Merci les Bleus !

Tout au long de cette Coupe du Monde, les Bleus nous auront fait rêver. Pas tant par le spectacle, que par leur force de caractère. C’est logiquement qu’une deuxième étoile est venue, en cette belle journée du 15 juillet 2018, se rajouter à la précédente, acquise vingt ans plus tôt.

Une victoire acquise dans l’adversité

Incessamment critiquée depuis la défaite en finale en 2006, avec tous les épisodes que l’on connaît ensuite (Knysna, affaires Zahia et Benzema, refus de Rabiot, etc.), la France a su faire le dos rond pour revenir au sommet du football mondial. Ce sacre est avant tout le fruit d’une force mentale impressionnante. Soumis au feu de la critique (Pogba, Griezmann, Giroud) ou dans la foulée d’une saison moyenne en club (Lloris, Kanté), les Bleus ont surmonté ce fossé d’adversité qui les séparait du titre. Ils n’avaient jamais trouvé la recette miracle auparavant.

Dans ce Mondial russe, aucun match n’aura été évident pour les Bleus. L’Australie aura été un adversaire coriace et joueur, maîtrisé sur des coups du sort. Le Pérou, combatif, aura été contenu par des Français en économie d’énergie avant la suite de la compétition. Le Danemark, organisé, n’aura su tromper la vigilance du bloc bleu. L’Argentine était une équipe de possession tournée vers l’offensive, mais elle a fini par faire des frais de l’impressionnante attaque des Bleus. Face à l’Uruguay, regroupé en défense, deux coups de boutoir auront permis une issue positive. Les Belges, dominateurs, n’auront pas été aussi inspirés que les Français pour pouvoir espérer nous battre. On peut en dire autant de la valeureuse équipe de Croatie hier. Celle-ci peut être fière de son parcours, inimaginable il y a encore quelques semaines. Mais hier soir, le titre ne pouvait pas nous échapper.

Face à l’ensemble de ces équipes, la France a fait le dos rond. Plutôt que de vouloir développer un football chatoyant mais stérile, elle s’est adaptée à son adversaire pour franchir chaque obstacle. Car oui, la force de ces Bleus-là est de s’adapter, de tirer une force de chaque faiblesse adverse. Capable de dominer (face à l’Australie ou à l’Uruguay) comme de défendre sans ballon en attaquant très rapidement (contre le Pérou, l’Argentine, la Belgique et la Croatie), cette équipe de France était intouchable.

La révolution Deschamps

Cette capacité d’adaptation est le fruit de la méthode Didier Deschamps. Arrivé en 2012 pour prendre la suite de Laurent Blanc, le coach des Bleus a dû faire face à la tourmente inhérente au poste. Toujours critiqué, tant pour sa manière de jouer que pour ses choix tactiques ou son traitement du cas Karim Benzema, Deschamps a su faire le dos rond. Et a appris à son équipe à faire de même, en développant cette imperméabilité qui est essentielle pour remporter un sacre mondial. Capitaine de l’équipe championne en 1998, il le savait mieux que quiconque.

La méthode Deschamps, c’est un apprentissage patient et pédagogue. Comme un père, le sélectionneur a protégé ses joueurs, prompt à détourner l’attention de la critique sur lui-même ou à agir comme un bouclier humain en ripostant, comme face à Adrien Rabiot après sa non-sélection. “DD” a toujours valorisé la cohésion du groupe au détriment des plus individualistes. Il a assumé tous ses choix, y compris les plus forts et lourds de conséquences. Moqué sur sa “chatte”, il aura atteint les quarts de finale de son premier Mondial de coach, en 2014. A l’Euro 2016, la France avait échoué en finale, mais Deschamps avait posé les bases du triomphe qui surviendrait deux ans plus tard, en apprenant à son équipe à jouer sans ballon. Il ne manquait plus qu’il exploite entièrement le potentiel des générations à sa disposition. C’est chose faite.

Une génération avec des qualités rares

Tant sur le plan mental que sur le plan physique et technique, ces Bleus sont exceptionnels. Performants dans tous les secteurs du jeu, aucun d’entre eux n’a pu agir comme un maillon faible pour l’équipe. Cette équipe de France était bourrée de talents individuels. Elle a su en tirer le maximum pour gagner, à l’image de Kylian Mbappé ou Paul Pogba. Surtout, elle a canalisé ces individualités pour leur permettre de se fondre dans le collectif. Toutes les qualités des uns ont été mises au profit des autres. Un pour tous, tous pour un.

On pourra aussi souligner le mental de ces Français. Aucune victoire n’a été facile. Tous ont su répondre présent quand il le fallait. Des joueurs comme Pogba ou Raphaël Varane sont devenus des meneurs d’hommes, avec des qualités qu’on ne leur soupçonnait pas. Lucas Hernandez, N’Golo Kanté, Blaise Matuidi et Olivier Giroud, entre autres, ont montré qu’ils étaient des guerriers, prompts à se sacrifier pour l’équipe. De même, les remplaçants n’ont pas été en reste, capables d’insuffler la bonne humeur (Benjamin Mendy ou Adil Rami) tout en permettant au groupe de rester focalisé sur les échéances qui l’attendaient. Leur état d’esprit le prouve : ils avaient totalement intégré que l’intérêt collectif passait avant l’intérêt personnel.

Les Bleus avaient le potentiel pour être champions du monde. Il ne leur manquait plus qu’une rigueur de groupe et un mental de soldats pour parer chaque épreuve. Tout ça ne s’est pas fait en un jour. C’est le fruit du travail de Didier Deschamps. Alors merci Didier, et merci aux 23 Bleus : grâce à vous, le rêve est devenu réalité !

A propos de Benjamin Mondon 182 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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