Megan Rapinoe, Ballon d’Or ou ambassadrice en or ?

Il est un peu plus de 21h ce lundi, quand l’Américaine Megan Rapinoe remporte le deuxième Ballon d’Or féminin de l’Histoire et succède à la Norvégienne Ada Hegerberg. Si on s’en tient à la lecture des journaux, cette victoire, contrairement à celle de son homologue masculin Leo Messi, ne souffre d’aucune contestation. Cependant, si on fie aux statistiques et qu’on s’intéresse de plus près à la saison de Rapinoe, l’attribution du trophée est loin d’être sportivement justifiée.

La Coupe du Monde 2019, une capitaine en Or

Megan Rapinoe a ébloui les pelouses françaises de toute sa classe et son talent à l’occasion de la Coupe du Monde l’été dernier. En effet, elle a fini co-meilleure buteuse du tournoi en faisant trembler à six reprises les filets. La Californienne ne s’est pas privée pour faire briller ses coéquipières avec trois passes décisives. C’est elle qui a été la bourrelle de l’équipe de France en quarts de finale, en marquant les deux buts de la rencontre. C’est encore elle qui a accompli son rôle de capitaine à la perfection et guidé ses coéquipières sur le toit du monde en ouvrant le score lors de la finale. Ainsi, elle a permis aux Yanks d’arborer une quatrième étoile sur leur maillot.

Cet excellent Mondial lui a permis de glaner le titre de meilleure joueuse du tournoi. Si cette récompense est loin d’être un vol, elle faisait déjà l’objet de contestations. Car elle n’était pas la seule à avoir brillé lors de cette compétition. Ainsi, la gardienne néerlandaise Sari Van Veenendaal (élue meilleure gardienne du tournoi), grande artisane du parcours des siennes jusqu’en finale, aurait aussi mérité ce titre. Il en va de même pour les joueuses anglaises Lucy Bronze et Ellen White : cette dernière a aussi fini le mondial avec six buts (et aucun penalty). Coéquipière de Rapinoe en sélection, Rose Lavelle pouvait aussi légitimement prétendre à cette distinction, tant son importance dans le jeu est capitale. Elle a été le fer de lance de la sélection américaine durant ce Mondial.

Les USA, championnes du monde 2019

Une saison blanche en championnat

C’est là que le bât blesse : la saison de Rapinoe se limite « juste » à son excellent mondial. Car la joueuse de 34 ans a disputé seulement six matchs de championnat avec son équipe de Reign FC, soit seulement un quart de la compétition. Ces matchs ont tous été disputés après le Mondial : la saison de soccer féminin s’étale d’avril à fin novembre.

Ce faible nombre de matchs disputés a diverses explications. L’Américaine a été blessée au début de saison. Ensuite, le championnat américain a été suspendu pendant seulement deux semaines durant le Mondial, et non sur toute la durée de la compétition. Enfin, les joueuses américaines se sont rassemblées très tôt dans la saison, dès le mois de mai. De fait, Megan Rapinoe a dû louper neuf matchs de son équipe.

Cependant, sur les six matchs disputés (452 minutes), elle n’a jamais scoré ou même délivré de passe décisive. Sur le plan collectif, son équipe n’a pas soulevé le moindre trophée. Dès lors, on peut se demander comment une attaquante qui n’a pas joué plus de 15 matchs sur une saison ni marqué plus de six buts peut recevoir la consécration suprême. Encore plus étonnant, elle a aussi été élue meilleure joueuse 2019 par la Fifa en septembre.

Des concurrentes plus méritantes

Intéressons-nous de plus près à ses concurrentes. La deuxième au Ballon d’Or est l’Anglaise Lucy Bronze. Elle évolue à l’Olympique Lyonnais au poste d’arrière droite. La saison dernière, elle a de nouveau réalisé un incroyable triplé Ligue des Champions / championnat / Coupe de France. De plus, Bronze a été élue par l’UEFA meilleure joueuse européenne. L’ex de Liverpool et de Manchester City a réalisé une saison quasi parfaite. La seule ombre au tableau est une décevante quatrième place au Mondial féminin (il y a pire). Sur le plan individuel, elle a disputé 29 matchs avec son équipe et marqué à deux reprises. Mais surtout, elle est incontestablement la meilleure défenseure du monde, taulière d’une équipe qui prend peu de buts. De plus, elle n’hésite jamais à faire parler sa vitesse pour lancer des contre-attaques. En soi, elle est la joueuse dont rêvent tous les entraîneurs.

Troisième au classement et coéquipière de Megan Rapinoe en sélection, Alex Morgan n’a également disputé que six matchs avec son club et n’a jamais marqué… L’ex-Ballon d’Or Ada Hegerberg se classe quant à elle à la quatrième place, marquant 21 buts en 15 matchs mais ayant loupé le Mondial suite à un conflit avec sa fédération.

Deux autres joueuses pouvaient légitimement prétendre à soulever le trophée. Cinquième, Vivienne Miedema a marqué à trois reprises au dernier mondial. La jeune Néerlandaise de 23 ans, qui évolue à Arsenal, a fait parler d’elle le week-end dernier. Elle a marqué six buts et délivré quatre passes décisives (pour une victoire 11-1 contre Brighton) ! Si le vote du Ballon d’Or était déjà clos à ce moment, la jeune Oranje n’est pas en reste car elle avait déjà marqué à six reprises en 9 rencontres avant ce match. Et elle avait fini le dernier exercice avec la bagatelle de 31 buts, et le titre dechampionne d’Angleterre.

Enfin, l’Australienne Sam Kerr, fraîchement transférée à Chelsea, pouvait espérer mieux qu’une septième place. Elle a fini meilleure buteuse du championnat américain avec 18 buts. Elle est aussi la meilleure buteuse de l’histoire de cette compétition avec 69 buts au total. Au Mondial, elle a marqué cinq buts mais a été éliminée dès les huitièmes de finale.

Megan Rapinoe, une ambassadrice en or avant tout

On peut se demander pourquoi Megan Rapinoe a obtenu le Ballon d’Or, alors qu’en 2019, Lucy Bronze ou encore Viviane Miedema semblaient plus légitimes. La raison est en fait assez simple et n’a rien de sportif. Megan Rapinoe est tout simplement une ambassadrice parfaite pour le football féminin.

L’an dernier, la cérémonie du Ballon d’Or avait été marquée par la remarque totalement déplacée du DJ français Martin Solveig à l’encontre d’Ada Hegerberg : « Est ce que tu sais twerker ? »… Avec Megan Rapinoe et son fort caractère, une telle bévue ne pouvait pas se reproduire. Outre ses talents indéniables, Rapinoe s’est avant tout faite connaître du grand public cet été à travers ses nombreux engagements. Elle a fait son coming-out en 2012, et est une fervente militante LGBT.

De plus, elle ne chante plus l’hymne américain depuis l’élection de Donald Trump, étant opposée à la politique du locataire du Bureau Ovale. De même, après le Mondial, la sélection américaine a refusé de se rendre à la Maison Blanche présenter le trophée, comme la tradition le veut. Enfin, elle défend l’égalité homme-femme, notamment au niveau salarial. A une époque où le football féminin tend logiquement à se développer, Megan Rapinoe est l’ambassadrice parfaite, de par ses combats politiques et les valeurs qu’elle prône. Elle met ainsi ce sport méconnu sous les feux des projecteurs.


Il est incontestable que Megan Rapinoe est l’une des plus grandes joueuses que le football féminin ait connu. Cependant, on peut regretter que sa casquette d’ambassadrice prenne le pas sur le sportif dans l’attribution du Ballon d’Or.

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