Newcastle vers une nouvelle dimension

Métropole du Nord-Est de l’Angleterre, Newcastle-upon-Tyne a connu son apogée au XIXème siècle grâce à l’export de charbon. La cité de 300 000 âmes est également célèbre pour être une ville de foot. Le Newcastle United Football Club est une écurie historique du football anglais. Les Magpies ont connu la gloire, notamment dans les années 1990 et 2000, avec des joueurs légendaires comme Alan Shearer, Michael Owen ou David Ginola.

Cependant, les dernières années ont amorcé un lent déclin, tant pour la ville que pour le club de Newcastle. Aujourd’hui, l’industrie du charbon a fait faillite, tandis que l’équipe fait régulièrement l’ascenseur entre Premier League et Championship. Ce ne sont pourtant pas les moyens qui manquent. En 2019, le cabinet Deloitte plaçait ainsi Newcastle à la 19ème place du classement des clubs avec les plus hauts revenus d’Europe (201,5 M€). Soit trois places au-dessus de Leicester (179,4 M€), qui sportivement s’en sort pourtant bien mieux.

Actuel 13ème de Premier League, Newcastle pourrait quand même rêver plus grand. Mais depuis quelques semaines, les yeux des supporters des Magpies brillent à nouveau. Mike Ashley, propriétaire du club et personnage décrié tant pour son manque d’ambition que son attitude excentrique, est en train de vendre son équipe. L’acquéreur serait plutôt prestigieux et fortuné. Il s’agit d’un consortium dirigé par le fonds d’investissement public (PIF) saoudien, détenu par la couronne d’Arabie Saoudite et mené par le prince héritier du royaume, Mohammed ben Salmane. Certains imaginent donc déjà les pétrodollars pleuvoir sur l’ancienne cité minière.

De grandes ambitions pour Newcastle

Le PIF envisage de mettre 345 M€ sur la table pour faire de Newcastle sa propriété. Un montant qui satisferait les exigences de Mike Ashley, et qui permettrait aux Saoudiens de prendre le contrôle du club à 80%. Grâce à l’opération, la couronne saoudienne pourrait avoir sa propre vitrine en Premier League.

Le prince héritier et le PIF ont sans doute en tête le rachat de Manchester City par le cheikh Mansour, membre de la famille royale des Emirats Arabes Unis, en 2008. Alors que City était jusque-là un club de bas de tableau habitué à la lutte pour le maintien, Mansour a dépensé près de 2 milliards d’euros dans le mercato depuis le rachat. Le succès n’est pas venu tout de suite, et certains transferts ont été des échecs retentissants. Mais avec le temps, City est devenu un prétendant au sacre national, régulièrement couronné de succès.

S’il acquiert Newcastle, le PIF sera disposé à mettre la main à la poche pour avoir une équipe compétitive. En tant que fonds d’Etat, il ne risque pas la faillite. Ainsi, plusieurs noms circulent pour renforcer l’effectif actuel, déjà riche de jeunes talents (Miguel Almiron, Sean Longstaff ou encore Allan Saint-Maximin). On parle d’ores et déjà de James Rodriguez, Philippe Coutinho, Donny van de Beek, Gareth Bale, Willian ou encore Kalidou Koulibaly pour fouler la pelouse de St. James’ Park. Rien que ça ! Et sur le banc, Mauricio Pochettino est pressenti pour prendre la succession de Steve Bruce. L’Argentin semble être le coach idéal pour faire progresser Newcastle, lui qui a sorti Southampton de l’anonymat et porté Tottenham aux sommets.

Un rachat controversé

Reste que le rachat n’a pour l’heure rien d’officiel. Il faut encore le feu vert de la Premier League, et celle-ci va sérieusement réfléchir avant d’autoriser ou non l’opération.

En termes d’image, l’arrivée des Saoudiens pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la PL. Mohamed ben Salmane est une figure controversée et décriée par les ONG de lutte pour les droits de l’homme. “MBS” est ainsi présenté comme le commanditaire du meurtre de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien d’opposition assassiné en 2018. La compagne de Khashoggi, Hatice Cengiz, a écrit à la Premier League pour prévenir que le rachat salirait l’image du championnat. Amnesty International est également monté au créneau.

Les opposants au rachat de Newcastle peuvent aussi compter sur un allié de poids : le groupe BeIn, possédé par le Qatar. La convergence des luttes entre les ONG et un pays aussi peu scrupuleux vis-à-vis des droits de l’homme peut surprendre. Mais c’est surtout la rivalité entre investisseurs qataris et saoudiens dans le sport qui incite BeIn à sortir du bois pour protester. BeIn a ainsi écrit à la Premier League, lui demandant de se pencher sérieusement sur “le vol continu d’intérêts commerciaux” auquel s’adonneraient les responsables saoudiens à la tête du PIF. Cela fait référence à une diffusion pirate des images du groupe qatari, qui serait opérée par les Saoudiens.

La chance des Saoudiens : un contexte favorable

Cependant, la PL pourrait passer outre le problème d’image posé par un rachat saoudien de Newcastle. En pleine crise du coronavirus, l’arrêt du championnat a généré des pertes économiques considérables. Dans ces conditions, l’arrivée d’investisseurs prêts à mettre la main à la poche pourrait être vue d’un très bon œil. Et les considérations éthiques, balayées d’un revers de main.

L’arrêt du football à l’échelle planétaire va générer une déflation sur le mercato. Les clubs seront davantage en difficulté, donc moins disposés à investir dans le mercato. Les prix des joueurs devraient ainsi diminuer. De quoi permettre aux Magpies, si le passage sous pavillon saoudien a lieu, d’acquérir les meilleurs éléments à prix cassés. La suspension du fair-play financier prévue par l’UEFA pour dynamiser le mercato dans ce contexte difficile va, elle aussi, faciliter la tâche des investisseurs à Newcastle.

Les prochaines semaines, qui verront la Premier League discuter du rachat, seront donc déterminantes. Si les instances donnent leur feu vert, Newcastle pourrait devenir un sérieux prétendant aux places européennes, voire au titre. Une lutte qui est devenue de plus en plus concurrentielle ces dernières années. Plusieurs écuries sont venues bousculer l’ordre établi par le traditionnel Big Four (Manchester United, Chelsea, Liverpool, Arsenal). On pense à Manchester City, Leicester ou Tottenham. Avec la résurrection de Newcastle, l’issue du championnat pourrait devenir encore plus indécise.

A propos de Benjamin Mondon 279 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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