L’ère des remontadas : de l’importance du mental dans le foot

C’était une sorte d’ovni dans le football européen jusqu’à l’an dernier. Jusqu’à ce huitième de finale retour de Ligue des Champions, où le Barça a remonté un handicap de quatre buts face au PSG, écrivant ainsi un sacré chapitre de l’Histoire. Mais cette année, la “remontada” est devenu un véritable phénomène. Pour preuve, en quarts de finale de Ligue des Champions, l’AS Rome a réussi à se qualifier contre cette même équipe de Barcelone en ayant perdu l’aller 4 buts à 1. Le secret ? Une victoire 3-0 au retour. La Roma a failli remettre ça en demies face à Liverpool : défaite 5-2 à l’aller, il ne lui a manqué qu’un but au retour pour arracher la prolongation (4-2). Autres remontadas avortées, celle de la Juventus face au Real Madrid en quarts de Ligue des Champions (défaite 0-3 à l’aller puis victoire 1-3 au retour), ou encore celle de Salzbourg face à l’OM, hier soir en demi-finales de Ligue Europa (défaite 2-0 à l’aller, puis victoire 2-1 a.p.).

Pourquoi le football européen nous offre-t-il soudainement des scénarios aussi dingues, alors qu’on lui reprochait hier son manque de suspense ?

Eviter une remontada : mode d’emploi

Deux types d’attitudes peuvent exposer une équipe à une remontada, quand elle a pris un avantage certain lors du match aller. La première attitude, c’est la facilité. C’est l’impression que la qualification est déjà dans la poche à l’issue du match aller. Un véritable complexe de supériorité qui pousse le favori à sous-estimer le challenger, à se croire intouchable. Résultat ? Il ne prend aucune initiative pour tuer les espoirs de son adversaire, il joue en sous-régime. L’adversaire se nourrit de cette arrogance, la transforme en surplus de motivation, et n’a aucune peine à se jouer d’une équipe passive. La facilité a été le péché mortel de Barcelone face à la Roma, et cela aurait pu être celui de l’OM face à Salzbourg.

Anecdote : à la mi-temps de la finale de Ligue des Champions 2005, l’AC Milan mène 3-0 face à Liverpool. Steven Gerrard, capitaine des Reds, rentre furieux au vestiaire. Devant ses coéquipiers, il raconte qu’il a vu le Milanais Gattuso se moquer d’eux. Tous se sentent humiliés et reviennent sur la pelouse gonflés à bloc. La suite, on la connait. C’est Liverpool qui soulève le trophée au bout d’un match fou, et le penalty de l’égalisation est provoqué par… une faute de Gattuso sur Gerrard.

La deuxième attitude qui expose à une remontada, c’est la peur. Le déficit de confiance en soi, le sentiment que l’avance engrangée est vouée à disparaître, que l’adversaire va réaliser l’impensable. A partir de ce moment, la remontada devient une prophétie auto-réalisatrice. On cherche à défendre son avantage plutôt qu’à définitivement tuer les espoirs adverses, on défend à outrance et forcément, on ne sort pas la tête de l’eau. Le 6-1 encaissé par Paris à Barcelone est le meilleur exemple de cette peur paralysante. Avant le match, la possibilité d’une remontada, évoquée par les joueurs et les médias, était omniprésente dans les esprits. Le PSG a attaqué la rencontre dans un climat de peur, a cherché à défendre à tout prix plutôt qu’à jouer libéré. Il a été éliminé au bout du temps additionnel alors qu’il avait gagné 4-0 l’aller…

Deux clés pour réussir une remontada : marquer vite et jouer à domicile

Le Barcelone-Paris de 2017 est un exploit sans précédent, et il a été rendu possible par l’ouverture du score rapide des Catalans (Suarez à la 3e). La Juventus a marqué d’entrée à Madrid, à la 2e, et menait 2-0 à la mi-temps. La Roma a, elle aussi, vite mis le Barça sous pression, grâce à Dzeko à la 6e. Marquer dans les premiers instants du match permet de mettre l’adversaire sous pression. Surtout, cela donne un sacré coup de boost à la confiance. En se disant que l’exploit est possible et que le handicap est moins important, on fait de la qualification une prophétie auto-réalisatrice. Décidément, les prophéties auto-réalisatrices sont importantes dans le football…

De même, parmi tous les matchs cités ci-dessus, seule la Juve a entrepris une remontada (échouée) à l’extérieur. Le point commun entre la Roma, le Barça ou encore Salzbourg, c’est d’avoir su tirer profit de l’appui de leur public. Celui-ci joue bien son rôle de “douzième homme”. Il motive les joueurs à se dépasser autant qu’il impressionne l’adversaire. Et la pelouse joue aussi son rôle : c’est toujours plus facile de faire ce qu’on veut dans son propre jardin, que dans celui du voisin.

L’importance du mental dans le football moderne

Aujourd’hui, le niveau des grandes équipes européennes est de plus en plus homogène, et l’issue de leurs rencontres de plus en plus incertaine. La différence se fait au niveau du mental. On ne le répétera jamais assez : le foot, c’est une question de confiance, de croyance en son équipe. La domination actuelle du Real Madrid le prouve. Passés à deux doigts de la correctionnelle contre la Juventus, les tauliers que sont Sergio Ramos ou Cristiano Ronaldo n’ont jamais laissé la Maison Blanche prendre feu. A 3-0 pour la Juventus au match retour, au bout du temps additionnel, rares sont ceux qui auraient, comme “CR7”, transformé un penalty sans trembler…

Un manque de ressources mentales peut aussi handicaper sérieusement une équipe dans le football européen. Le PSG peut sembler une cible un peu facile, mais le traumatique 6-1 au Camp Nou a mis en lumière les failles du club parisien. Manque de leadership de la part des cadres, inexpérience de l’entraîneur en Ligue des Champions, fragilité face à la critique et aux médias… Tous les ingrédients étaient réunis pour que l’exploit du match aller soit vain, et cette médiocrité sur le plan mental n’est pas non plus étrangère à la déroute de Paris contre le Real cette année.

Au final, derrière la multiplication des remontadas, ce que l’on voit, c’est que le football n’est pas qu’une affaire de schémas tactiques ou de condition physique. Un match se joue avec les pieds, mais aussi dans la tête et, à la fin, seuls ceux qui savent garder la tête froide gagnent. Le foot est avant tout un sport de champions, et c’est ce qui fait sa beauté.

A propos de Benjamin Mondon 183 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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