour remettre à flot cette équipe.

Quels souvenirs gardez-vous de votre carrière à Bordeaux justement ?

Plus que des souvenirs, c’est toute une carrière de joueur professionnel. J’y ai vécu de bons moments, des émotions fortes à travers des grandes compétitions.

Alors, qu’est-ce qui a changé à Bordeaux depuis votre époque ?

La couleur du maillot ? (rires). Avec ce rose ou ce fuschia qui est absolument abominable. La seule chose que je déteste à Bordeaux, c’est le maillot quand il n’est pas marine et blanc, couleurs traditionnelles des Girondins. Le stade a également changé mais après ? Le reste est toujours resté le même : je croise encore certaines personnes que je connais.

Ça reste Bordeaux avec sa rigueur, son côté feutré. Les noms changent mais en terme de mode de fonctionnement et sur ce que le club représente, il n’y a pas grand chose d’importante qui se soit modifié.

Aimeriez-vous être dans un futur plus ou moins proche, entraîneur de ces Girondins de Bordeaux là ?

Non. L’hypothèse a déjà été évoquée. Il fut un temps et au début de mes fonctions où c’était une opportunité qui m’intéressait fortement. Seulement, depuis, je me suis rangé derrière le fait que, si ça arrivait, et en cas de mauvais résultats, je sais ce qu’on peut subir en tant qu’entraîneur et cela ne m’aurait pas plu. Ça aurait écorné ou égratigné le vécu que j’ai eu en tant que joueur donc je me suis dit non. Évitons d’avoir de mauvais souvenirs alors qu’à Bordeaux, ce ne sont que des bons moments d’une carrière très riche et très longue.

Au cours de cette carrière, vous avez côtoyé un autre grand monsieur des Girondins, monsieur Dominique Dropsy, récemment disparu…

C’est quelque chose qui nous a tous touché : le club, les supporters et les joueurs. Nous avons partagé des moments avec lui. C’est un moment compliqué et c’est toujours difficile à accepter. Il faisait partie de cette équipe qui laisse beaucoup de souvenirs à Bordeaux : on était plus qu’un groupe de joueurs : on avait un lien qui s’était construit et son départ est un moment terrible. C’est cruel, dur.

Vous avez également partagé avec Dominique Dropsy, le maillot bleu. En quoi est-il si particulier pour vous ?

Ce maillot bleu, c’est celui de la France : c’est un rêve, une fierté, un honneur. Quand on a un statut d’international, on est plus qu’un joueur de football. On a la joie, le plaisir mais aussi la responsabilité de porter ce maillot. Ce n’est plus du tout la même approche : on est dans une dimension différente qu’avec notre club. On a eu cette période de 1982 à 1986 qui a fait que le maillot a permis aux gens de connaître des moments intenses. C’est aussi l’identité et la vitrine d’un pays : c’est ce qu’il y a de plus beau dans le sport que l’on pratique.

Vous qui êtes vainqueur de l’Euro 1984, comment jugez-vous les chances de l’équipe de France pour le prochain Euro ?

On peut dire que la France peut aller jusqu’au bout. Evidemment, il faut qu’elle atteigne les demi-finales. Pour cela, elle a les joueurs de qualité qui peuvent l’y amener mais il faut mettre tout ça au service du collectif : les grandes compétitions, c’est de cette manière qu’elles se réussissent. C’est une unité de pensée, d’agir entre les joueurs, c’est ce qui fait la différence. Le talent doit se fondre dans le plus important qui est l’intérêt général.

Le talent, des joueurs comme Paul Pogba ou Karim Benzema, nommés dans les 23 meilleurs dans la liste du ballon d’or, l’ont mais ont-ils les épaules pour porter cette équipe au sommet selon vous ?

Ils font partie de ces joueurs ! Comme Varane, Griezmann ou Matuidi. Ce sont des cadres qui montrent de belles aptitudes. On sait évidemment que sur une compétition comme ça, il faut que tous les éléments soient favorables mais la France a les joueurs pour atteindre le dernier carré et après tout est possible.

Ce n’est pas facile de gérer un groupe comme ça. Il faut que cette équipe réussisse à être solide défensivement mais doit aussi être capables de maîtriser le jeu, construire : elle doit s’imposer dans ce tournoi.

En tant qu’acteur du football africain, vous suivez sûrement avec attention ce qu’il se passe à la FIFA avec la prochaine élection et la suspension d’un de vos anciens coéquipiers : Michel Platini.

Il est tombé dans un milieu qui ne fait pas de cadeaux et tous les coups sont permis. Il a été suspendu avant que la justice ne le déclare ou pas. Ce que je sais, c’est qu’il n’a pas fait d’acte de malhonnêteté, de tricherie ou quoi que ce soit. Quelqu’un comme lui a vraiment pour but d’améliorer l’image du football mondial.

Interview réalisée par Benjamin Mondon et Sylvain Le Flanchec pour Papinade.com
© FIFA.com (Image à la une)

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