Guardiola, la saison de trop ?

La Bundesliga reprend ce soir, avec un duel historique, Bayern Munich – Hambourg. Le plus grand club allemand qui reçoit le seul club qui n’a jamais connu la 2ème division. Si Hambourg est en crise depuis maintenant de nombreuses années, le Bayern lui aussi connaît des heures plutôt sombres. Bien loin du tracas de Bielsa à l’OM certes, mais Guardiola donne quelques sueurs à ses dirigeants et ses supporters. 

Le 1er Août dernier, lors de la Super Coupe d’Allemagne face à Wolfsburg, Pep Guardiola pensait pouvoir faire taire les quelques détracteurs qui lui reprochaient la gestion du mercato, et notamment la vente de Schweinsteiger à United. Dans un 4-3-3 habituel avec comme seul nouveau joueur, Douglas Costa, acheté 34 millions au Shakhtar Donestk. Le Bayern a, comme d’habitude, confisqué la balle (58% de possession), et énormément fait tourner le ballon mais le Bayern n’a pas gagné. L’égalisation tardive de Bendtner, puis la séance de tirs au but ont été fatales aux munichois. Après 2 saisons au Bayern, cette philosophie demeure le vrai problème à régler pour Guardiola, car si au Barça, le “toque” reste l’ADN du club, celui du Bayern est tout autre. Le comité directeur du Bayern n’avait déjà pas hésité à critiquer les méthodes et le jeu de Guardiola au Bayern, Franz Beckenbauer notamment qui n’est pas fan du rôle de faux numéro 9 : “on gaspille le talent de Mario Gotze en le faisant jouer de la sorte”. Une déclaration qui date certes de Fevrier 2014, mais le Kaiser en a remis une couche cette année : “si Guardiola veut être aimé, il lui faut gagner des titres, s’il gagne, les supporters auront de l’amour pour lui, sinon ce sera simplement de l’affection”. Non Guardiola ne fait pas l’unanimité en Bavière.

On ne comprend rien à ta putain de tactique”

Durant les deux premiers mercato d’été que Pep a fait en Bavière, deux pièces maîtresses du jeu bavarois sont parties. Toni Kroos, et Bastian Schweinsteiger, respectivement au Real et à Manchester United. Des choix loin d’être étonnants puisque les deux milieux axiaux, pièce maîtresse du jeu de Guardiola ne se faisaient pas aux consignes du Catalan. Comment voulez vous interdire à ces deux allemands de déclencher une grosse frappe aux 25 mètres ? On se souvient tous de cette scène, un soir de Bayern – Arsenal, où Kroos, à 25 mètres, frappe au lieu de faire tourner. La frappe n’est pas cadrée et Guardiola lui passe une soufflante depuis le banc. Derrière Beckenbauer disjoncte au micro de SkySports ““Au final, si nous continuons comme ça, nous serons comme le Barça. Plus personne ne voudra nous voir jouer parce que nos joueurs se passeront le ballon jusqu’à la ligne de but adverse. Ma vision est différente. Si j’ai la possibilité de tirer au but, de loin, spécialement face à une défense compacte et regroupée, alors je le fais”. L’ADN du Bayern, jumelé avec les “Bundesfrappes” ne se mélange pas très bien avec le jeu de passe exigé par Guardiola. Les joueurs ont beaucoup de mal à se situer sur la pelouse, et le comportement de certains joueurs change.

“On ne comprend rien à ta putain de tactique”, ces mots sont ceux de Thomas Muller, après sa sortie lors de la demi-finale de la Ligue des Champions face au Barça. En cause, les perpétuels changements que Guardiola met en place dans son 11 de départ. Son premier choix marquant reste de placer Lahm en sentinelle car c’est “le joueur le plus intelligent qu’il n’ait jamais vu”, ce qui laisse le poste de latéral droit à Rafinha, volontaire mais très limité pour une équipe du top 3 européen. Deuxième choix, le fait de limiter les apparitions de Mario Mandzukic, jugé pas assez technique pour satisfaire le jeu de passes, qui est petit à petit remplacé par de faux numéro 9 comme Muller ou Götze. Enfin, notre Franck national, meilleur joueur du monde – ou presque – sous Jupp Heynckes, est totalement bridé avec Guardiola. Le français, trop souvent blessé, ne joue que très peu, et lorsqu’il joue, ne fait plus aucune différence, se contentant de quelques crochets et de multiples passes en retrait. On pourrait également citer la défense à 3, dans laquelle se trouve Alaba, qui pourtant est très à l’aise offensivement, le recrutement de Bernat, qui ne réussit pas à convaincre, ou enfin le fait de vouloir faire jouer Muller partout et nulle part en même temps.

Ce n’est d’ailleurs pas étonnant si Mario Gotze, pourtant le plus grand espoir du foot allemand, a tenu a s’expliquer avec Guardiola il y a de ça quelques jours. Le sujet principal était de savoir ce que comptait faire le catalan cette saison et si Gotze allait rentrer dans ses plans. Au vu de la volonté de Gotze de rester, il semble que cela soit le cas.

Un poste toujours en danger

Contrairement à beaucoup de clubs en France, le coach au Bayern passe toujours après l’institution que le Bayern est. Lors du dernier 1/4 de finale de Ligue des Champions face à Porto, David Lortho, correspondant d’RMC en Allemagne n’avait pas hésité à dire que Guardiola jouait son poste. Après la défaite 3-1 dans le Dragao, match durant lequel le Bayern avait paru très limité face à l’envie des Portugais, le technicien catalan a été très critiqué, et la victoire 6-1 lors du match retour n’a pas suffit pour rassurer les spécialistes. La déconvenue du Bayern face au Barça, face aux fondations de son Barça, a fait beaucoup de mal. Alors que la Bundesliga ne devrait pas échapper aux bavarois, la Ligue des Champions est le réel objectif du club et de Guardiola. Chutant 2 ans d’affilée de manière brutale face aux futurs vainqueurs, il est grand temps pour Guardiola de montrer qu’il peut réussir loin du Barça, loin de Messi.

1 Comment

Laisser un commentaire