Le désastre annoncé de Toulouse

Le 15 août 2007, le Toulouse Football Club écrivait l’une des pages les plus prestigieuses de son histoire. Un troisième tour préliminaire de Ligue des Champions, avec la réception de Liverpool, finaliste de l’édition précédente, au Stadium. Battus sur la plus petite des marges (0-1) à l’aller, giflés (4-0) au retour à Anfield, les Violets ne feront pas long feu en C1 pour leur seule participation. Ni même en Coupe de l’UEFA, où ils ont quitté la compétition dès les poules. Cependant, à cette époque, Toulouse était l’une des plus redoutables équipes de Ligue 1. Avec Johan Elmander, André-Pierre Gignac, Pantxi Sirieix ou encore Nicolas Douchez, le TFC faisait peur.

13 ans après sa troisième place en championnat, le “Téf'” quitte l’élite. Par la petite porte, avec une dernière place au classement. Et sans avoir pu défendre ses chances de maintien, en raison de l’arrêt du championnat et de l’annulation des dix journées restantes. La décision fait enrager Olivier Sadran, président du TFC : ce dernier envisage de porter un recours. Mais la donne aurait-elle été vraiment différente si Toulouse avait pu défendre ses chances sur 38 journées ? C’est peu vraisemblable. Avec seulement 13 points au compteur et 14 unités de retard sur le 18ème, Nîmes, le TFC édition 2019/2020 est l’une des plus faibles équipes de l’histoire de la première division.

Un déclin en deux parties

De la Ligue des Champions à la relégation, il s’en est passé, des choses, en 13 ans. Un lent déclin, avec une descente progressive dans les profondeurs du classement. Si l’on prête attention à cette évolution, représentée par le graphique ci-dessous, on se rend toutefois compte qu’on peut distinguer deux périodes. Une première entre 2006 et 2014, où le TFC ne quitte la première moitié de tableau que deux fois. Et depuis 2014, une seconde où les Violets sont installés durablement dans le bas de classement pour jouer le maintien.

A quoi correspond donc la rupture de 2014 ? D’abord, sur le plan des transferts, à plusieurs départs. Ceux du roc en défense centrale Aymen Abdennour pour Monaco, de Serge Aurier au PSG, le retour de prêt de Clément Chantôme à Paris et la fin de contrat de l’expérimenté Jonathan Zebina. Pour les remplacer, le TFC a fait appel à des joueurs d’avenir. Cependant, ces joueurs d’avenir ont pratiquement tous été de mauvaises pioches : Dragos Grigore, Aleksandar Pesic, William Matheus ou encore Tongo Doumbia. La transition a donc été ratée.

Au-delà de l’impossibilité pour Toulouse de remplacer ses cadres par autre chose que des joueurs moyens, il y a un autre problème. Avec la domination de la Ligue 1 par le PSG version QSI, l’attractivité du championnat a amené beaucoup d’équipes de haut de tableau à se renforcer pour séduire les investisseurs étrangers. C’est le cas par exemple de l’OGC Nice. Chez les Violets, la donne est différente.

La gestion Sadran en cause

Pour cause, Olivier Sadran n’est pas prêt à faire un effort pour valoriser le Téfécé. Est-il lassé par le club, pour lequel il dépensait pourtant sans compter dans les années 2000 ? Préfère-t-il garder son pécule pour aider sa fille, championne d’équitation ? Ou pour son groupe Newrest, spécialisé dans la restauration dans les transports, et enfoncé davantage dans la crise avec la diminution du trafic pendant le confinement ? Nul ne le sait, tant Sadran est un personnage mutique adepte du plus grand silence.

Dans les travées d’un Stadium qui sonne de plus en plus creux, son nom a souvent été sifflé. Les appels à la démission se sont multipliés. Cela ne l’empêche pas d’assister depuis les tribunes à l’échec de son club, tel Néron contemplant l’incendie de Rome qu’il avait lui-même provoqué. Pas motivé pour investir mais pas décidé à brader le Téfécé, là est le vrai problème d’Olivier Sadran. Convaincu de l’attractivité du club, de ses infrastructures et de la métropole toulousaine, en pointe dans le secteur aéronautique, Sadran n’est pas fermé à une vente du TFC. Ses exigences freinent cependant un possible rachat. Une récente tentative de deux investisseurs sino-américains semble, depuis la relégation, compromise. Un échec qui conforte Sadran dans sa position de boss.

Un attentisme qui a de graves conséquences sportives

Sur le plan sportif, Toulouse paie au prix fort l’attentisme du patron. Peu enclin à s’offrir des joueurs confirmés, Sadran a toujours préféré miser sur des entraîneurs experts de la lutte pour le maintien. Alain Casanova, Pascal Dupraz, mais aussi les intérimaires maison Mickaël Debève et Dominique Arribagé ont longtemps retardé l’échéance. Cette année, Casanova puis Antoine Kombouaré ont failli à leur mission. Le successeur de Kombouaré, Denis Zanko, ancien coach de la réserve, n’a pas non plus pu rectifier le tir.

Malgré tout, à Toulouse, l’entraîneur est un peu l’arbre qui cache la forêt. Une forêt qui correspond à un effectif relativement pauvre en talent. Certes, le jeune du centre de formation Bafodé Diakité (19 ans) a été, en défense centrale, une grande satisfaction. Certes, le capitaine Max-Alain Gradel surnage dans le secteur offensif. Mais nombreuses sont les déceptions. Qu’il s’agisse de Yaya Sanogo, de Baptiste Reynet, de William Vainqueur ou du buteur grec Efthymis Koulouris (recruté au PAOK Salonique), tous ont déçu. Au fil des mercatos, les meilleurs éléments n’ont pas été remplacés. Même sur le papier, la relégation de Toulouse a semblé inévitable.

Quel futur pour Toulouse ?

Dans ses jeunes années, Olivier Sadran était comparé à Jean-Michel Aulas. Lui aussi a investi ses deniers personnels pour faire monter son équipe en D1 et l’aider à tutoyer les sommets. Lui aussi a pris en main les manettes de la politique sportive du club. L’analogie avec Aulas s’arrête pourtant là. Lyon a un public, un investissement permanent, une visibilité et des infrastructures de formation que les supporters toulousains ne pourront que jalouser.

Le retour de bâton tardait à venir, mais il a eu lieu. Ce choc est sûrement nécessaire pour qu’Olivier Sadran comprenne l’urgence d’injecter des liquidités dans le Téfécé. Pour remonter, il n’aura pas le choix, malgré les difficultés actuelles de Newrest. Depuis quelques années, la Ligue 2 est une sorte de purgatoire dans lequel végètent plusieurs anciennes écuries de première division pourtant promises à une remontée immédiate. Nancy, Auxerre, Sochaux, Valenciennes ou encore Caen peinent ainsi à s’en extirper. Sadran, qui a récupéré les Violets en National en 2001, devra éviter le retour à la case départ.

A propos de Benjamin Mondon 272 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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