Houston, on a perdu le Brésil !

A droite, l'écusson de la CBF.

Mais où est-il passé, ce Brésil qui faisait rêver les foules en développant un jeu technique et collectif ? Où est-elle, cette Seleção qui impressionnait avec des actions individuelles ou collectives de haute volée ? Où est-elle, l’équipe qui a remporté par cinq fois la plus prestigieuse des récompenses ?

C’est les questions que tous les observateurs, à commencer par les membres de la Fédération brésilienne de football (CBF) et son boss, José Maria Marin, se posent. Comment a-t-on pu en arriver là, à ce désastre, à cette humiliation en mondovision ? La lourde défaite du Brésil contre l’Allemagne (1-7) n’aurait pu être qu’un accident de parcours, si elle n’avait pas été suivie par une claque infligée hier soir par les Pays-Bas lors du match de classement (0-3).

De manière générale, depuis le début de “sa” Coupe du monde, l’équipe emmenée par le coach Luiz Felipe Scolari et le capitaine Thiago Silva n’a pas convaincu. Elle est sortie des poules avec sept points, sans briller. Elle ne s’est sortie du piège chilien en huitièmes que grâce à une once de chance (1-1 a.p., 4-2 t.a.b.) et n’a pas totalement maîtrisé le quart contre la Colombie (2-1). Le “joga bonito”, les gestes techniques qui ont fait la renommée du Brésil ? Pas vu.

Le staff brésilien, ici à l'image, a été impuissant.
Le staff brésilien, ici à l’image, a été impuissant.

Un défaut d’adaptation aux exigences du foot d’aujourd’hui

Revenons en arrière, plus précisément en juillet 2002. Le Brésil, à l’issue de sa troisième finale consécutive, remporte face à l’Allemagne (2-0) un cinquième titre mondial. C’est pourtant la dernière fois que l’on verra la sélection auriverde dans le Top 3 mondial. Éliminée par une valeureuse équipe de France en quarts en 2006 (0-1) puis par les Pays-Bas (1-2) en 2010 au même stade de la compétition, la Seleção n’a plus tutoyé les sommets de la gloire depuis.

La principale cause de ce déclin, c’est que le Brésil a échoué à respecter les nouvelles exigences du jeu depuis le début des années 2000. En 2010, pourtant, Dunga s’était attelé à faire appliquer la rigueur tactique (à la mode de l’époque avec le triomphe de l’Inter de José Mourinho), mais son manque de prise de risques l’avait perdu.

En 2014, c’est un foot plus agressif, plus mordant, qui occupe le devant de la scène mondiale. Au lieu de produire un jeu basé sur le pressing, la hargne, au lieu de prendre le match en main et de faire appel au feu sacré, à la hargne des joueurs, Scolari est resté fidèle à son propre style, coincé dans des considérations purement tactiques (jouer avec deux récupérateurs ou non par exemple). Car Scolari est un tacticien reconnu, mais un piètre meneur d’hommes. Il n’a pas pu empêcher ses joueurs (le capitaine Thiago Silva le premier) de craquer dès que la phase à élimination directe a débuté, il n’a pas su les galvaniser après la blessure de Neymar. La victoire lors de la Coupe des Confédérations 2013, qui lui avait permis de conforter sa position et d’établir son système de jeu, n’a finalement été qu’un leurre.

Des instances complètement à côté de la plaque

Mais n’accusons pas de tous les maux un coach appelé en urgence après l’échec de Mano Menezes en 2012, ni des joueurs qui n’ont pas subi une préparation mentale convenable. Ils ne sont pas responsables de tout. Les premiers coupables de cet échec, ce sont les barons de la CBF. Et, sauf miracle, ils ne seront pas inquiétés.

A droite, l'écusson de la CBF.
A droite, l’écusson de la CBF.

Au sein d’une fédération où détournements de fonds, petits arrangements entre amis et autres types de magouilles sont rois, les problèmes de fond subis par le foot brésilien n’ont jamais été évoqués. Même depuis le départ de Ricardo Teixeira, l’inamovible parrain qui a dominé la CBF de 1989 à 2012, même depuis que João Havelange s’est retiré de la FIFA (instance qu’il dirigea de 1974 à 1998) après avoir été menacé par la justice.

Les dirigeants brésiliens n’ont pas su pérenniser sur le long terme les projets ambitieux pour la Seleção proposés par Dunga ou Mano Menezes. Ils n’ont pas accepté d’attendre les résultats et, bien aidés par la pression populaire, ont évincé les sélectionneurs les uns après les autres. C’est donc tout à fait logique si le Brésil se retrouve avec un Scolari rappelé en urgence à moins de deux ans de la Coupe du monde.

Un autre problème majeur du Brésil réside dans la formation. On dit souvent qu’une équipe ne peut pas gagner la Coupe du monde sans un infranchissable gardien et un grand avant-centre. A l’heure actuelle, le Brésil ne possède ni l’un, ni l’autre. Julio César (34 ans) n’est que l’ombre du portier qui fit les beaux jours de l’Inter en 2010, et n’a pas de doublure satisfaisante. La pénurie au poste d’avant-centre est encore plus impressionnante : l’équipe auriverde (qui avait vu Pelé, Romario ou Ronaldo soulever la Coupe du monde) a été obligée de s’en remettre à Fred (30 ans) et Jô (27 ans), qui évoluent tous deux au sein du championnat national, avec des passages mitigés en Europe. Tous deux ont été fantomatiques, et le mot n’est pas assez fort.

Fred évolue à Fluminense (D1 brésilienne).
Fred évolue à Fluminense (D1 brésilienne).

Neymar aurait-il pu devenir le nouveau Pelé, si Camilo Zuniga ne l’avait pas blessé lors du quart de finale contre la Colombie ? On l’imagine difficilement, mais son absence a été fatale à une Seleção qui est devenue totalement amorphe sans lui. Et cela permet de pointer du doigt le principal problème du football auriverde : le manque de stars, de joueurs capables de faire eux-mêmes la différence. Les équipes brésiliennes championnes du monde avaient vu beaucoup de très grands joueurs dans leurs rangs : Pelé et Garrincha de 1958 à 1970, Rivaldo, Romario et Bebeto en 1994, Ronaldo et Ronaldinho en 2002… Aujourd’hui, Neymar est le seul à se hisser au niveau des noms évoqués précédemment.

L’échec du Brésil n’est pas dû qu’à des raisons tactiques ou mentales. Il est le résultat de politiques catastrophiques menées par la CBF depuis des années. Et il pourrait sérieusement remettre en cause le pouvoir civil dirigé par Dilma Rousseff, déjà affaibli par les mouvements sociaux.

© Jorge Cardoso – Ministério brasileiro da Defesa / © Eduardo Marquetti / © Moyses Ferman – FotosFlu

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