Kakà, chronique d’une grandeur et d’un déclin

Kakà, Ballon d'Or 2007.

“Grandeur et décadence”. Cette expression de l’illustre Honoré de Balzac s’applique à merveille à Kakà. Le milieu offensif brésilien, 32 ans, porte toujours la tunique rossonera. Mais le Ballon d’Or 2007 n’a plus son niveau d’antan, et symbolise à lui seul la saison ratée du Milan AC, 8ème du dernier exercice de Serie A, derrière des écuries comme le Torino ou le Hellas Vérone. Chronique d’un passage rapide de la gloire aux enfers du football.

Décembre 2007. Kakà est au sommet de sa gloire. Il vient de remporter la Ligue des Champions sous les couleurs du Milan AC. Avec 10 buts (ce qui fait de lui le meilleur buteur de la compétition), il a été un artisan de la victoire finale, ce qui lui vaut de rafler le Ballon d’Or au nez et à la barbe de Cristiano Ronaldo, Lionel Messi et Didier Drogba. Sous le maillot du Brésil, le prodige brille également, après une Coupe du monde 2006 très aboutie. Cela lui vaut déjà, à l’époque, l’intérêt du Real Madrid qui formule une offre de plus de 100 millions d’euros, rejetée par le Milan AC.

Kakà, Ballon d'Or 2007.
Kakà, Ballon d’Or 2007.

Après deux saisons moyennes pour le club milanais (5ème place de Serie A synonyme de coupe UEFA en 2007/2008…), et quelques pépins physiques, Kakà brille toujours : le milieu brésilien, véloce, adroit avec ses deux pieds, excellent visionnaire, a inscrit 31 buts en championnat durant cette période. Des stats qui lui attirent les convoitises de Manchester City, prêt à débourser plus de 140 millions d’euros pour l’acquérir. A l’été 2009, Kakà, qui a alors 27 ans, quitte le navire milanais, mais pas pour les Skyblues. Destination : le Real Madrid, tout juste repris par Florentino Pérez, où le Brésilien débarque quelques heures avant Cristiano Ronaldo. Le montant du transfert est évalué à plus de 65 millions d’euros.

La machine Kakà se lance difficilement au Real. Le début de la saison 2009/2010 est marqué par une série de blessures pour le Brésilien, qui est très vite critiqué de toutes parts par des fans madrilènes un peu trop impatients. En Seleção, il reste néanmoins indispensable et se distingue lors de la Coupe des Confédérations 2009 remportée par le Brésil. Sa fin de saison est moins décevante mais Kakà ne parvient pas à faire taire ses détracteurs. Au Mondial 2010, il incarne malgré tout l’esprit, le moteur de la sélection brésilienne. Expulsé à tort contre la Côte-d’Ivoire après une simulation de Kader Keita, Kakà réalise une immense prestation en quarts de finale face aux Pays-Bas, en dépit de l’élimination prématurée des Auriverde par les Oranje.

Kakà et Robinho, sortis par les Pays-Bas en quarts du Mondial 2010.
Kakà et Robinho, sortis par les Pays-Bas en quarts du Mondial 2010.

Les pépins physiques s’accumulent pour Kakà lors de l’intersaison 2010. Il doit être opéré d’une pubalgie et manque la première partie de la saison 2010/2011. Pas de bol, Mesut Özil, tout juste engagé par le Real, lui chipe sa place. Voilà comment Kakà, Ballon d’Or 2007, se retrouve à cirer le banc et à jouer les jokers de luxe lorsqu’il fait son retour au début de l’année 2011… La situation personnelle du joueur empire : le nouveau sélectionneur brésilien, Mano Menezes, ne lui fait pas confiance et refuse de le sélectionner. Kakà semble donc dans l’impasse.

Lors des matchs de préparation de l’été 2011, c’est pourtant un Kakà proche de son niveau de 2007 qui refait surface. Décidé à regagner sa place, le Brésilien y parvient peu à peu et gagne l’estime de son coach José Mourinho. Il accumule les buts décisifs en championnat et en coupe d’Europe. Menezes le convoque en sélection mais, blessé, Kakà doit décliner l’offre. A partir de la trêve hivernale, il baisse de régime et Özil reprend le dessus. Comme un symbole d’une saison bien partie mais finalement foirée, Kakà rate son tir au but lors de l’élimination en demi-finales de Ligue des Champions par le Bayern. La saison 2012/2013 est du même acabit : malgré un retour abouti au sein de l’équipe brésilienne, Kakà brille par intermittence, mais passe la majeure partie de son temps sur le banc en raison de l’arrivée de Luka Modric. Il devient, au vu de son important salaire, indésirable au Real Madrid.

Kakà connaît de grandes difficultés au Real Madrid.
Kakà connaît de grandes difficultés au Real Madrid.

Lors des dernières heures du mercato d’été 2013, les dirigeants madrilènes et milanais concluent un accord pour un retour gratuit de Kakà au Milan AC. L’équipe que le Brésilien retrouve n’est pas la même que celle qu’il avait laissé. Plus de Pirlo pour le seconder, place à Riccardo Montolivo. En pointe, ce n’est pas à Shevchenko qu’il devra délivrer des caviars, mais à Mario Balotelli. Peu importe pour Kakà, heureux de retrouver un club où tout le monde lui fait confiance, et désireux de se faire une place pour le Mondial 2014 chez lui au Brésil.

La saison 2013/2014 de Kakà est encore une fois mitigée. Mais si le Milan AC a échoué à la 8ème place de la Serie A, cela aurait pu être bien pire sans le Ballon d’Or 2007, toujours là dans les grands matchs et notamment face à Barcelone en poules de Ligue des Champions. Moins buteur (9 buts en tout cette saison) qu’il ne l’était jadis, il s’est davantage mué en passeur (8 passes décisives). Malgré tout, Kakà n’a pas pu épargner au club dirigé par les Berlusconi une saison honteuse et n’a logiquement pas été sélectionné pour la Coupe du monde.

Le Brésilien est l'auteur d'une saison mitigée en 2014.
Le Brésilien est l’auteur d’une saison mitigée en 2014.

Le destin de Kakà semble indissociable de celui du Milan AC. Si l’actuel capitaine rossonero retrouve les épaules pour porter le club comme ce fut le cas de 2003 à 2009, alors il pourra reporter un jour la tunique auriverde. On peut gager que le pieux Kakà prie pour. En revanche, s’il ne parvient pas à assumer son rôle d’élément fédérateur autour duquel le Milan aspire à se reconstruire, il sortira par la petite porte et les Milanais pourront, pour un petit bout de temps, dire adieu à l’Europe. Quoiqu’il en soit, l’histoire de Kakà n’a rien d’un conte de fées. C’est une histoire faite de mauvais choix, de pertes de confiance et de malchance. Comme si les dieux du football avaient décidé que la gloire ne dure qu’un temps.

© AFP / © Keystone / © Maxppp / © Antonio Calanni – AP

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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