Paul Pogba à la croisée des chemins

Paul Pogba sous le maillot Bleu

De plus en plus décrié sur ses prestations et son réel niveau de jeu, Paul Pogba traverse la première crise de sa jeune carrière. Une phase cruciale pour un joueur qui va décider, en partie, de la suite de sa carrière au plus haut niveau. 

Paul Pogba sous le maillot Bleu
Paul Pogba sous le maillot Bleu

52e minute, les Bleus mènent 3-1 et dominent la Bulgarie. Kurzawa monte sur son côté et centre pour Gameiro. La défense bulgare se dégage de la tête dans l’axe. La balle revient sur Pogba qui se relâche et envoie une demi-volée à la trajectoire parfaite. Le ballon flirte avec le poteau droit du portier bulgare resté stoïque sur l’action. Le geste d’une élégance rare se confond avec une frappe non cadrée qui donnera un six-mètres pour l’équipe adverse. Un paradoxe dont Paul Pogba nous a habitué ces derniers temps. Après cette frappe, la caméra s’attarde sur lui, un sourire se dessine sur son visage, accompagné d’un « putain c’est pas possible » lisible sur ses lèvres. Une action résumant le joueur dans son intégralité, capable du meilleur mais trop souvent coupable d’avoir un air nonchalant agaçant.

“On attend de lui qu’il soit décisif”

« Paul Pogba vous en parlez beaucoup, vous en attendez toujours plus de lui. On attend de lui qu’il soit décisif, mais c’est pas quelqu’un qui va marquer des buts à chaque match. » Ces mots-là sont de Didier Deschamps sélectionneur des Bleus, qui répète inlassablement les mêmes phrases depuis l’avènement de Paul Pogba en équipe de France A. Des attentes, Paul Pogba en a beaucoup. Considéré très jeune comme un talent brut, sa réputation dépasse les frontières de Manchester pour alerter toute l’Europe. Une attente qui pousse le jeune français à être impatient. Son talent existe et doit se voir. Meilleur joueur de la coupe du monde des U20 en 2013 et capitaine de l’équipe de France victorieuse (Avec Varane, Umtiti ou Bahebeck), il confirme que son talent existe déjà.

Un talent qui pousse très tôt la médiatisation devant le frère de Florentin. Les médias s’emparent de la pépite et relatent ses moindres faits et gestes que ce soit sur ou en dehors du terrain. Nouvelle coupe de cheveux, présence sur les réseaux sociaux, font plus parler que les premiers buts somptueux inscrits par Pogba sous le maillot de la Juve. Une médiatisation soudaine qui pousse le joueur a évoqué le ballon d’or. Lorsqu’on lui demande son avis sur la fameuse distinction, l’international français sait ce qu’il lui reste à faire pour l’obtenir « Être celui qui sait récupérer le ballon, remonter le ballon, faire le jeu, faire des passes et marquer. Être à la fois le leader défensif et offensif. ».

Vouloir être un leader l’a poussé cet été (avec d’autres raisons beaucoup plus sombres) à rejoindre le club de ses débuts. Manchester United a fait de lui le joueur le plus cher de l’histoire et Mourinho l’a décrit comme le meilleur milieu de terrain au monde. L’enfant-soldat de la Juve doit maintenant être le caporal-chef d’un milieu en reconstruction du côté de l’Angleterre. Une mission qui semble trop imposante pour les frêles épaules de Pogba. José Mourinho n’a jamais été réputé pour former les jeunes joueurs, et les premières performances du Français laissent penser que cela n’est toujours pas son fort.

Un transfert difficile à digérer

Oui, aujourd’hui le numéro 6 de Manchester est le joueur le plus cher au monde, 105 millions +5 de bonus. On oublierait presque que la Juve touchera moins de 70 millions dans l’opération. Mino Raiola à une part de 25 millions dans le transfert, tandis que Pogba touche une prime à la signature allant de 8 à 10 millions selon les sources. Une pression qui pèse sur ses performances. Depuis le début de la saison Pogba se force, veut trop en faire. Il a beau répéter dans les médias que son transfert n’est pas un frein à ses performances, c’est faux. Il est touché par les critiques à son égard, et ne dispose pas d’une grande marge de manœuvre pour se rattraper auprès des fans, qu’ils soient Français ou Anglais.

Les statistiques ne plaident pas en sa faveur. En Italie l’international français avait pour habitude de se projeter régulièrement vers l’avant pour inscrire quelques buts mémorables. Aujourd’hui en Angleterre il fait pareil, mais ne parvient pas à être décisif. 540 minutes jouées en Premier League, 1 but et 0 passe décisive. Seulement, on oublie que ce n’est pas son rôle premier de marquer ou de faire marquer. Pogba doit d’abord mettre en orbite ses partenaires offensifs.

Des chiffres révélateurs d’un malaise

Là encore, il n’est pas à son avantage. Il émarge aujourd’hui à 83,8 % de passes réussies, un pourcentage qui n’est pas alarmant, mais qui le place à la 43e place des milieux de Premier League. Il est encore loin des 92 % de Santi Cazorla, ou des 91 % de N’Golo Kanté. Une maladresse dans les passes, cumulée à la pression constante qui pèse sur ses épaules, qui poussent le joueur à vouloir faire la décision tout seul. Ainsi, depuis le début de la saison, Pogba a tenté 25 frappes dans le championnat, soit une moyenne supérieure à 4 par match, pour seulement 5 frappes cadrées, et 1 but … de la tête.

À 23 ans, Pogba doit aujourd’hui faire la part des choses entre son côté enfant qui le suit depuis ses débuts, et l’exigence du haut niveau notamment dans ses prestations sur le terrain et son comportement en dehors et sur les réseaux sociaux. Son statut a changé du tout au tout durant l’été et il faut le temps de le digérer. Contre les Pays-Bas ce lundi soir il devra montrer un tout autre visage que face à la Bulgarie pour se donner du crédit en Bleu. Dans le cas contraire, il pourrait se tromper de chemin sur l’itinéraire de la réussite.

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