Lettre à Fernando Torres

Parce que ce soir il sera titulaire en finale de Ligue des Champions avec son club formateur, Fernando Torres mérite une lettre pour rappeler au monde du football qu’il est sans doute l’un des meilleurs attaquants du XXIe siècle, ou un des plus atypiques. 

Cher Fernando Torres,

Cela fait désormais plus de 10 ans que je suis ton parcours, de loin tout d’abord, tes débuts à l’Atlético sont légèrement flous. Trop jeune, je ne m’intéresse que très peu à tes œuvres. L’Espagne est alors une terre qui se limite à un duel Real-Barça, l’Atlético peine à avoir sa part à l’antenne. Tout va s’accélérer lorsque Liverpool va débourser 36 millions pour voir ta chevelure sur la pelouse d’Anfield. Les cheveux blonds, le bandeau posé à la racine des cheveux, tu débutes en Premier League avec sur le dos un transfert à rentabiliser, et un numéro 9 emblématique. La suite n’est qu’amour pour les supporters des reds et ceux qui aiment te voir balle au pied. Ton association avec Gerrard fait peur à tout le royaume et tu enfiles les buts comme jamais. Au total, c’est 82 fois que tu feras trembler les filets. Les récompenses individuelles pleuvent au milieu d’un néant collectif. Comme Lebron lors de son premier passage aux Cavs, tu es trop grand pour un club qui ne peut pas gagner de titres, il te faut partir pour enrichir ton palmarès.

Cette période à Chelsea est souvent assimilée à un échec. Comment oublier qu’au moment de la présentation, tu as déclaré avoir signé chez les Blues pour jouer au niveau au-dessus et remporter des trophées. En deux saisons et demi à Chelsea, tu ne marques “que” 45 buts, tu es un flop, on t’annonce fini pour le football. Toi tu le sais, on ne juge les grands joueurs que dans les grands événements. Tu n’es pas de ceux qui font les malins en phase de poules, toi tu élimines le Barça en demi-finale de Ligue des Champions. La pelouse de Camp Nou, celle qui t’as vu inscrire le plus de buts en Espagne après Vincente Calderon, tout un symbole. Avec les Blues, tu remportes enfin la C1. Si la finale appartient à Drogba, la demie est pour toi. L’année suivante, tu remportes la Ligue Europa, le dernier trophée international qui te manquait. Et comme un grand, c’est toi qui marques à chaque tour, et qui ouvres le score en finale face au Benfica. Tu finis la compétition avec 7 buts et un nouveau trophée. Ce n’est plus le nombre de buts qui est important mais le moment où ils sont marqués. Tu n’es plus l’assassin d’Anfield qui tirait en rafale dans la foule en faisant des victimes tous les week-ends. Désormais tu es un tueur à gages qui attend le bon moment pour honorer le contrat.

Le sang froid d’un tueur, tu décides de le travailler. Le physique décline et tu joues désormais le super-sub, un rôle qui te permet tout de même d’être le premier à marquer dans sept compétitions sur une seule saison, mais qu’importe, tu gardes ce statut de joueur sur-côté. Un statut indigne de ton niveau, comme ces 6 mois dans un Milan malade. Tu n’es pas cramé et tu le sais. Alors pourquoi ne pas revenir à ses premières amours, Diego Simeone a besoin d’un cadre pour mener à bien une mission, celle de mettre l’Atlético, ton Atlético, sur le toit du monde. Comme Schumacher chez Mercedes, tu reviens avec un statut, une aura, mais plus toutes tes qualités. Après un passage au stand, une vidange réalisée par le mécano Simeone, tu es enfin sur pied pour réaliser le dernier tour de circuit, celui avec les houra d’une foule en délire. Le Barça en quart ? tu y participes, la frappe croisée c’est toi. Le Bayern en demi ? C’est toi qui lances Griezmann. Tu obtiens et rates également un penalty en fin de match, mais qu’importe, l’essentiel était déjà fait, tu as mené la jeune garde en finale de Ligue des Champions. Tu le dis toi-même, “Je me souviens de Saul et Koke lorsqu’ils étaient encore gamins”, tu as joué avec Gabi en équipe première il y a dix ans, une époque où tu étais même le capitaine de celui qui est ton coach aujourd’hui. Tu fais partie des meubles du club.

Ce soir, je vais sûrement te voir pour la dernière fois avec ce maillot rouge et blanc des quartiers de la capitale espagnole. Ta chevelure blonde, ta façon de courir en baissant la tête, cette même tête d’enfant qui n’a jamais connu sa puberté, tout cela va me manquer, mais qu’importe, j’ai encore 90 minutes pour profiter. L’occasion est trop belle pour que toi, l’homme de l’Atlético, le buteur qui a fait remonter le club en première division il y a 15 ans, ne la manque pas. Tu as réussi dans tous les grands matchs que tu as disputés, tu as marqué lors des deux dernières finales de l’Euro, lors de la finale de la Ligue Europa 2013, et en demi-finale face au Barça en 2012. Il ne te manque que le plus beau des titres avec ton club de cœur pour être estampillé légende dans la péninsule Ibérique. Si de grands noms n’ont jamais remporté la Ligue des Champions, toi tu as l’occasion de le faire avec le club dont tu étais le capitaine et leader à seulement 19 ans, face à ton pire ennemi. Ce titre te permettra de te retourner, et de regarder ta carrière avec le sentiment du devoir accompli.

Ce soir, “le match le plus important de ma carrière” comme tu as dit en conférence de presse, aura l’occasion de consacrer ton rôle de grand joueur dans les grands matchs. Avec toujours cette même célébration, une glissade sur les genoux et les deux bras orientés vers la gauche, car si la glissade peut toujours se contrôler, ton ascension vers les sommets de ce sport n’est pas encore terminée, il te reste 90 minutes pour gravir la dernière marche, la plus belle, la plus grande.

Cordialement, l’un de tes plus grands fans.

2 Comments

  1. Merci beaucoup pour ce magnifique article !!! Etant un des plus grands fan de Fernando Torres moi aussi je suis très heureux de voir des personnes s’intéresser à lui de la sorte. Bon je me suis fais tatouer “el niño” il y a peu de temps, c’est dire à quel point je suis fou de lui. Mais il m’a tellement donné d’émotions depuis que je suis tout petit, ce joueur est fantasqtique, et surtout toujours là après avoir vu de nombreuses personnes l’enterrer. Je suis tellement fier de lui, même si la finale a été perdu et que cela aurai pu être le plus beau jour de sa vie… Il saura relever la tête et revenir encore plus fort la saison prochaine avec je l’espère, l’Atletico !!

  2. Super texte! Je suis aussi un grand fan de Fernando Torres … On a perdu… Malheuresement et le voir en larme ça fait le plus mal. Mais je crois bien qu’on renouvellera son contrat!

Laisser un commentaire