Le milieu de terrain selon Ancelotti

Triple vainqueur de la Ligue des Champions avec l’AC Milan et le Real Madrid, Carlo Ancelotti s’est imposé comme l’un des plus grands entraîneurs du continent européen. Le Maestro pose cet été ses valises du côté de Munich, où il compte bien appliquer les recettes qui ont fait son succès. Clé de voûte de ses systèmes de jeu : une conception particulière du milieu de terrain.

bayern ancelotti

Milieu relayeur au sein du grand Milan d’Arrigo Sacchi, Carlo Ancelotti sait ce que représente le milieu de terrain pour une équipe. Son football offensif a souvent cherché une rampe de lancement en lui, un compartiment du jeu capable d’alimenter les attaquants, tout en étant efficace dans le replacement défensif. Ancelotti s’oppose à un Guardiola donnant la responsabilité de la créativité à son milieu, à des joueurs tels que Iniesta ou Xavi. Les génies de l’Italien se nomment Rui Costa, Rivaldo, Kaka ou Ronaldo. Il s’agit alors de les servir dans les meilleures conditions. Pour cela un système traverse ses clubs entraînés : le 4-3-3. Qu’il soit en sapin de nöel, avec un numéro 10 ou à plat, il a toujours pour base trois hommes chargés de l’équilibre de l’équipe. Toutefois Ancelotti reste un pragmatique ne souhaitant pas se limiter à un système de jeu, comme il le confiait à So Foot en 2013 : “Un entraîneur doit avoir la capacité de construire un système de jeu en fonction des meilleures caractéristiques de ses joueurs, et non l’inverse. Moi, j’ai commencé à utiliser le système en arbre de Noël à l’époque où j’avais Rui Costa et Rivaldo. Pour ne laisser aucun des deux sur le banc de touche“.

De la théorie à la pratique…

Ainsi Ancelotti a souvent joué de la complémentarité entre le 4-4-2, qu’il juge plus défensif, et le 4-3-3 pour bâtir ses équipes. Son système à trois milieux de terrain possède les mêmes caractéristiques à Milan, Madrid ou Londres : un milieu défensif chargé de la récupération et de la première relance, un milieu relayeur possédant une technique au-dessus de la moyenne et un joueur au profil de box-to-box capable aussi bien de se projeter que de mener un pressing intense. Bien sûr entre le modèle théorique et l’application sur le terrain il y a un pas, qui dépend de l’effectif à la disposition du coach italien. S’il peut à Milan replacer Pirlo en tant que meneur de jeu reculé, il doit à Chelsea se contenter des caractéristiques défensives d’Obi Mikel. C’est le poste de box-to-box qui s’avère le plus crucial dans le système de jeu d’Ancelotti, tout en étant le profil de milieu le plus rare. Il peut compter sur Clarence Seedorf au Milan en 2003, Michael Ballack à Chelsea en 2010, mais n’arrive pas à appliquer ce schéma durant son mandat au PSG. Les blessures répétées de Motta, l’arrivée récente de Verrati et le profil encore trop défensif de Matuidi l’empêchent de mettre en oeuvre un milieu à trois aujourd’hui alléchant. Ce sera finalement un 4-4-2 avec Javier Pastore dans le rôle du piston.

Un idéal de jeu enfin défini ?

Passé son licenciement de la capitale parisienne, Ancelotti débarque au Real Madrid. Il y met en place le milieu de terrain le plus abouti de sa carrière et remporte la Ligue des Champions. Au casting : Xabi Alonso dans le rôle du milieu défensif, Modric à la baguette et Di Maria à la percussion. Ce dernier possède toutes les caractéristiques que recherche Ancelotti, c’est à dire une capacité à presser durant tout le match et une habileté à se projeter vers l’avant qui en font un danger permanent. Ce n’est pas un hasard si Di Maria est le meilleur joueur de la finale face à l’Atletico et que son départ la saison suivante – combiné à celui de Xabi Alonso – plongera le milieu madrilène dans le doute. Kroos n’étant pas un pur milieu défensif et Isco n’ayant pas la verticalité de Di Maria, le Real Madrid perd en effet de sa spontanéité l’année suivante. Les phases de possession remplacent les contre attaques tranchantes de la BBC, au désarroi d’Ancelotti. Preuve qu’il ne conçoit pas le milieu de terrain comme une finalité.

Prochaine étape : le Bayern Munich

Après une année sabbatique, le Maestro débarque au Bayern Munich. Il aura pour tâche de faire mieux qu’un certain Pep Guardiola, passé à trois reprisés à côté du titre suprême européen. L’effectif bavarois a vu le seul Matt Hummels être recruté cet été et le discours d’Ancelotti se veut conciliant : “Pep a fait un super boulot à Munich. Je ne veux pas tout changer. Je vais travailler sur ce qu’il a construit”. Pourtant la marque de l’ancien international italien se fait sentir. Le milieu Xabi Alonso-Thiago-Vidal aligné face à Dortmund en supercoupe d’Allemagne n’est pas sans rappeler celui ayant fait son succès à Madrid, et est porteur de grands espoirs. Décisif à de nombreuses reprises la saison passée, Arturo Vidal possède un profil très proche de celui d’Angel Di Maria. Tandis que la finesse technique de Thiago, si elle est orientée vers davantage d’efficacité dans la construction du jeu, peut faire de l’Espagnol l’un des tout meilleurs relayeurs au monde. Xabi Alonso quitte lui sa place au sein de la défense à trois de Pep pour retrouver sa position de sentinelle. Ajouté à ce milieu une défense monstrueuse sur le papier et un trio offensif Muller-Lewandowski-Ribéry qui rappellera aux fans bavarois le football vertical prôné par Jupp Heynckes, et vous obtenez une équipe qui semble avoir tout pour aller au bout en Europe. L’occasion pour le Maestro de montrer qu’il fait bien partie de ce qui se fait de mieux parmi les entraîneurs actuellement.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire