L’Allemagne à l’heure Guardiola

Défaite 1-0 au terme d’une rencontre d’une grande intensité, l’Allemagne a perdu avec les honneurs face au Mexique. Le jeu de position de la Mannschaft a butté sur son pire ennemi : les équipes aux transitions offensives rapides. A travers ce match, c’est toute l’influence du football de Guardiola qui apparaît.

Le sélectionneur allemand Joachim Löw ne s’est jamais caché du modèle que représente Pep Guardiola pour lui. Il confiait en mai 2016 au Süddeutsche Zeitung : “Guardiola a beaucoup fait en trois saisons. Il a rendu ses joueurs meilleurs et a propulsé le Bayern a un niveau supérieur. Son équipe est un exemple de football dominant, de beau jeu et de contrôle des espaces […]  Le football du FC Barcelone et de l’équipe nationale espagnole m’a inspiré”. En plus d’être une inspiration théorique pour Löw, Guardiola a fourni à la sélection allemande une ossature de joueurs habitués à pratiquer ce football au Bayern Munich. Manuel Neuer, Joshua Kimmich, Jérome Boateng et Thomas Müller étaient titulaires face au Mexique.

Au-delà de l’influence de l’entraîneur de Manchester City, c’est tout le football allemand qui a décidé d’adopter cette philosophie de jeu. L’ancien internation suisse Stéphane Henchoz expliquait dans une chronique pour Le Temps comment le football allemand a fait sa révolution. Suite à l’élimination 3-0 en quarts de finale de la Coupe du Monde 1998 face à la Croatie, l’Allemagne s’est modernisée tactiquement. Fini la défense individuelle et les libéros, place à une défense en zone. De même, la priorité accordée dans la formation aux joueurs physiques s’est atténuée, au profit de joueurs plus techniques.

Une grande remise en question

Joachim Löw est issu de cette révolution allemande, tout comme de nombreux jeunes tacticiens de Bundesliga n’ayant pas été footballeurs professionnels. Les résultats sont là, avec des entraîneurs reconnus en Europe pour leur capacité à obtenir des résultats avec des effectifs modestes, tout en produisant du jeu. C’est le cas de Julian Negelsmann à Hoffeinheim, de Domenico Tedesco à Schalke, et c’était le cas de Thomas Tuchel à Mayence. Le fait que ce dernier rejoigne le PSG témoigne de l’exportation réussie de ces tacticiens, qui ne devrait qu’augmenter au fil des années.

Ce moule philosophique du jeu de position explique les résultats impressionnants de la Mannschaft à tout les niveaux. Championne du monde en 2014 après avoir échoué de peu lors des précédentes éditions, l’Allemagne peut aussi compter sur les catégories de jeunes pour l’emporter. C’est ainsi une équipe composée seulement de joueurs de moins de 23 ans qui avait remporté la Coupe des Confédérations l’an dernier face notamment au Portugal, au Chili et au Mexique. De même, les U21 s’étaient imposés face aux Espagnols en finale de l’Euro Espoirs.

A chaque fois ce même constat : plus que le talent individuel, c’est la cohérence collective qui impressionne. Les Allemands parlent le même football, à base de possession de balle et de jeu de passes. Lors de la finale des Espoirs, la Mannschaft n’avait certes pas des individualités telles que Asensio, Saul ou Ceballos, mais elle a affiché bien plus de maîtrise collective. Ce premier match du mondial 2018 face au Mexique a démontré les avantages et inconvénients d’un tel football.

Un jeu trop risqué ?

Si l’Allemagne a réalisé d’un point de vue comptable une entrée raté, elle fait parmi des meilleures équipes de ce début de mondial dans le jeu. Avec 66% de possession, 26 tirs contre 13 pour les Mexicains – dont 21 dans le jeu – la domination fut clairement allemande. Durant la dernière demi-heure, el Tri était regroupé à dix derrière ce qui a compliqué la création d’occasions pour les Allemands. Cela n’empêche que le jeu de contre-attaque rapide du Mexique a fait mal à la Mannschaft, trop mal pour un prétendant au titre.

A la manière du Bayern Munich tombant face à l’Atletico Madrid en demi-finale de la Ligue des Champions 2016, le jeu de position très haut sur le terrain de l’Allemagne a été puni. Les positions moyennes des joueurs allemands sur ce match – en orange – livrées par Who Scored témoignent de la hauteur du bloc allemand. L’apport offensif des latéraux est précieux pour déséquilibrer un bloc, notamment celui de Kimmich, mais il laisse la charnière livrée à elle-même lorsque les Mexicains ont le ballon. De même, le double pivot Kroos-Khedira n’a pas semblé en mesure de protéger assez les champions du monde des assauts de l’adversaire.

Mats Hummels partageait ce constat, dans des propos rapportés par France Fussball : “le match a été rendu trop facile aux Mexicains. Quand sept ou huit joueurs attaquent en même temps, il y a un problème d’équilibre, qui a fait que nous étions souvent seuls avec Jérôme Boateng. Je ne comprends vraiment pas comment nous avons pu jouer comme ça”. A l’heure d’affronter la Suède dans un match qui sera déjà décisif pour l’Allemagne, Joaquim Löw devra tirer les enseignements du match d’ouverture face à un nouveau bloc bas. Si les Suédois iront moins vite, ils n’en restent pas moins efficaces. La titularisation de Marco Reus au détriment de Mesut Özil répond à une autre exigence d’un tel football qui aura manqué face au Mexique : l’accélération du jeu dans les derniers mètres.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire