Justin Teste

Raul Gonzalez Blanco, légendaire numéro 7 du Réal Madrid vient de tirer sa révérence sur un dernier titre, avec son club des New York Cosmos. Retour sur un homme qui a incarné la malédiction espagnole au niveau international mieux que personne. 

« Nous, les Madridistes, connaissons l’authentique dimension de cette immense figure du club, Raul est essentiel pour mesurer l’histoire récente du Real Madrid. Raul symbolise les valeurs et les principes essentiels dans le code sacré du Real Madrid. Il a été et sera un exemple d’honnêteté, de travail, de refus de la défaite et de passion pour le ballon. Merci Raul d’avoir contribué avec ton dévouement et ton talent à rendre le Real Madrid plus grand ». À travers un communiqué, Florentino Perez a voulu rendre un vibrant hommage à celui qui a inscrit 323 buts sous les couleurs madrilènes en 16 ans de carrière entre 1994 et 2010. Meilleur buteur de l’histoire du Real Madrid, de la Liga et de la Ligue des Champions, il n’y a que deux joueurs qui sont arrivés à le dépasser et ce sont les deux OVNI portugais et argentin. Au delà d’être une machine à marquer, l’espagnol est surtout devenu au fur et à mesure de sa carrière une machine de travail, à l’hygiène de vie irréprochable.

« Si vous voyez Raul torse-nu, jamais vous pourrez deviner qu’il est le meilleur buteur de la Ligue des Champions », Arsène Wenger n’est pas tendre avec le physique, certes maigre, de l’espagnol. Des propos appuyés par Santiago Solari, ancien partenaire de l’espagnol, dans une interview à El Pais, « Comment a-t-il pu être le meilleur attaquant sans être le meilleur de la tête, ni le meilleur finisseur, ni le meilleur dribbleur, ni le plus puissant, ni le plus rapide, ni le plus grand, ni le plus costaud, ni le plus créatif, ni le plus habile ? Comment a-t-il pu marquer plus de buts que personne ? Les explications sont généralement accompagnées des mots suivants : sacrifice, courage, honneur, compétitivité, mérite ». C’est comme ça qu’un joueur qui n’était pas surdoué, est devenu l’icône de tout un pays, car oui Raul est aimé par tous en Espagne, de Madrid à Barcelone, et même par les supporteurs de l’Atletico. Un amour que Raul aurait bien aimé leur rendre par un titre international, mais qu’il n’a jamais réussi. La faute à pas de chance.

La malédiction de la Roja 

102 sélections, 44 buts, et encore un titre de meilleur buteur de la sélection (dépassé par David Villa depuis). Raul a longtemps était le finisseur de l’équipe d’Espagne aux multiples qualités. Dans la génération Casillas, Canizares, Hierro, Guti, Mendieta, Diego Tristan, le numéro 7 aurait pu viser largement mieux qu’un simple quart de finale à l’Euro 2000, perdu contre la France. Raul, malheureux dans ce match, avait craqué face à Barthez dans les arrêts de jeu de la seconde période en envoyant son penalty dans les tribunes. Le reste sera trois déconvenues en Coupe du Monde, 1998, élimination au premier tour derrière le Nigéria et le Paraguay, malgré un carton 6-1 au dernier match face à la Bulgarie. En 2002, l’Espagne tombe en quarts de finale devant la Corée du Sud avec un arbitrage très très litigieux et notamment un but refusé pour hors-jeu inexistant. Avec 3 buts lors des 4 premiers matchs de la compétition, Raul est en très grande forme, seulement sa blessure l’empêche de participer au quart de finale. De nombreux observateurs s’accordent à dire qu’avec Raul, l’Espagne avait toutes les chances d’aller au bout de la compétition. Alors qu’en 2006, il voit les jeunes loups David Villa et Fernando Torres lui disputer sa place de titulaire. Seulement, lui qui est devenu un leader dans cette équipe, malgré une blessure, survole la phase de poules avec une Roja qui inscrit 8 buts, dont un carton 4-0 devant l’Ukraine. Avec une jauge de confiance au maximum, l’Espagne se fait cueillir par une équipe de France tout simplement trop forte.

Suite à cette nouvelle déception, Luis Aragones décide de se passer des services de l’attaquant madrilènes alors qu’il vient d’être élu meilleur attaquant du championnat espagnol. Une décision qui déplaît au public, ce dernier se met alors à scander le nom de son attaquant lors d’un match face à l’Irlande du Nord et dans tout les matchs qui suivront. Un départ qui coïncidera avec le début de la domination du foot espagnol au niveau mondial. Et si le natif de Madrid n’a jamais rien remporté avec la Roja, il est considéré à l’unanimité comme l’un (si ce n’est pas le), des meilleurs joueurs espagnols de tous les temps.

Bisous sur l’alliance et doigt sur la bouche

Il l’a fait plus de 300 fois depuis 1999 et la date de son mariage avec Mamen Sanz. Comme un rituel, chaque but inscrit par Raul est célébré par un bisou sur son alliance et la main levée. Un équilibre de vie, et une famille épanouie qui permettront à « l’ange de Madrid » comme il est surnommé, d’être élu trois fois en quatre saisons, meilleur attaquant de la saison par l’UEFA. Une période durant laquelle, la concurrence s’appelait Ronaldo, Owen, Van Nistelrooy, ou encore Henry. Alors, pour avoir ces multiples trophées, Raul a marqué des buts importants dans des matchs qui comptent. Comme ce 13 Octobre 1999 au Camp Nou, dans un Clasico survolté, durant lequel il a ouvert le score à la 26ème minute, avant que Barcelone n’inscrive 2 buts coup sur coup, Raul réalise un appel entre les deux centraux, et pique son ballon pour le voir finir au fond des filets. S’en suit l’une des célébrations les plus mythiques de l’histoire, avec l’index sur les lèvres devant tout le Camp Nou. Une célébration qui le fera rentrer définitivement dans le cœur des socios madrilènes.

Une carrière hors du commun pour un joueur tout à fait normal, si on lui rappellera qu’il n’a jamais gagné le ballon d’or, lui a trouvé une réponse implacable, qu’il explique dans les colonnes de So Foot en Avril dernier : « J’ai dédié toute ma vie à faire ce que j’aimais : joueur au football. Est-ce que j’aurais pu remporter le Ballon d’Or ? Peut-être. Ou peut-être pas… À vrai dire, je m’en fiche un peu, je n’ai pas de regrets. Le football reste un sport collectif et je suis plus content d’avoir des titres avec les équipes dans lesquelles j’ai joué plutôt que des trophées individuels». Comment donner tort à un homme qui pèse 6 Liga et 3 Ligues des Champions (1998, 2000 et 2002). Et donc un championnat de NASL avec les New-York Cosmos, un club qui aura donc accueilli plusieurs étoiles tels que Pele, Beckenbauer et Raul.