L’élégant Fernando Redondo

Il est des joueurs qui marquent leur temps mais qui, à la fin de leur carrière, tombent dans l’oubli. Non pas qu’ils aient manqué de talent ou de titres. On oublie souvent que les footballeurs sont aussi des hommes, et que certains aspirent davantage à leur tranquillité que d’autres. Fernando Redondo est de ceux-là. Footballeur mythique des années 1990, icône du Real Madrid, l’élégant Redondo reste pourtant méconnu des jeunes générations. Il n’en était pas moins un des plus grands de son époque.

Une progression lente mais régulière…

Né en 1969 en Argentine, dans la banlieue de Buenos Aires, Redondo intègre le centre de formation d’Argentinos Juniors en 1980. Un club tout juste quitté par celui qui va devenir une légende argentine, Diego Maradona. Bercé par les exploits du Pibe de Oro, le jeune Redondo se refuse pourtant à devenir un Maradona bis. Il a ses propres qualités, et son aisance balle au pied le fait rapidement sortir du lot. Professionnel dès l’âge de 16 ans, il apprend pourtant à mettre cette aisance au service d’un collectif qui pense aussi bien à la défense qu’à l’attaque. Positionné en milieu défensif, Redondo fait des merveilles à la relance.

Son talent ne passe pas inaperçu aux yeux des recruteurs européens. A l’été 1990, il est transféré à Tenerife, en première division espagnole. Sa première saison est marquée par de longues blessures et une adaptation difficile, Redondo étant plutôt casanier et ayant une forte personnalité. L’arrivée de Jorge Valdano sur le banc de Tenerife en 1991 va tout changer. Entre le coach argentin et son compatriote, c’est le coup de foudre immédiat. Avec Valdano, Redondo devient l’un des meilleurs joueurs du championnat. Son aisance balle au pied, sa vision du jeu et ses déplacements imprévisibles permettent à Tenerife de progresser. Le club passe de la lutte pour le maintien à la participation à la Coupe de l’UEFA.

… qui mène Redondo au succès à Madrid

En 1994, Valdano est recruté par le Real Madrid. Dans ses valises, il amène Redondo. L’Argentin va passer de bon joueur de championnat à star du football international. Il aide d’abord le Real à remporter deux titres de champion d’Espagne (1995, 1997), avant de briller en Ligue des Champions. Une compétition qu’il remporte deux fois : la première en 1998, puis la seconde comme capitaine en 2000. Le départ de Valdano en 1996 ne remet pas en cause son statut de joueur-phare de l’équipe. El Principe (Le Prince) saura s’adapter aux coachs qui défileront sur le banc madrilène : Fabio Capello, Jupp Heynckes, Guus Hiddink et enfin Vicente Del Bosque, pour qui il a une estime particulière.

Balle au pied, l’élégance de Redondo en fait l’un des plus beaux joueurs de son époque. Chouchou du public de Madrid, il marque les esprits en montrant régulièrement l’étendue de sa palette technique. Cette palette l’aide à révolutionner le poste de numéro 6, d’ordinaire réservé à des joueurs physiques, violents et peu techniques. Son plus célèbre dribble intervient en quarts de finale de la Ligue des Champions 2000, face au tenant du titre Manchester United. D’une talonnade inattendue, il effectue un grand pont sur Henning Berg avant d’offrir un but à Raul.

Mais Redondo est également une pièce maîtresse dans le dispositif du Real. Son abnégation et ses efforts défensifs sont essentiels. Aux côtés de Christian Karembeu, Clarence Seedorf puis Steve McManaman, il aide son équipe à passer de la défense à l’attaque.

Une fin de carrière gâchée par les blessures

Toutes les bonnes choses ont pourtant une fin. A l’été 2000, Florentino Pérez a de nouvelles ambitions pour le Real. Le président souhaite recruter Luis Figo, et cherche des liquidités pour réaliser le transfert. Il décide alors de sacrifier son capitaine, pas vraiment chaud pour partir. Redondo est malgré tout poussé vers la sortie : il s’engage alors au Milan AC, pour un montant de 18 millions d’euros.

Une somme colossale pour l’époque, mais que l’Argentin ne justifiera jamais. L’intensité physique du Calcio n’est pas la même qu’en Liga. Affaibli par des entraînements plus durs qu’à l’accoutumée, Redondo se rompt les ligaments croisés du genou droit au cours de la pré-saison, en août 2000, sur un tapis roulant. La suite est un long calvaire, avec des interventions et des séances de chirurgie à n’en pas finir. Durant ces séances, il doit tendre les jambes vers le haut, se faire vider de son sang et injecter des produits pharmaceutiques. Mais Fernando garde sa classe, en refusant de toucher son salaire durant sa période d’invalidité.

Plus de deux ans après son transfert, Redondo joue enfin son premier match pour Milan en décembre 2002. Entre temps, un jeune Andrea Pirlo s’est imposé au poste de regista. Dommage pour Redondo, qui ne retrouve pas son niveau d’avant et qui est condamné à jouer les seconds rôles. Maigre consolation, il remporte à nouveau la C1 avec le Milan en 2003. L’épopée européenne lui permet de revenir à Santiago-Bernabéu, où il est ovationné par les fans madrilènes. A l’été 2004, Redondo met fin à sa carrière.

Redondo et l’Albiceleste, je t’aime, moi non plus

Figurant parmi les meilleurs joueurs de son époque, Fernando Redondo n’a pourtant obtenu que 29 sélections avec l’Argentine entre 1992 et 1999. Un chiffre étonnamment peu élevé, qui s’explique par les rapports compliqués entre le milieu de terrain et ses différents sélectionneurs.

En 1989, alors à Argentinos Juniors, Redondo est convoqué avec l’Argentine pour un stage de préparation au Mondial 1990. Il décline la sélection, justifiant son refus par le besoin de préparer un examen de sciences économiques. En réalité, il préfère se mettre à disposition des clubs européens qui lui font la cour. Le sélectionneur argentin de l’époque, Carlos Bilardo, est fou de rage. Il ne convoquera plus jamais Redondo.

Au lendemain du Mondial 1990, Bilardo est remplacé par Alfio Basile. Celui-ci rappelle Redondo, qui devient un élément-phare de l’Albiceleste. L’Argentine remporte ainsi la Copa América 1993, mais échoue en huitièmes de finale de la Coupe du Monde 1994. Ce Mondial sera le seul auquel participe Redondo. En effet, Basile laisse sa place à Daniel Passarella, figure plus autoritaire. Le courant passe très mal avec Fernando, qui refuse la sélection. Il justifie ce refus par une exigence qu’avait Passarella, celle de voir ses joueurs avec les cheveux courts. Hors de question que Redondo sacrifie sa crinière. Le coach expliquera plutôt que Redondo refusait de jouer à gauche sous ses ordres. En attendant, un des meilleurs joueurs argentins rate la Coupe du Monde 1998.

Marcelo Bielsa prend la suite de Passarella, mais les rapports avec Redondo ne s’arrangent pas pour autant. Le joueur du Real est convoqué pour une rencontre contre le Brésil en 1999 : il sera vainqueur (2-0) et sacré homme du match. Malgré cela, Redondo met fin à sa carrière internationale après le match, préférant se consacrer au Real.

Que devient Fernando Redondo ?

Figure emblématique du Real Madrid et des années 1990, Redondo s’est fait discret après sa carrière de joueur. Récemment, il est revenu sur le devant de la scène en devenant ambassadeur du championnat espagnol en Amérique du Sud.

Mais le majestueux Fernando, aussi grand par la taille (1,88m) que le talent, aimerait devenir entraîneur. A 50 ans, il est sans doute un peu tard. Pourtant, Redondo a des atouts pour devenir coach. C’est un homme de convictions doté d’une sacrée trempe. Bilardo, Passarella et Bielsa l’ont appris à leurs dépens.

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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