OM : Balotelli, artificier dans un navire en feu

L’Olympique de Marseille a officialisé aujourd’hui l’arrivée de Mario Balotelli, clôturant un feuilleton de plusieurs mois.  Sur les bords du Vieux Port, le transfert de l’attaquant italien suscite beaucoup moins d’enthousiasme que cet été. L’attitude du client de Mino Raiola lors des négociations est dénoncée, mais c’est plus globalement le contexte actuel de l’OM qui met en colère les supporters. L’arrivée de Balotelli semble être le pari de la dernière chance pour le président Jacques-Henri Eyraud.

Les émotions collectives ont pour caractère d’être rarement nuancées, préférant l’excès des passions. Ce constat est d’autant plus vrai concernant l’histoire de l’arrivée de Mario Balotelli à l’OM. Les signaux n’avaient jamais autant été au vert que durant cet été pour l’arrivée du si désiré grand attaquant. Une visite à la Commanderie pour s’entretenir avec le président Eyraud et des maillots déjà floqués au nom de l’Italien ne laissaient guère de doute : l’OM allait racheter sa dernière année de contrat à l’OGC Nice, et offrir à “Balo” le plus gros salaire de l’histoire du club – 600 000 euros par mois. Pourtant, le transfert échoua et l’OM rempila pour une saison avec le duo Germain-Mitroglou. Selon les propos du président Rivière, les négociations ont bloqué sur le montant du transfert : alors que Jacques-Henri Eyraud posait 1,5 millions d’euros sur la table, Nice en demandait quatre pour conclure l’affaire. Cette mauvaise gestion du dossier de l’attaquant continua d’être accolée à la direction phocéenne. Pourtant le principal point d’accroche résidait dans les volontés du joueur. Balotelli refusait de s’engager pour plus d’un an de contrat, tandis que l’OM ne voulait pas payer une indemnité de transfert et une prime à la signature pour une si courte période. Interprété comme un signe d’arrogance, cet élément participa au retournement définitif de l’opinion de certains supporters déjà sceptiques sur le cas de l’Italien. Qu’importe s’il avait signé ce même type de contrat deux ans plus tôt lors de son arrivée à Nice, avant de s’engager deux années de plus suite à une adaptation réussie. Sa première partie de saison avec le Gym – qu’il termina en dehors du groupe et sans but au compteur – acheva de transformer “Balo” dans l’esprit marseillais en une mauvaise affaire heureusement évitée.

C’était sans compter sur l’improbable retour de ce dossier lors du mercato hivernal. Avec trois victoires en seize matchs depuis la mi-Octobre, le navire OM est en plein naufrage. Brisé, l’enthousiasme de la saison passée qui avait permis à un groupe aux lacunes tactiques de briller par sa hargne et sa cohésion collective. Envolés, les exploits individuels des Thauvin et Payet. Eloigné, le fameux podium tant convoité par les marseillais. Mais conservée, la confiance de Eyraud en un Rudi Garcia qui a définitivement perdu toute autorité dans le vestiaire en plus de son projet de jeu. Jacques Henri Eyraud tient la solution aux problèmes de l’OM : le retour de Mario Balotelli. Face à l’icerberg se dressant devant un navire sans pilote, le président marseillais juge meilleur de s’équiper d’un canon. Il faut dire que les galères de l’attaque marseillaise, et de ses rameurs Germain et Mitroglou ont eu raison de sa patience. Bien que dans un éclair d’optimiste il envisage toujours une trajectoire à la Papin pour eux… Qu’importe ! Le collectif marseillais n’étant pas capable de fournir des situations de buts aux attaquants il faut s’équiper d’un numéro 9 capable de se les créer seul. De ce point de vue, difficile de trouver mieux que Balotelli avec les moyens de l’OM. Rappellons le contexte financier de l’OM de Mc Court, grâce à l’excellent travail de Professeur Urbain sur OMForum. Le déficit annuel dépasse les 40 millions d’euros depuis l’arrivée de l’investisseur américain, la faute à des revenus limités sans Ligue des Champions et aux investissements importants sur les transfert et la masse salariale. Si ces frais sont aujourd’hui couverts par Mc Court, la barre des 200 millions euros d’investissement annoncés au début du projet est déjà dépassée. Bien que ce montant n’est que symbolique, il demeure une estimation du budget envisagé pour faire de l’OM une équipe installée sur le podium. Force est de constater cet échec : le niveau actuel des marseillais est celui d’une équipe du ventre mou de Ligue 1. Pire, les différents recrutements n’ont pas ouvert de perspectives de plus-value sur d’éventuelles reventes. Thauvin, Sanson, ainsi que Kamara et Lopez pour le centre de formation sont les seuls actifs où l’OM peut gagner au moins une dizaine de millions d’euros – bien que leur valeur baisse chaque jour que la crise continue au club.

Balotelli est ainsi la dernière carte de Eyraud pour sauver le podium et le “Champions Project”. Par manque de connaissance du football ou par fierté, le président a préféré miser sur l’Italien plutôt que sur un licenciement de Rudi Garcia – chiffré à 12 millions d’euros. Le pari coûtera trois millions d’euros pour six mois, ce qui n’a pas manqué de faire grincer des dents du côté des supporters. Evidemment, l’institution OM ne ressort pas grandi d’une signature ayant nécessité plus de temps que la durée du contrat qu’elle scelle. Une aberration économique ? Si l’on ramène à quatre mois de temps de jeu effectif le contrat de Balotelli – saison fin mai oblige – on obtient un salaire mensuel de 750 000 euros, loin devant les 600 000 évoqués cet été. Surtout, il deviendrait le plus gros salaire du club devant les 550 000 euros de Strootman et Payet. En contrepartie, l’OM s’épargne l’indemnité de transfert qu’elle aurait dû payer cet été. Ainsi, pour juger du bien-fondé de ce salaire il faudra attendre les résultats. Si l’Italien brille et prolonge, le jeu en vaut la chandelle : le salaire mensuel de Balotelli fixé par ce contrat est de 500 000 euros mensuel. En cas d’échec, il ne s’agira pas seulement d’une nouvelle dépense vaine pour la comptabilité de Mc Court. Lorsqu’on embarque un artificier à bord d’un navire en feu, il faut se méfier de la poudre prête à s’embraser. Dans un vestiaire marseillais au bord de l’explosion, les attitudes nonchalantes de Super Mario pourraient finir de rompre le lien collectif si ses performances ne suivent pas. De plus, face à un public moins enthousiaste de son arrivée qu’il y a six mois, Balotelli ne doit pas jouer avec le feu. Son caractère volcanique pourrait bien se marier à un Vélodrome en fusion, mais gare à ne pas finir sous les décombres du Champions Project en cas d’éruption…

 

 

1 Comment

  1. Bonjour. Honnêtement, je trouve que la carrière de Mario Balotelli a vraiment touché le fond. Pour un footballeur qui a eu la chance de jouer à Liverpool et Manchester City, c’est triste de le voir à Marseille.

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