L’ingérable Adrien Rabiot

Le foot français a un nouvel enfant terrible. Frustré de ne pas être des 23 Bleus qui partiront en Russie pour la Coupe du Monde, Adrien Rabiot aurait informé Didier Deschamps de son souhait de ne pas être convoqué en cas de besoin. Et ce, alors que le Parisien était réserviste et aurait pu, en cas de forfait d’un joueur, intégrer le groupe France.

Si l’intéressé n’a pas encore confirmé cette information, parue dans les colonnes de l’Equipe et du Parisien, sa décision n’a rien de surprenant.

Rabiot, les précédents

Adrien Rabiot est un habitué des polémiques extra-sportives. Au début de la saison 2014-2015, celui qui est perçu comme l’un des plus grands espoirs français va au clash avec le PSG, son club formateur. Rabiot réclame plus de temps de jeu et brandit la menace d’un départ. Les dirigeants parisiens, loin d’être intimidés par un joueur pas au niveau des titulaires, le placardisent. L’influence de la mère d’Adrien, Véronique, qui est aussi son agent, est à l’époque dénoncée. Rabiot n’a alors encore rien prouvé au haut niveau. Il est vite perçu comme un joueur à problèmes. Mais ses performances aidant, il retrouve davantage de temps de jeu. Les dirigeants décident de ne pas le placer sur la liste des transferts, et le milieu cesse ses enfantillages…

Du moins temporairement. Quelques mois plus tard, Rabiot se signale encore d’une triste manière, par un pétage de plombs sur la superstar Zlatan Ibrahimovic. Avec la forte tête suédoise, le courant ne passe pas. La saison 2015-2016 sera émaillée par les altercations entre les deux hommes. Les dirigeants peinent à résoudre le problème en interne. Finalement, à l’été 2016, Zlatan quitte le PSG.

Rabiot s’impose alors durablement comme un titulaire dans le milieu parisien. S’il est le plus fréquemment positionné en 8, Unai Emery en est davantage satisfait lorsqu’il joue en tant que sentinelle, devant la défense. Sa capacité à se projeter et à récupérer les ballons impressionne le coach basque. Oui, mais voilà, Rabiot ne veut pas jouer 6. Parce que cela demande trop d’efforts, sûrement. Parce que ce positionnement le pousse à prendre des risques, à sortir de sa zone de confort. Le Français n’a pas le choix et doit accepter, à contrecoeur. Au lieu de penser à l’intérêt du collectif, le garçon met toute la mauvaise volonté du monde lorsqu’il joue 6. Emery abandonne vite l’idée et le replace en tant que relayeur.

En octobre dernier, les dirigeants parisiens tentent de prolonger Rabiot. Celui-ci impose alors ses conditions. Hors de question de rester au PSG si c’est pour jouer 6. De même, il exige que le club recrute un 6 comme doublure pour le fragile Thiago Motta. Rabiot revenait alors à peine d’un match international en Bulgarie, avec l’équipe de France. Match où il était rentré en jeu en tant que 6, après la blessure de N’Golo Kanté. Le milieu parisien avait alors mis la pauvreté de sa prestation sur le compte des conditions de jeu. L’excuse du froid avait fait polémique, et la polémique connaît encore plus d’écho lorsque les enjeux de la prolongation de contrat sont révélés.

Une leçon pas comprise

Le vrai problème d’Adrien Rabiot est plus profond. Derrière les raisons qui poussent le relayeur à refuser de jouer 6, alors que son coach et ses coéquipiers (comme Motta) l’ont encouragé, parfois publiquement, à le faire, on retrouve son ego. Un ego surdimensionné, perceptible au travers de déclarations maladroites, comme le désormais fameux “c’est facile d’en mettre huit à Dijon”. On pourrait expliquer ce manque criant d’humilité par le fait que le garçon a sans doute été un peu trop couvé, par sa mère notamment. Mais au lieu de s’enfermer dans un débat psychologique inutile et impossible à résoudre, il faut plutôt observer la réalité telle qu’elle se présente.

Adrien Rabiot est incapable de faire les sacrifices nécessaires pour jouer en équipe. Il l’a montré à la fois au PSG et avec les Bleus. Il n’avait pas encore eu la leçon de vie que son attitude méritait. Et pourtant, les occasions de sévir n’avaient pas manqué.

La performance de Rabiot sur les deux matchs face au Real Madrid, cette année, résume à elle seule l’étendue du talent du garçon, mais aussi son manque d’implication. Rabiot n’est pas Pirlo, ni Zidane, ni Xavi, ni même Modric. Il n’arrive pas, sportivement, à la cheville des plus grands au milieu. Ceux-ci n’avaient pas forcément plus de talent que lui, mais ils avaient su accepter de faire passer l’intérêt du coach (et donc par extension celui du collectif) avant le leur.

Rabiot prend enfin, avec sa non-sélection, la claque qu’il a mérité depuis si longtemps. D’autant plus qu’il est remplacé dans les 23 par Steven N’Zonzi. Si sa technique est nettement inférieure à celle de Rabiot, N’Zonzi est l’exemple-type du joueur hargneux dans les duels et prêt à se sacrifier pour l’équipe. Il l’a montré avec Séville. Ce choix du sélectionneur était un signal fort, justifié par Didier Deschamps lui-même comme la conséquence de performances décevantes en équipe de France. Adrien Rabiot, qui n’a aucun match-référence en Bleu, aurait dû le comprendre, et se remettre en question.

Il n’en a rien été. Son ego l’en a encore empêché. Au lieu de comprendre la sanction et d’adapter son attitude en conséquence, le joueur a décidé de bouder l’équipe de France, se pénalisant lui-même tout autant qu’il dessert le collectif. C’est son choix. Mais il risque d’être boycotté par le sélectionneur pour les échéances futures. Surtout, avec l’arrivée au PSG d’un nouveau coach féru de discipline (Thomas Tuchel), Rabiot est dans l’impasse s’il persiste à suivre ce que son orgueil lui dicte. L’entraîneur allemand semble en effet déterminé à en finir avec le laxisme en vigueur dans le club. Adrien Rabiot pourrait prochainement faire ses valises s’il ne change pas de cap. Dommage pour l’un des joueurs les plus prometteurs, mais également un des plus ingérables de sa génération.

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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