Le Brésil fin prêt pour sa rédemption

Quatre ans après l’incroyable naufrage sept buts à un face à son public, la Seleção se présente à la Coupe du Monde pleine de confiance. Les Brésiliens ont survolé la difficile phase de qualifications de la zone Amérique du Sud et endossent logiquement le statut de favori avant le début de l’édition russe. Il reste pourtant encore quelques choix cruciaux à effectuer pour le sélectionneur Tite.

Le désastre du Mineiraço a été largement commenté par les observateurs, mais les événements ayant suivi l’élimination du Brésil en Coupe du Monde l’ont moins été. Deux éditions de la Copa America se sont succédées, où le Brésil a déçu de nouveau ses supporters. L’élimination en quarts de finale face au Paraguay en 2015, marquée par un penalty concédé par Thiago Silva pour une main flagrante, renforça l’analyse d’une équipe sans leader ni mental. Le constat d’un manque de talent dans le secteur offensif en dehors de Neymar fut également confirmé lors de l’édition du Centenario en 2016. Privé de sa star qui privilégia les JO de Rio, le Brésil échoue dès les phases de poule, incapable de battre l’Equateur et le Pérou. Cette désillusion marque la fin de l’ère Dunga, très critiqué notamment pour ses choix d’effectif. C’est l’entraîneur des Corinthians Tite qui lui succède, auteur de beaux succès sur la scène nationale et continentale. Peu imaginent alors qu’il va totalement changer le visage de la Seleção.

Une remise en question aux résultats exceptionnels

Lorsque le vainqueur de la Coupe du Monde des clubs 2012 arrive à la tête du Brésil, la sélection n’est que sixième de sa poule de qualification pour la Coupe du Monde. La Seleção va alors enchaîner neuf victoires consécutives pour se hisser largement en tête de la zone Amérique du Sud. Le Brésil de Tite totalise 16 victoires, 3 matchs nuls et une seule défaite 1-0 lors d’un amical de juin face à l’Argentine. Comment expliquer un tel retournement de situation ? Si certains talents individuels se sont affirmés en deux ans, comme Gabriel Jesus, il n’y a pas eu non plus de renouvellement générationnel massif. Le talent était en réalité bien présent dans le vivier auriverde. Tite a sû l’exploiter.

Une chose saute aux yeux lorsqu’on observe l’évolution dans le jeu : la solidité retrouvée de la sélection. Le bilan statistique est impressionant, le Brésil n’ayant encaissé que cinq buts en vingt matchs. Certes, l’imaginaire du joga bonito ne nécessite pas une défense impassable pour que le Brésil brille. Mais la catastrophe de 2014 a conduit à une remise en question du football brésilien, où celui-ci a compris qu’il avait besoin, malgré ses talents offensifs, d’être cohérent tactiquement pour gagner des titres. Après tout, le Brésil de 1958 a survolé le mondial également par sa défense, n’encaissant aucun but jusqu’aux demi-finales. Cette performance avait été permise par l’innovation tactique, avec l’apparition de la défense à quatre. Tite l’a bien compris et a mis en place un schéma tactique prônant l’équilibre défensif, suite à un voyage initiatique en Europe.

Le milieu à trois constitué de Fernandinho, Renato Augusto et Paulinho – voir Casemiro – a imposé un impact physique formidable à ses adversaires. Il permet au Brésil de moins exposer sa ligne défensive, puisque la récupération se fait au milieu de terrain. Carlos Mennoti louait en ces mots le travail de Tite suite à une victoire 3-0 face à l’Argentine : « Il a amené une ligne défensive vingt mètres plus haute et apporté une cohésion d’équipe ». Dans l’utilisation du ballon, le football de Tite est résolument moderne avec le soucis de relancer court. Le travail de recupération du milieu de terrain est également utilisé pour la recherche rapide de verticalité afin de servir un trio offensif flamboyant.

Retrouver la solidité par le collectif

Ainsi, la fragilité défensive du Brésil observée ces dernières années n’était pas tant liée au manque de mental de certains des cadres. Si le contexte émotionnel de la Coupe du Monde au Brésil a sans doute joué un rôle, le cas de Thiago Silva amène à prendre en compte la dimension collective du problème. Déclaré indésirable en sélection par Dunga, le capitaine du PSG a été progressivement réintégré par Tite. Alors que la charnière Miranda-Marquinhos était solidement installée, le sélectionneur lui a redonné peu à peu du temps de jeu. Il semble désormais indiscutable et a demontré une grande solidité lors des derniers matchs amicaux face à l’Allemagne et la Croatie. Au sein d’un système plus cohérent, Thiago Silva est mis en confiance et peut à nouveau exprimer ses indéniables qualités de défenseur et de leader.

Le Brésil dégage ainsi une grande sérénité et donne l’impression de pouvoir maitriser froidement chacun de ses adversaires. Le 4-1-4-1 de Tite a fait ses preuves – le Timao qu’il utilisait aux Corinthians – mais il doit pouvoir montrer une capacité d’adaptation lors de la Coupe du Monde. La Seleçao va devoir se frotter à des footballs différents de ceux rencontrés en Amérique du Sud. Le dernier match contre la Croatie fut un avertissement précieux, le pressing croate ayant bloqué la relance brésilienne en première mi-temps. Pour régler ce potentiel problème, Tite dispose d’une large palette de choix. Au milieu, si Paulinho apparaît indispensable de par son rôle de box-to-box, Renato Augusto semble perdre du terrain par rapport à Casemiro et Fernandinho. Ce dernier a en effet développé sa palette technico-tactique sous les ordres de Guardiola et peut désormais occuper un rôle de régulateur. De même, Fred le nouveau milieu des Red Devils a démontré au Shaktar de grandes capacités dans le jeu de passes et la percussion. On peut s’interroger sur l’absence de Fabinho ou Luis Gustavo de la liste, qui auraient pu apporter une sérénité à la relance en position de sentinelle. Les jeux étaient faits.

Les ultimes doutes de Tite

Afin de s’adapter à l’adversaire, on peut même envisager un changement de schéma tactique du Brésil face aux blocs bas. Face à la Croatie, l’entrée de Neymar a vu le Brésil s’organiser en 4-2-3-1 avec un double pivot Casemiro-Paulinho. Willian réalisant encore une grande performance sur l’aile droite, ce schéma permet d’intégrer en même temps Coutinho dans une position plus axiale. Mais face aux gros adversaires son intégration dans le 4-1-4-1 en tant que meneur de jeu en retrait interroge. S’il a effectué des matchs dans cette position à Barcelone, il ne semble pas avoir les capacités défensives pour effectuer les tâches nécessaires à ce rôle dans le schéma de Tite. Dernier casse-tête pour le sélectionneur, la question du numéro neuf. Si Gabriel Jesus s’est imposé comme titulaire à ce poste, la saison exceptionnelle de Roberto Firmino avec Liverpool pourrait bouleverser la hiérarchie. Les deux attaquants savent décrocher pour jouer avec leurs partenaires, mais Firmino est peut être plus à même d’être le liant de l’attaque auriverde. En effet, le schéma tactique de Liverpool ressemble à celui du Brésil avec un milieu qui récupère haut et un trio offensif recherchant la verticalité. Son but à Anfield dimanche suite à son entrée lui a peut être fait marquer des points…

S’il en est un qui sera bel et bien indiscutable, c’est Neymar. Pour son retour de blessure, le joueur du PSG a inscrit un but exceptionnel face aux Croates. Sans doute surmotivé après une saison frustrante, le Brésilien peut confirmer qu’il fait partie des plus grands en portant son équipe vers un triomphe cet été. Cette fois il pourra compter sur un collectif de qualité et des individualités au top de leur forme. Oui, la Seleção semble plus que jamais proche de sa rédemption. Et d’une sixième étoile sur le maillot.

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