Les leçons de la première conférence de Bielsa à Leeds

Papinade a regardé pour vous la première conférence de presse de Marcelo Bielsa, le nouvel entraineur de Leeds United. Comme à son habitude, le technicien argentin n’a pas été avare dans ses réponses aux journalistes. Retour sur les principaux enseignements de cet échange.

 Sur ses objectifs à Leeds et son jugement sur l’effectif

Tout en sagesse, Marcelo Bielsa a jufé qu’il est “imprudent de promettre quelque chose pour lequel on n’a aucune certitude”. Bien qu’une promotion en Premiere League soit un résultat auquel “il est impossible de ne pas rêver”, il estime que “les clubs avec l’histoire de ce club savent mesurer le succès ou l’échec à la fin d’une saison”.

Autre constante chez l’ancien entraîneur de Bilbao, il a visionné les 51 matchs officiels de la saison passée ainsi que les amicaux. Il en a tiré une opinion sur chaque joueur, bien qu’il admet qu’il lui manque encore un “contact au jour le jour” avec chacun. Selon lui, l’effectif a ainsi besoin d’être renforcé à quatre ou cinq postes. De même, il estime que celui-ci est composé de 15 joueurs en trop. Il souhaite travailler avec un groupe restreint, où chacun est assuré d’avoir du temps de jeu. En effet, on sait que Bielsa n’est pas un adepte du turn-over. Conscient de la durée importante de la saison en Championship, il juge pouvoir compter sur quelques jeunes du club pour compléter l’effectif en cas de besoin. On sait que la fatigue accumulée de la saison avait participé à la perte de vitesse de l’OM de Bielsa dans la course au podium…

Sur le recrutement et sa relation avec Victor Orta

Le directeur sportif de Leeds United est une personnalité controversée chez les supporters. Certains d’entre eux réclamaient dans les tribunes son départ la saison passée, après qu’il est procédé à un grand ménage avec l’arrivée de treize nouveaux joueurs. Passé par Séville et Elche, il possède un réseau important en Espagne qui pourrait plaire à Bielsa. Le Teesside Live rapportait une des opinions de Orta sur la place du coach dans la hiérarchie : “C’est difficile pour un coach de regarder 3 000 matchs par an, il a besoin d’une personne lui fournissant des informations”. Lorsqu’on connait la passion de Bielsa pour la vidéo et à quel point il aime avoir la main sur le recrutement, on s’interroge sur la cohabitation entre ces deux personnalités. El Loco a clarifié les choses de cette manière : “Je reçois des noms de Victor Orta, je donne ensuite mon opinion sur eux. Si nous arrivons à un accord et que nous sommes dans le même état d’esprit, la procédure commence alors”. Diplomate.

Dès lors, quel est le profil de joueur recherché par Bielsa ? Il a livré cinq caractéristiques qu’il valorise chez un footballeur : la technique, l’intelligence de jeu, le mental, la force physique et le courage, ainsi que l’esprit de compétition. Il précise toutefois qu’il s’agit d’une “description idéale”, qu’aucun joueur ne remplit complètement.

Sur le rôle de l’entraîneur

Interrogé sur les difficultés que pourraient provoquer son absence de maîtrise de l’anglais, Marcelo Bielsa s’est expliqué sur la manière dont il communique avec ses joueurs. Pour lui, l’entraîneur est une passerelle entre l’émotion et le joueur : “Je pense que le facteur le plus important pour faire jouer les joueurs est l’émotion, et si vous parlez sincèrement, les mots et la manière dont vous vous exprimez va de paire avec l’activation de ces émotions”. Il estime ainsi que l’absence de maîtrise de la langue est dommageable, mais qu’il y a d’autres moyens pour transmettre cette émotion : “Je travaillais à Bilbao qui partage le langage mais possède une culture différente de l’Espagne, la France c’est un langage et une culture différente mais je pense avoir réussi à m’expliquer dans ces deux pays et à trouver l’essence qui motive les joueurs”. A Leeds, il compte sur les “valeurs et la tradition” du football anglais pour se faire comprendre.

Un autre point intéressant de cette conférence fut celui relatif à son influence sur Pep Guardiola et Mauricio Pochettino. Issu de la tradition du Menottismo argentin, soit la quête du beau jeu au-delà de la recherche pure du résultat, Bielsa a influencé idéologiquement et tactiquement les deux techniciens de Premiere League selon leurs propres dires. Livrant une nouvelle leçon de professeur, Bielsa a affirmé qu’il n’aime pas la fausse modestie qui revient selon lui “à dire quelque chose afin que l’interlocuteur tire une fausse conclusion de la conversation”. Ainsi, il estime que Guardiola est le meilleur coach au monde, ayant fondé ses propres idées et un style unique tout comme Pochettino : “J’ai étudié leur style en profondeur. Je ne suis pas juste humble ou modeste”.

Sur son expérience en France

Bielsa est revenu à l’occasion de cette conférence sur son expérience en France, qu’il juge profondément contrastée. Il a une nouvelle fois déclaré son amour pour l’Olympique de Marseille : “Marseille était une expérience inoubliable pour moi. Les jours de match au Stade Vélodrome étaient l’une des plus belles expériences que le football peut offrir”. Au contraire, son expérience au LOSC fut le “pire moment” de sa carrière. Bielsa s’est confié en ces termes : “Mon estime de moi en tant qu’entraîneur a souffert plus qu’à n’importe quel moment de ma carrière”. Pas tant en raison de ses résultats, mais du fait qu’il n’est joué que “20% des matchs de la période pour laquelle il était en contrat”.

Sur l’Argentine

Enfin, l’autre aspect intéressant de cette conférence fut le point de vue de Bielsa sur le début de compétition de l’Albiceleste à la Coupe du Monde. Il estime que la sélection argentine a passé le plus dur : “Je pense que nous allons voir le meilleur de l’Argentine à partir de demain. Je crois sincèrement en la qualité des joueurs, et en particulier en la qualité de meneur de Messi”. Communication bienveillante envers Sampaoli ou réelle conviction ? En tout cas, le match face au Nigéria validera ou non ce constat.

 

 

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