L’Allemagne n’aime pas le Qatar !

Avant-propos : je préfère prévenir de suite. Non, il n’est pas question de raviver chez nos lecteurs un sentiment germanophobe. Il n’est pas davantage question d’obtenir la médaille du « point Godwin ». Il est uniquement question des déclarations, répétées, de responsables du football allemand à l’égard des Qataris.

Forts de leurs résultats extraordinaires sur la scène européenne, les dirigeants allemands prennent confiance. Bien plus présents dans les médias (et les médias bien plus preneurs d’interviews et articles à leur sujet), le dirigeant allemand commence à se faire un nom en dehors de ses frontières, même chez ceux qui n’ont cure de la Bundesliga. Le chef de cortège ? Karl-Heinz Rummenigge, le président du Bayern Münich. Particulièrement critique à l’égard du PSG version Qatarie, l’ancien footballeur n’a pas cessé de mettre en garde le club de la capitale, lui demandant avec une certaine insistance « de ne pas tricher », s’en remettant à une application stricte du Fair-play Financier. Récemment invité à s’exprimer à Doha, lors du séminaire de l’Association des clubs européens, il déclarait « je suis souvent en déplacement à travers le monde et l’image du Qatar souffre de manière dramatique à cause de son engagement dans le Paris Saint-Germain. Le monde du football ne se base pas sur des placements d’argent, mais sur des valeurs, et en ce moment ces valeurs sont totalement bafouées par certains. Le Qatar doit faire très attention à ne pas avoir un problème d’image. Il a décroché l’organisation de la Coupe du monde 2022 dans des conditions très critiquées à la Fifa. Il s’investit dans un club qui ne respecte pas les règles mais qui opte plutôt pour le doping financier afin d’être de plus en plus sur le devant de la scène internationale ».

Le hic ? L’UEFA s’est dotée d’organes chargées de veiller à la bonne application des règles de fair-play instaurées et de sanctionner, le cas échéant, les clubs qui manqueraient à leurs obligations. L’on se demande dès lors de quel droit le président bavarois décrète que le club parisien « ne respecte pas les règles ». Le fair-play (il fallait oser l’associé au « financier », soit dit en passant) ne devrait-il pas inviter les dirigeants à respecter les autres clubs et à ne pas interférer dans le fonctionnement de l’UEFA et de ses différents organes ? Etait-il davantage fair-play de ne pas attendre la fin de la saison pour officialiser le transfert de Mario Götze ?

L’on peut aisément comprendre que des clubs aux finances saines puissent craindre la concurrence des clubs créées ex nihilo. L’on peut comprendre que les clubs qui s’astreignent à faire certaines économies voient d’un mauvais œil l’arrivée de « géants » aux ressources presque illimitées. Néanmoins, il me semble qu’un devoir de réserve devrait peser sur ces derniers …

Toutefois, l’article n’avait pas vocation à parler de Rummenigge, mais davantage de Christian Seifert, patron de la Bundesliga. Ce dernier s’est récemment attaqué à la décision de la Fifa de maintenir l’organisation de la Coupe du Monde 2022 – prévue au Qatar – en été, considérant qu’il était « difficile voire impossible » de jouer au football dans cette région du monde en été.

S’exprimant à Londres avant la finale de la Ligue des champions qui opposera samedi le Bayern Münich au Borussia Dortmund à Wembley, et alors qu’il est souvent question d’organiser la compétition tant attendue en hiver, pour répondre aux problèmes climatiques qui se posent en cas d’organisation estivale, le patron du foot allemand a reconnu que la Bundesliga ainsi que d’autres ligues étaient « inquiets » à l’idée de devoir réorganiser leur calendrier afin de coller aux exigences d’une Coupe du monde hivernale.

Christian Seifert a également relevé qu’organiser la Coupe du Monde en hiver mettrait la Fifa face à quelques incertitudes légales, l’attribution de l’organisation de la compétition au Qatar ayant été faite sur la base d’une compétition organisée en plein été. Si elle devait avoir lieu en hiver, le vote aurait ainsi pu en être autrement et l’organisation de l’évènement aurait par conséquent pu échapper au Qatar.

« Si vous prenez une décision si éloignée d’une perspective sportive et davantage conduite par des considérations politiques, alors vous faîtes une erreur, reprocha Seifert, avant d’ajouter que la Fifa devrait changer sa devise puisque cette décision n’est pas « Pour le bien du jeu » (For the good of the game). Je suis convaincu qu’il est difficile, si ce n’est impossible, de disputer une Coupe du Monde en été au Qatar ». Se remémorant le succès de l’édition 2006 organisée en Allemagne, il confia que, selon lui, « il n’était pas possible de retrouver la même ambiance qu’en Allemagne sous 48 degrés. La priorité est la santé des joueurs, et l’on a là une décision prise qui ignore complètement ce problème ».

Seifert ne veut pas d'une Coupe du Monde au Qatar, et encore moins en plein été !
Seifert ne veut pas d’une Coupe du Monde au Qatar, et encore moins en plein été !

Persuadé que la Coupe du Monde ne pourra décemment se tenir en été, Christian Seifert réfléchit déjà aux conséquences d’une organisation en plein hiver de la Coupe du monde. « Je ne suis pas sûr qu’il soit légal de la jouer en hiver : les juristes décideront si l’on doit ou non procéder à un nouveau vote. Je suis d’ailleurs persuadé que l’Angleterre réclamera un nouveau vote si jamais elle en a l’occasion. Quoiqu’il en soit, j’ai le sentiment que les autres championnats sont également inquiets à cette idée, une compétition de quatre semaines en plein hiver ayant des conséquences pour leur championnat respectif sur trois ans (ndlr : notamment dans la négociation des droits télés). Cela prouve en tout cas que la Fifa prend ses décisions en ignorant la gestion quotidienne de ces championnats qui sont le cœur de ce sport ».

Lors de la présentation de son projet, le Qatar avait mis en avant un système de climatisation des stades, et uniquement des stades. Une promesse qui n’est pas sans laisser Seifert de marbre « vous pouvez créer un ciel artificiel au-dessus des stades si vous le voulez, mais que faîtes-vous pour les fans et les journalistes ? ». 

Pour conclure, on laissera volontiers la parole à Seifert. Au cours de cette conférence de presse, il ne s’est définitivement pas privé de railler la Fifa. « Nous sommes vraiment contents que la FIFA reconnaisse qu’il fait chaud l’été au Qatar. Ceci est une grande, grande conclusion ».

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