L’Angleterre, encore un pétard mouillé ?

Wayne Rooney, capitaine et leader de l'équipe d'Angleterre

Ce soir l’Angleterre attaque son Euro face à la Russie. Forts d’une campagne de qualification parfaite (10 victoires en 10 matchs), les Three Lions se voient déjà parmi les favoris de la compétition. Une habitude qui ne les a pas toujours mis dans de bonnes situations. Face à la Russie qui prépare sa Coupe du Monde, les joueurs anglais devront faire voir qu’ils ne sont pas que des feux de paille. 

Dans leur livre “Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus” , Simon Kuper et Stefan Szymanski ont énuméré les sept étapes qui conduisent à la défaite de l’Angleterre lors des phases finales. Loin d’être anodin, ce chapitre est réellement intéressant pour connaître l’état d’esprit du pays de Shakespeare avant une Coupe du monde ou un Euro. Un état d’esprit qui prend une nouvelle fois la même tournure comme si l’Angleterre n’apprenait pas de ses erreurs.

Une jeunesse par défaut

Tout d’abord, les anglais doivent se sentir ultra-favoris de la compétition. Si les journaux de l’autre côté de la manche essaie de modérer l’enthousiasme national, on sent bien que la nouvelle génération (Kane, Alli, Rashford), l’euphorie Leicester (Vardy) et la dernière compétition internationale de Wayne Rooney poussent les Anglais à être optimistes avant le début de l’Euro. La jeunesse “insouciante” que l’on vend depuis de nombreuses années en France est entrain de prendre petit à petit le pas sur le pays du football. Roy Hodgson est d’ailleurs élogieux sur ce sujet, “Ces joueurs n’ont pas beaucoup d’expérience internationale. Mais cela ne fait pas tout. Ils ont faim, ils en veulent”.

D’abord reconnu comme une vraie chance de posséder des jeunes talentueux comme ceux cités plus haut, on constate également que si les jeunes font la une des journaux c’est parce que la génération “à maturité” n’est pas au niveau. Milner, Lallana, Cahill, Henderson, Sturridge ne sont pas les grands talents que l’on nous a vendus. Le buzz de la liste des 23 de Hodgson était Marcus Rashford, plus jeune joueur de l’Euro, si l’attaquant mancunien déchaîne les chroniques par sa précocité, il ne faut pas oublier qu’il ne sera, au mieux pour lui, qu’un joker.

Si les médias avaient regardé plus haut dans la liste, on aurait pu noter l’absence préjudiciable de Carrick. En effet, sans le joueur de Manchester, aucun joueur ne semble endosser ce rôle de rampe de lancement des offensives anglaises. Henderson ne semble plus progresser, Milner vieillit, Wilshere a joué 140 minutes cette saison (moins que Gourcuff et Diaby) et Alli malgré son jeune âge et son talent évident ne peut pas tout assumer tout seul. Défensivement, si l’Angleterre dispose d’un gardien performant depuis longtemps, le back-four comme on dit la-bas n’est pas des plus rassurants. Cahill et Smalling sortent d’une saison compliquée tandis que les latéraux, Walker en tête, ne sont pas plus sereins que Sagna ou Evra hier soir. Au final la sélection anglaise est celle qui possède la moyenne d’âge la moins élevée de la compétition avec un peu moins de 26 ans, et surtout 7 joueurs qui ont moins de 23 ans. Il ne reste plus qu’a voir si c’est un choix payant.

Une tactique à ajuster

Sans l’éclosion de Vardy cette saison, Roy Hodgson aurait aligné Rooney en soutien d’Harry Kane sur les pelouses françaises. L’arrivée de l’attaquant de Leicester est aujourd’hui un casse-tête évident pour le sélectionneur anglais. Lors des matchs amicaux, Hodgson a voulu aligner les trois joueurs ensemble dès qu’il le pouvait. Une solution qui n’a pas donné de réelle satisfaction au vu des prestations livrées. Sur les cinq matchs que la sélection anglaise a disputé en 2016, Roy Hodgson n’a pas aligné un 11 similaire, pire que ça, le schéma tactique change quasiment à chaque match. Face à un Portugal particulièrement friable derrière, l’association offensive n’a pas marché. Le rôle de Vardy (ailier / second attaquant ?) est assez flou. Harry Kane peine, malgré de bonnes statistiques, à impacter le jeu de son équipe comme il le fait en club. Enfin, l’impact de Rooney sur le jeu est assez relatif. Malgré sa technique de passe évidente, son rôle de numéro 10 est une sorte de nouveauté, comparé à son poste à Manchester.

Seulement Rooney, comme Evra en France, est intouchable, c’est le leader du vestiaire. Il assume d’ailleurs pleinement ce rôle : “Mener l’équipe dans un tournoi est un grand moment et je ne le prends pas à la légère. J’estime être assez bon pour le faire”. Assez bon oui, mais la décision ne devra pas venir uniquement de lui, Vardy et Kane devront être aussi décisifs devant le but que ce qu’ils l’ont été durant les matchs amicaux et cette dernière saison. Leur complémentarité devra sauter aux yeux dès ce premier match face aux Russes ce soir.

Un malaise dans les matchs à élimination directe

Cela fait cette année pile 50 ans que l’Angleterre n’a gagné aucun trophée international. Un demi siècle que le pays inventeur du football se morfond à chaque compétition. Soit l’Angleterre est éliminé par un ancien ennemi de guerre (Allemagne et Argentine en tête), soit ils perdent aux tirs au but. Une sorte de malédiction qui conduit à un constat affligeant pour la sélection anglaise. Depuis 1966 et la victoire en coupe du monde, l’équipe anglaise n’a accédé au dernier carré d’une compétition qu’en 1996, lors de l’Euro organisé chez elle. Pire que ça, si on prend en compte uniquement les championnats d’Europe auquel l’Angleterre a participé, elle n’a gagné qu’un seul match après les poules, c’était un quart de finale en 1996 (victoire aux tirs au but face à l’Espagne). Sinon c’est défaite face à l’Italie en 2012, au Portugal en 2004, élimination en poule en 2000 et 1992.

Pour redorer son image, l’Angleterre doit désormais aller loin dans une compétition, à condition que l’équipe ne soit pas, une nouvelle fois, un coup d’épée dans l’eau.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire