L’arrêt de la Ligue 1 pénalise-t-il les clubs français en Europe ?

Vendredi soir, la finale de la Coupe de la Ligue mettait aux prises le Paris Saint-Germain et l’Olympique Lyonnais. Pour les deux formations françaises encore en lice en Ligue des Champions, la rencontre avait des airs de répétition générale. Déjà qualifiés pour les quarts de finale, les Parisiens doivent affronter une surprenante équipe de l’Atalanta Bergame. Les Lyonnais, eux, n’ont pas encore leur billet pour le “Final Eight” de la C1. Il faut encore faire fructifier la victoire obtenue à l’aller face à la Juventus Turin (1-0) pour y parvenir.

Pour la dernière finale de l’histoire de la Coupe de la Ligue, les deux équipes ont livré une partie plutôt terne. Il a fallu attendre les tirs au but pour les voir se départager. Plus entreprenants, les Parisiens se sont montrés brouillons et peu en réussite face à un solide bloc rhodanien. Dangereux par à-coups, les Lyonnais n’ont quant à eux pas pris suffisamment de risques pour tirer profit de leurs contre-attaques. Au bout de la nuit et du suspense, c’est Keylor Navas qui a offert le trophée au PSG en détournant la tentative de Bertrand Traoré (0-0 a.p., 6-5 t.a.b.).

L’arrêt du championnat, un désavantage sur le papier

Contrairement à la plupart de ses voisins européens, la France a décidé l’arrêt pur et simple de son championnat à la suite du confinement. Le classement a donc été décidé en fonction du ratio de points obtenus par matchs joués. Logiquement, Paris a une nouvelle fois été sacré champion. En revanche, les Lyonnais se sont retrouvés bloqués en septième position. Une décision vécue comme une injustice pour les Gones et leur président Jean-Michel Aulas : sauf victoire en C1, ce qui semble relativement improbable, Lyon ne disputera pas de Coupe d’Europe l’année prochaine. Une première depuis 24 ans.

Opposé à l’arrêt du championnat, Aulas a trouvé un argument de poids pour défendre sa position. D’après lui, l’absence de compétition empêche les clubs français de se préparer pour la suite de la Ligue des Champions. Outre une poignée de matchs amicaux, il n’y a eu que deux rencontres officielles en France depuis le déconfinement : les finales de Coupe de France (Paris – Saint-Etienne, 1-0) et de la Ligue. Soit deux matchs pour les Parisiens, et un pour les Lyonnais. En comparaison, les équipes italiennes en ont disputé plus d’une douzaine depuis la reprise. De quoi mieux se remettre en jambes et retrouver des automatismes.

Paris, l’inquiétude entre imprécisions techniques et blessures

La finale de vendredi n’aura pas vraiment rassuré les Parisiens, incapables de venir à bout de l’OL en 120 minutes. Certes, Marco Verratti s’est montré à son aise, faisant étalage d’une belle palette technique. Certes, Thiago Silva, Marquinhos et Presnel Kimpembe ont donné des gages de sérénité en défense, tout comme Keylor Navas. En revanche, on n’a pas encore retrouvé le Neymar flamboyant d’avant le confinement. Le Brésilien, très volontaire, a souvent manqué de précision dans ces gestes. Un reproche inhabituel que l’on peut aussi faire à Angel Di Maria. “El Fideo” semble à court de rythme, et peu lucide dans le dernier geste.

Le manque de compétition agit sur les organismes, moins habitués à un effort physique soutenu et récurrent. Ainsi fragilisés, Kylian Mbappé et Thilo Kehrer sont sortis sur blessure après des contacts musclés lors de la finale de Coupe de France. Le premier pourrait même ne pas être rétabli pour affronter l’Atalanta. Juan Bernat, Layvin Kurzawa et Abdou Diallo fréquentent eux aussi l’infirmerie plus ou moins régulièrement ces dernières semaines. Ces pépins concernent pour beaucoup les latéraux, et obligent parfois Thomas Tuchel à recourir aux “plans C”. Sur le côté gauche, le jeune Mitchell Bakker (20 ans) s’est montré à la hauteur de son baptême du feu. Mais l’aligner en quarts de finale de C1 revient à prendre un risque énorme.

Lyon, une solidité collective et défensive rassurante

Du côté de Lyon, les choses semblent quand même plus encourageantes. Certes, les Gones ont beaucoup subi vendredi et n’ont pas pu empêcher le sacre parisien. Ils ont cependant montré plus d’aisance collective qu’un PSG qui ne mise que sur la connexion Neymar – Verratti. Houssem Aouar, Bruno Guimaraes et Maxence Caqueret ont eu un volume de jeu à la hauteur de l’événement. Leur entente au milieu a longtemps retardé l’échéance. Même avec une équipe coupée en deux, l’OL a pu se montrer dangereux en contre-attaque.

A l’heure d’affronter la Juventus de Paulo Dybala et Cristiano Ronaldo, les protégés de Rudi Garcia peuvent aussi se rassurer. Parfois friable cette saison, la charnière centrale lyonnaise Marcelo – Jason Denayer a résisté aux assauts adverses. Mauro Icardi, pris au piège, n’a pas vraiment eu d’occasion à se mettre sous la dent. Son remplaçant Pablo Sarabia n’a pas plus trompé la vigilance de l’arrière-garde rhodanienne.

Recrue la plus chère de l’histoire de l’OL, Joachim Andersen a souvent déçu cette année. Mais pas à l’heure de remplacer Marcelo en fin de rencontre. Le Danois a tenu la barre, paraissant plus complémentaire de Denayer que jamais. Replacé latéral gauche, Maxwel Cornet se révèle quant à lui une bonne surprise à ce poste. Autant de performances qui feraient presque oublier le retour raté de Memphis Depay après sept mois d’absence. Tout juste de retour de blessure, le Néerlandais n’a pas pesé en attaque. Il s’est aussi montré en manque de jus.

Les équipes italiennes, réellement avantagées par la reprise de la Serie A ?

Vaut-il mieux être à court de compétition à l’heure d’attaquer le “Final Eight”, ou disputer des rencontres tous les deux jours ? D’après Maurizio Sarri, la réponse à cette question n’est pas si évidente. L’idée d’une nécessaire préparation physique est communément admise, mais elle ne prend pas en compte la fatigue engendrée par le cumul des rencontres. Et ce après une interruption de deux mois, qui plus est. Pour l’entraîneur de la Juventus, l’arrêt de la Ligue 1 serait plutôt un avantage pour l’OL.

D’autant plus que les Turinois peinent à retrouver leur vrai niveau depuis le déconfinement. Dybala (incertain pour le match face à Lyon) et Ronaldo sont un peu les arbres qui cachent la forêt cette saison. Bien aidés par leur gardien Wojciech Szczesny, les Juventini devront montrer un autre visage pour renverser une situation défavorable. Pas gagné, donc, quand on voit les difficultés rencontrées pour s’adjuger le scudetto.

Même si le PSG montre quelques signes de faiblesse, l’Atalanta n’ira pas non plus se pavaner pour autant. Longtemps en verve offensivement, les Bergamasques commencent à caler. La faute à la fatigue cumulée et une profondeur de banc relativement limitée. Hier soir, ils ont perdu leur “finale” pour la deuxième place du championnat face à l’Inter (0-2), mais aussi leur gardien Pierluigi Gollini, blessé. L’attaquant slovène Josip Ilicic, auteur d’un quadruplé face à Valence en huitièmes, devrait également déclarer forfait pour la rencontre face à Paris, en raison de problèmes personnels. Le ciel n’est donc pas si sombre pour les clubs français.

A propos de Benjamin Mondon 276 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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