Justin Teste

Ce soir, l’Islande va affronter la France pour son premier quart de finale dans une grande compétition de football. Une performance qui peut paraître stupéfiante à la surface, mais qui apparaît comme une juste récompense pour un pays qui a tout fait pour exister dans le sport le plus populaire de la planète. 

Nous sommes à l’aube du XXIe siècle, la France est alors championne du monde en titre et compte dans ses rangs Zidane, Deschamps, Desailly où encore Henry. Une équipe que le monde du football envie. Un monde du football qu’une petite île située entre le Groenland et la Norvège cherche à intégrer. Plus habitué à exister en handball ou dans les sports d’hiver, l’Islande veut devenir un pays qui compte en football. La fédération islandaise prend alors les choses en main et décide de développer la pratique de ce sport sur son territoire. La mission n’est pas aisée puisque le pays qui a vu naître la Montagne de Game of Thrones compte plus de moutons que d’habitants. Pourtant la solution choisie par la fédération est aussi simple qu’efficace. Les conditions climatiques du pays ne sont pas favorables à la pratique du sport en extérieur, alors les terrains vont être couverts. La construction des terrains prend du temps. Au total, sur la première décennie du siècle, l’Islande conduit 7 complexes ultramodernes pour pratiquer le football malgré le temps qu’il fait. En 6 ans, de 2010 à 2016, l’équipe Islandaise passe de la 112e place au classement FIFA à la 34e place aujourd’hui en attendant la mise à jour post-Euro.

Le football, sport numéro 2 sur l’île

Si le football est le sport numéro 1 dans le monde, en Islande, on joue davantage avec les mains. Après une médaille d’argent aux jeux olympiques de Pékin en 2008 et une médaille de bronze en 2010 au championnat d’Europe de Handball (les deux défaites étant face à la France) le handball devient le sport numéro 1 du pays. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Aron Gunnarsson, le capitaine de l’équipe possède un passé de handballeur. Il s’en sert notamment sur les touches longues, qui sont l’un des points forts de l’équipe offensivement. Un capitaine de navire qui est l’illustration même que le pays est en train de se tourner vers le sport de Maradona plutôt que celui de Karabatic. Une variation toute récente qui n’a, pour l’instant, que des résultats visibles au niveau de l’équipe nationale avec une campagne de qualification et un Euro parfaitement réussi.

Si l’on se place d’un point de vue comptable, l’Islande possède aujourd’hui 100 joueurs professionnels (pour un peu plus de 20 000 licenciés, toutes catégories confondues), soit moins que la totalité des volcans présents sur l’île. Seulement trois gardiens possèdent ce statut, ils sont donc tous les trois à l’Euro sans réelle concurrence. Des chiffres fous pour un pays qui n’avait jamais participé à une compétition internationale en football que ce soit une coupe du monde ou un Euro. Des performances récentes qui ont réussi à créer un engouement pour le football dans ce pays peuplé comme la Corse (un peu plus de 300 000 habitants). On recense aujourd’hui 6% de la population islandaise présente en France pour soutenir leurs protégés. Au total 20 000 islandais sont chez nous et vont se faire entendre ce soir au Stade de France. Si l’on mettait ce pourcentage à l’échelle de la France, cela indiquerait que 4 millions de Français se seraient déplacés pour soutenir la France à l’étranger. Une situation qui a poussé le capitaine islandais cité plus haut à s’exprimer en après-match, après la victoire face à l’Autriche lors du dernier match de la phase de poules : « Aujourd’hui on a gagné entre copains. Je dis ça parce que je connais au moins la moitié des personnes présentes en tribune. »

Un pays en fusion

Tout le monde a vu, ou entendu, le commentateur islandais au bord de la crise cardiaque suite aux buts inscrits par son équipe lors des victoires face aux autrichiens et aux anglais. Une telle ferveur dans un métier où il est recommandé d’être le plus partial possible est rare, cela rappelle les plus grandes heures du football latin avec des commentateurs capable de s’écrier « gol » durant 42 secondes (record du monde à battre). Mais si ce commentateur doit sa célébrité à internet, il peut également se vanter d’être écouter par 99,8% de la population islandaise. En effet, ce chiffre est l’audience que la chaîne RUV a réalisé en retransmettant le match. Si l’on excepte les islandais présents en France, cela veut dire qu’il y a moins de 1000 islandais qui n’ont pas regardé le match face aux Anglais. Un score bien loin de celui de la France, puisque le record tricolore correspond à 76,7% de part d’audience le soir du 5 juillet 2006, pour la demi-finale entre la France et le Portugal lors du mondial allemand.

Si l’Islande n’est pas un pays de football, on peut désormais être sur d’une chose, c’est que l’Islande fait partie intégrante du monde footballistique, une idée qui a vu le jour il y a moins de 20 ans et qui est désormais une réalité.