La Ligue 1 est devenue folle

“En Angleterre, on ne dit pas que le Championnat est faible parce que Leicester est 3e. L’exemple de Leicester est assez marquant. Quand ils sont champions d’Angleterre, à aucun moment, on a dévalorisé le Championnat anglais. On a dit : Quelle belle histoire, c’est formidable !” Par contre, en France, il n’y a pas le droit d’y avoir de belle histoire. Quand vous êtes 2e après 12 journées, c’est que les autres sont mauvais et ça montre que le niveau est très faible. C’est compliqué d’exister en France quand vous ne vous appelez ni Paris, ni Marseille, ni Lyon, ni Monaco.”

La déclaration est fracassante. Elle est signée du coach d’Angers Stéphane Moulin. Alors que son club est désormais 3e de Ligue 1 après 13 journées, le technicien répond aux détracteurs. Et à une Ligue 1 qui peine à accepter sa propre révolution. Autrefois l’objet d’une hiérarchie fixe et immuable, notre championnat est désormais beaucoup plus ouvert. L’ordre établi est contesté et, comme le suggère Stéphane Moulin, nous ne devons pas nous en plaindre.

“La troisième place ? Elle est par là !”

Paris, un leader plus si impérial que ça

Il y a encore deux ou trois ans, battre le PSG en Ligue 1 relevait de l’exploit et prenait un caractère inédit. Cette saison, le leader a déjà été battu trois fois. Et pas par des “gros” : à Rennes, face à Reims et à Dijon. Les équipes habituées à jouer le bas du classement sont donc désinhibées à l’heure d’affronter Paris, et luttent à armes égales avec le champion en titre. Ce qui peut paraître paradoxal : le PSG n’a jamais eu autant de profondeur de banc et une équipe bis aussi forte que cette année.

Paris a déjà huit points d’avance sur son dauphin, l’OM. Le titre n’a pratiquement aucune chance de lui échapper cette saison. Mais il ne se jouera peut-être pas sur des standards frisant les 100 points, comme en 2016 ou en 2017. Le signe que le champion s’affaiblit ? Ses performances en Ligue des Champions laissent penser le contraire [Paris est leader de son groupe avec 12 points sur 12, NDLR]. C’est surtout le bas de tableau qui se renforce.

Une uniformisation du niveau sans précédent

On constate que le niveau est, en Ligue 1, de plus en plus homogène. A l’heure où les revenus des plus grands clubs explosent et les inégalités s’accroissent, cela paraît surprenant. Mais seuls 11 points séparent aujourd’hui l’OM (2e, 22 pts) de Nîmes (20e, 11 pts). Pire : de la 5e à la 15e place, 11 équipes se tiennent en 3 points.

Cela s’explique essentiellement par un facteur : la formation. La qualité des centres de formation des clubs de bas de tableau s’est alignée sur celle des équipes jouant les places européennes. Les écoles de football se sont toutes professionnalisées et ont toutes des éducateurs capables de sortir des joueurs au niveau de la première division. Il y a dix ans, seul le centre de formation de l’OL se distinguait par sa capacité à sortir des pépites. Cette année, l’éclosion d’Eduardo Camavinga (Rennes) ou encore Rayan Aït-Nouri (Angers) montre qu’il n’y a plus de monopole sur la formation de talents.

Le 18 août dernier, Eduardo Camavinga et les Rennais ont battu l’ogre parisien (2-1).

L’uniformisation du niveau a permis à des équipes de très vite passer des premières aux dernières places, et inversement. Début octobre, l’AS Saint-Etienne, 19ème, renvoyait Ghislain Printant et le remplaçait par Claude Puel. Après 5 victoires et 1 nul en 6 matchs, les Stéphanois sont désormais 4èmes, et à un point de l’OM. Un bond de 15 places rendu possible par la configuration actuelle du championnat.

Tenir dans la durée, un vrai défi pour les “petits”

A l’image de nombreux “petits”, Angers devra aussi se méfier du retour des “gros” dans le sprint final. La faiblesse des écarts dans le milieu de tableau peut rendre ce retour plus rapide que prévu. Malmenés au tout début de la saison, les cadors traditionnels de la Ligue 1 se remettent sur les bons rails. L’OM est le dauphin de Paris et a enfin triomphé dans un gros match, en battant Lyon 2-1 dimanche. Des Lyonnais aujourd’hui à la 14e place, mais qui possèdent les moyens de jouer sur deux tableaux (championnat et Ligue des Champions). Surtout si l’effet Rudi Garcia a lieu et s’ils se renforcent au mercato d’hiver.

Une chose est sûre : le véritable choc de la Ligue 1 n’est pas le Marseille – Lyon de dimanche. Des chocs en Ligue 1, on peut désormais en avoir dix par journée.

A propos de Benjamin Mondon 205 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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